
A la base, tout est simple. 8 Mile a bien marché et les producteurs français n’ont pas d’idées. Alors, ils font un 8 Mile français avec un rappeur qui galère, qui a des problèmes avec sa mère mais qui arrive au sommet grâce à ses amis. Pour éviter d’être accusés de plagiat, ils ont rajouté une bonne dose de démagogie, évité tout trait de caractère ou élément pouvant heurter quiconque et compensé le tout par une couche gluante de bons sentiments. Par contre, ils ont enlevé le rap, ça prenait trop de place.
Au final, french “8 Mile” ? Hum… Non, il s’agirait plutôt d’un mélange entre “Street Dancers” (le film préféré de votre cousine de 8 ans) et “Glitter” (la cause du séjour de Mariah Carey en soins psychiatriques en 2003). Le casting donne en tout cas envie. Béatrice Dalle est là, caution hip-hop indirecte de l’entreprise. “Les jeunes ? Ils ne peuvent rien dire, j’ai été la femme de leur héros pendant 10 ans”, déclare-t-elle dans le dossier de presse. On trouve aussi Vincent Elbaz qui imite De Niro cachetonnant dans un plagiat des “Affranchis”. Jean-Pierre Cassel, le père d’Original Moksha, vient gratter un billet en tant que malfrat quasi-muet qui apparaît dans deux scènes. Un œil averti trouvera peut-être le petit cousin de Stomy Bugsy dans les figurants. Bref, au milieu de tout ça, Disiz. Qui joue plutôt bien d’ailleurs mais qui n’a malheureusement aucun personnage à défendre. Juste une sorte de boy-scout façon “Tintin chez les Rappeurs” dont le seul vice est de boire tout seul sur le toit de sa cité des bières qui font pouffer de rire. Un mec qui rappe sans trop savoir pourquoi, n’a même pas l’air super fort et qui erre, dénué de volonté, à peine aidé par un entourage de bras cassés. Eh, les scénaristes : Pourquoi on aurait envie qu’il perce alors qu’il semble lui-même s’en foutre ? Sûrement que dans l’histoire originale (écrite par Oxmo avant que le scénario ne soit considérablement réécrit), le personnage avait des raisons de rapper. Mais le réalisateur a dû trouver que c’était superflu.
Ici, Ixe (le nom de Disiz) devient célèbre … par hasard… ou par chance. Ou peut-être parce que dans la réalité décrite par le film, le milieu rap en France se limite à deux rappeurs. Pas de DJ, de radios, d’ungerground… Non, juste Disiz et son pire ennemi, une sorte de sous-Mystikal qui ne sait même pas tenir un micro. Et on se demande franchement pourquoi, parmi les deux cadors, Béatrice choisit Ixe, vu le manque de charisme de celui-ci. Alors, a-t-elle tiré à pile ou face durant une palpitante scène coupée ? Si c’est le cas, on trépigne d’avance en attendant le DVD.
Peu de rappeurs donc dans “Dans Tes Rêves”. Et pas vraiment de rap, là où la musique était au centre de « 8 Mile » (battles, name-dropping dans les dialogues, bande sonore constituée de classiques). A peine quelques fades demi-couplets de quinze secondes disséminés dans le film. L’attachement viscéral à cette musique que peuvent avoir les passionnés qui la pratiquent est complètement mis à la trappe. Ici, la vision qui nous est donnée est celle d’un rap mâché et lentement digéré par la pensée dominante, une musique de salon dénuée de discours, qui n’affirme rien, pas même sa différence ou son identité artistique. Et dans laquelle le rappeur, à peine doué, a le tempérament d’un animateur de MJC content de son sort. Ne restent que quelques incontournables repères (Ixe qui répète, Ixe en studio) qui n’ont même pas d’intérêt documentaire. On est en tout cas content pour Kool Shen, qui a réussi à caser le plus de ses poulains possible. Ainsi, c’est Jeff Le Nerf qui écrit les raps de Ixe, Toy apparaît en choriste, Madizm et Sec.Undo signent la bande originale et les breakers portent du 2high. Difficile de faire mieux.
Visuellement, l’image a le même grain qu’ “Alive” (comédie musicale dans laquelle Richard Anconina dansait le Moonwalk) et provoque cette même sensation désagréable de visionner une pub d’une heure pour Le crédit Mutuel. Tout y est propre, lisse et mort. Ixe vit dans une cité vide, où les jeunes écoutent RTL à midi et s’emballent pour des projets claqués comme une comédie musicale sur l’histoire du hip-hop. On ne pourra pas reprocher au film de donner une image négative des habitants de cités puisqu’il n’y a personne, à part le héros et ses potes. Les figurants devaient coûter trop cher. En tout cas, on comprend qu’il ne fasse pas dans la revendication géographique, pourtant hobby numéro 1 des rappeurs, tant sa cité a l’air chiante ! Ah si, c’est vrai, il y a des méchants : un terrible gang de deux personnes (Mystikal et son DJ !) qui écrase par erreur un quasi-figurant du film, le transformant du coup en “mentor défunt de Ixe”.
La grande scène musicale qui conclut peu ou prou le film reste dans la tonalité molle qui a dominé jusque là, à la différence qu’on entend pour la première fois un morceau joué en entier par Ixe et la troupe. Pour vous donner une idée, ça ressemble au show d’Emile & Images en concert privé pour la fête du personnel d’Edf. Tout le monde est content, danse en cœur dans la salle et le film s’achève dans une sorte de stupidité générale faisant office de Happy end. Et le générique défile pendant que le spectateur prend note de l’ampleur des dégâts. Pour être concis, on lui dira simplement que “Dans Tes Rêves” offre l’image d’un rap consensuel n’évoquant que le néant, ne venant de nulle part, et n’effrayant plus personne. Un rap qui ne revendique rien, ne fait même pas rire. Non, pire, un rap qui fait chier. Triste, hein ?
Article par Yacine