8 Mile -
Avec la sortie de “8 Mile”, Eminem est partout. Placardé sur tous les murs, glacé sur les couvertures de magazines de Première jusqu’à Phosphore, les journaux semblent réaliser que Eminem n’est pas que le bouffon ultra médiatisé du rap américain qu’il laissait croire jusqu’à maintenant.

Néanmoins, un rappeur qui fait du cinéma ça s’est déjà vu : de Will Smith à LL Cool J en passant par le parrain Snoop Doggy Dogg avec plus ou moins de succès. Mais avec l’éventail de personnalités que trimballe le Slim Shady, à quoi s’attendre ? Tantôt ses délires Shadiesques, tantôt ses confessions intimes, Eminem jongle avec ses personnalités sur disque, pas évident d’imaginer ce qu’il peut en ressortir au cinéma. “8 Mile” part de son expérience autour de lui, c’est du tout ou rien.

Avec un premier rôle comme celui de Jimmy Smith aka “Rabbit” qui tient presque du portrait autobiographique, Eminem s’en sort bien. La storyline du film pourrait tenir en une phrase : un jeune rappeur blanc veut sortir de son ghetto par le rap. Certes, c’est léger mais plus que la passion du rap, le film présente des tranches de vies avec des anecdotes au quotidien. Ca aurait pu tourner à la comédie comme Friday ou partir en film ghetto à la Boyz’n in the hood. “8 Mile” tient plus du deuxième sans pour autant faire étalage d’armes à feu. Avec un réalisateur du niveau de Curtis Hanson (“Wonder Boys”, “L.A. Confidential”) qui soigne une réalisation impeccable, l’atmosphère est juste. Rabbit évolue dans un Détroit morne et sinistre entre maisons delabrées tristement célèbres pour viol et usines sordides au rythme de ce qui se faisait de mieux en 1995 : Wu-Tang Clan, Notorious BIG, Tupac ou encore Mobb Deep.

A côté de Kim Basinger en mère paumée, Mekhi Phifer (Future dans le film) en guide protecteur et Brittany Murphy dans un rôle de garce, Eminem fait preuve d’un réel talent d’acteur. La palette d’émotions qu’il parvient à jouer est impressionnante pour un premier rôle. On en oublie presque qu’il est show timer, son jeu est juste et expressif. Rabbit n’est ni le pilier indestructible du film, ni le super rappeur en devenir auquel on aurait pu s’attendre car heureusement, le film ne va pas jusqu’à le propulser superstar. De ce côté, on est rassuré. Cependant, le personnage de Rabbit est politiquement correct : manipulé par les femmes (des “hoes” pour la plupart), grand frère protecteur envers sa petite soeur, il prend même la défense d’un homosexuel à son travail.

They call me rabbit, this’s a turtle race / They cant get wit me spittin’ this shit wickedly Lickety-shots and spiggy-spiggedy split-lickety / So I can turn around with a great smile And walk my white ass back across 8 mile...” (Rabbit)

8 Mile” est une très bonne surprise. Le film fait l’apologie de l’individualisme et du travail personnel et c’est ce qu’il ressort des textes d’Eminem sur “Lose yourself” et “8 Mile”. Quand les illusions tombent, il trouve en lui les ressources pour se dépasser et les battles sont le prétexte à son aboutissement personnel, une quête quasi-spirituelle. Point d’orgue, les battles bien sûr. Le rendu est saisissant et elles capteront autant l’attention des amateurs que des détracteurs. Sur le papier, ce ne sont pas de vrais improvisations mais ça ne se voit pas heureusement. Sachez que sur le DVD il y aura des cut scenes où pendant le tournage ils se sont lâchés et partent en impro. Tout au long du film, quelques rappeurs apparaissent, rappant ou non : Xzibit, Obie Trice, Proof de D-12... et pour le plaisir, on a le droit aux instrus de classiques comme “Last dayz” d’Onyx, “Survival of the fittest” de Mobb Deep...

On va faire les difficiles et dire que Rabbit harrangue la foule lors d’un clash, que sa bande de pote est archi stéréotypée (le gros sympa, l’intellectuel et le débile profond) et que le doublage Français d’Eminem le rajeunit de 20 ans. De toute façon, ce film n’est regardable qu’en VO sous titré Fr... Un bon film, vraiment. Vivement l’édition DVD pour ses fameuses battles supplémentaires.


Article par JiN & Tets’