Le soldat inconnu -
14 Février 2004 - Saint-Valentin
Ca me gêne de faire des compliments, mais je voulais te dire que t’es la seule à être si belle sans maquillage. Ne te vexe pas, mais t’es comme toutes celles qui ont grandi dans la rue : tous ces artifices, là, ça te rend vulgaire. Et t’en as pas besoin. Parce que tu vois, la beauté naturelle, comme la tienne, ça a un avantage énorme: c’est que le matin, quand je me réveille près de toi, je te trouve aussi belle que la veille. Bon, bien sûr, depuis le temps qu’on se connaît, la fraîcheur des débuts a laissé place à une tendresse plus pudique, mais je t’aime encore comme au premier jour.

Il y a eu les périodes de passion folle, où je faisais tout et n’importe quoi pour toi. Tout ce que je voulais, c’était juste que tu dises mon nom, que tu me montres que j’existais à tes yeux. Je me rappelle ces nuits de solitude face aux feuilles blanches, à essayer de te dire tout ce que je ressentais pour toi, toutes ces nuits où, ne sachant que t’écrire, je balafrais tes murs de mon nom dans l’espoir que tu t’en souviennes enfin. Depuis que je te connais, je ne pense qu’à toi. Je vis pour toi, je vis par toi, mais jamais je ne pourrai vivre de toi. Impossible. Comprends-moi : je préfère qu’on garde une certaine distance, qu’on vive chacun de notre côté pour conserver la spontanéité de nos retrouvailles ; éviter qu’on s’enferme dans la monotonie, et que passer du temps avec toi ne devienne une contrainte. Je t’aime trop pour ça. Je sais que je suis ni le premier ni le dernier à te le dire de cette façon, mais fallait que ça sorte. Du fond du cœur.

Faut que tu me croies. Masta Ace te l’a déjà dit avec une telle vérité que je ne peux que lui emprunter ses mots : je t’aime, même quand je dis que je te déteste. Toutes nos disputes, tous tes départs, toutes ces fois où tu m’as brisé le cœur et tous ces connards qui te salissent en te traitant comme une pute n’y changeront rien. Tu restes une Reine. Il suffit que je te croise à l’improviste, dans les yeux d’un gosse concentré qui récite à mi-voix ses rimes dans la rue, dans une peinture aperçue une seconde derrière la vitre d’un wagon de train, et tout est pardonné. Tu m’as donné les plus beaux instants de ma vie ; je me dis même parfois que tu me l’as sauvée. Et il n’y a pas un soir où j’essaie d’imaginer comment aurait été ma vie si je ne t’avais pas rencontrée.

Au passage, je me demande un truc. Comment ça se fait qu’avec tout l’amour qu’on te témoigne, toi, tu donnes l’impression d’avoir mis tes sentiments dans une chambre froide ? Tu joues tout le temps celle qui est distante, tu hésites à te dévoiler. Tu ne nous parles presque jamais d’amour, alors que tu en es issue. Tu as peur de quoi ? De te rendre vulnérable ? Je pense pas que ça soit le bon choix. Regarde : au final, tu en as déçu beaucoup, parce qu’ils croyaient que tu étais trop refermée sur toi-même, bornée, rétrograde au changement. J’aimerais tant que tu les fasses mentir à l’avenir. Je suis sûr qu’ils reviendraient. Bon, je sais aussi que t’arriveras certainement à vivre sans eux (la plupart de ces mecs étaient un peu chelou, quand même) et que mon avis vaut pas grand chose, mais tu peux pas rester comme ça.

Alors oui, au final, je suis d’accord avec toi : la Saint-Valentin, c’est une arnaque commerciale, et moi aussi j’ai déjà entendu le speech de tous ces petits malins qui disent qu’ils n’ont “pas besoin d’un jour en particulier pour te montrer tout leur amour” . Mais à vrai dire, aucun de ces petits malins n’a pu non plus me donner précisément ta date d’anniversaire… Alors j’ai pris ce jour-ci comme prétexte pour te remercier. Tu es la seule que j’aie vraiment aimée. Cette année, ça fait déjà 10 ans pour moi, 20 ans pour le reste du pays et 30 pour les Américains. Chacun de nous t’aime à sa façon, mais on fête tous la même chose avec toi : nos noces de vinyle et de béton. “Bonne Saint-Valentin.”

    Pour le 14 février, 14 morceaux d’amour à écouter accompagné*
  • Common : The Light, I used to love H.E.R., Come close
  • Zoxea : Rap, musique que j’aime
  • Jurassic 5 : Thin Line
  • Dead Prez : Mind Sex
  • Jay-Z : Song Cry
  • Method Man et D’Angelo : Break ups to make ups
  • Oxmo Puccino : Le jour où tu partiras
  • Diam’s : Vénus
  • MC Solaar : Caroline
  • J-Live : Nights like this
  • Talib Kweli : For Women
  • Black Star : Brown Skin Lady

* Si vous avez “The Love Below” d’Andre 3000, oubliez cette liste.
    5 morceaux d’amour à éviter si vous voulez conclure :
  • Gentlemen : Mortelle Saint-Valentin
  • Doc Gynéco : Ma Salope à moi
  • Svinkels : J’pète quand j’crache
  • Eminem : Superman
  • TSN : Aimer sans amour

    4 cadeaux à faire :
  • Un week-end à New York
  • Une soirée romantique où vous préparez le dîner
  • Lui écrire un morceau puis lui dédier en concert (éviter le beat-box)
  • Un pendentif complémentaire à celui que vous avez autour du cou

    4 cadeaux à oublier :
  • Un week-end à Châtelet
  • Un dîner aux chandelles au KFC
  • Un survêtement en peau de pêche rose brodé à son nom
  • Un faux bling-bling G-Unit

    3 DVD qui en temps normal n’ont aucun intérêt, mais deviennent redoutables si l’on est sous la couette avec une zoulette :
  • Love and Basketball
  • Poetic Justice
  • Save the last dance

    3 DVD à ne voir que si l’on est seul sous la couette* :
  • La Squale
  • Hip Hop Honeys
  • Snoop Dogg’s Doggystyle

* ou alors avec une fille très ouverte.


Article par Le soldat inconnu