KRS-One -
Il y a des jours où aller en cours est plus agréable que d’autres, par exemple lorsque la matière enseignée est “Le Hiphop» et le prof d’un jour… KRS One!!! Ouvrez vos oreilles et prenez des notes, c’est The Teacher himself qui parle…

“Bonjour à tous,

Je propose que nous commencions ce cours par le commencement, c’est à dire par la naissance du Hiphop. So…back in the dayz !”

1972


Je suis né le 20 août 1965 a Brooklyn. J’y ai vécu pendant 5 ans, puis ma mère a déménagé dans le Sud, dans le Bronx. En 1972 donc, je n’ai que 7 ans. Il y a un endroit dans le Bronx où il y a un parc, entre deux buildings, appelé Cedar Park. Un beau jour, un Dee Jay, nommé Dee Jay Kool Herc, débarqua avec sa musique à cet endroit, et se mit à jouer. Ce qu’il jouait, cétait James Brown, Sly and the Family Stone, Gill Scott Heron ou bien encore The Last Poets.

A 7 ans donc, j’écoute James Brown, mais pas de la façon dont on l’écoute sur disque : je l’écoute par Dee Jay Kool Herc et son massif sound system, qu’on entendait à 10 blocs a la ronde. Quand il jouait, tout le monde dans le voisinage le savait, mais pas à cause de flyers ou de pub, juste grâce au son ! 10 blocs à la ronde vous vous rendez compte ?! Imaginez ça dans vos quartiers ! Et pleins d’enfants comme moi couraient dans le parc dès qu’ils entendaient James Brown ! Mais attention, Kool Herc ne jouait pas James Brown de façon universitaire ! Car c’était un Dee Jay, pas un DJ !!! Pas un DJ qui vous passait Elvis Presley puis disait “Voilà, vous venez d’entendre ‘Love me Tender’ d’Elvis” … lui, c’était un Dee Jay, c’est à dire qu’il était en interaction avec le disque ! Un DJ vous passe le disque, fait une intro et une outro, mais ne touche jamais le disque ! Lui, c’était un Dee Jay, bref quelqu’un qui touchait son disque !

Voilà donc l’origine du Dee Jaying… 1972… J’ai 7 ans quand, entouré de pleins de blancs, d’hispanos et d’asiats, j’ écoute Kool Herc mettre le disque jusqu’à la moitié puis le remettre au début ! Et il faisait ça pendant des heures ! Il utilisait une des techniques de Dee Jay appelée “middle dropping”, quand tu coupes le morceau au milieu et que tu “rembobines” jusqu’au “break” du disque. Et donc les gens qui dansaient dans ces fêtes, on les a surnommés les “break dancers”, “who dance to the break” puis après “B Boys, B Girls” .

Ainsi, en 1972, Kool Herc a donné naissance à la communauté hip-hop, grâce à ces fêtes qui, soulignons-le, étaient gratuites…

1972, c’est aussi la Guerre du Viet Nam, sujet brûlant dans nos communautés, c’est aussi l’époque où le FBI et la Mafia font beaucoup de mal aux minorités, c’est aussi une période de crise économique, de lutte pour les droits civiques, pour les droits des femmes etc...

Bref, à cette époque, les divorces ont fait un bond et beaucoup de mères se sont retrouvées seules pour élever leurs enfants. Et s’il vous plait, ne jugez pas ces hommes, parce que tant que tu n’as pas d’enfants, tu ne devrais pas faire de jugements sur les parents…


Bref, il y avait plein d’enfants livrés à eux-mêmes, qui traînaient dans les quartiers. Et là, une fille, Cindy, la sœur de Kool Herc, a dit “ces enfants n’ont rien à faire dans le quartier. Nettoyons Cedar Park et jouons de la musique pour eux” . Le Hiphop a donc été rendu plus vivant que jamais grâce a une énergie féminine ! D’ailleurs, le Hiphop a toujours été grandement influencé par des énergies féminines, et c’est pour ça que c’est clairement impossible de se dire Hiphop et de mépriser les femmes ! Je suis donc un survivant de cette génération X, grâce au Hiphop, grâce a Kool Herc.


A cette époque d’ailleurs, le rap était illégal. Tu ne pouvais pas faire ça au coin de la rue ou dans le parc : c’était considéré comme nuisance sonore, donc faire ces rassemblements, c’était notre manière de résister. C’était en quelque sorte notre combat politique, ou du moins social ! D’ailleurs, à l’époque, notre slogan était “Hiphop is the sound of society” . Aujourd’hui ce slogan n’est plus d’actualité, car on a perdu cette bataille… Mais à l’époque, on contrôlait le son de la société : on avait des énormes radios dans lesquelles on mettait des cassettes, et on se baladait dans les rues avec. Et on savait ce qu’on faisait. Car ça peut paraître seulement un amusement aujourd’hui, mais nous, notre démarche était très politique…comme celle de Kool Herc d’ailleurs. Car Kool Herc était très engagé politiquement : il n’avait pas peur d’être lui-même, voilà son engagement ! Il n’avait pas peur d’être un DeeJay, et non un DJ ! Tout le monde disait à Kool Herc de jouer correctement, c’est à dire comme un DJ, Kool Herc leur répondait : “je m’en fous de jouer comme un DJ, je veux être moi” . Et vous, avez-vous peur d’être vous ? La plupart d’entre nous, on a peur d’être nous-mêmes, parce qu’être soi a des conséquences…


[Récréation – Méditation]


1974


Le Hiphop grandit.

Africa Bambaataa dirigeait une organisation appelée… The Organization ! Il faisait aussi partie du gang des Black Spades. Rien à voir avec les gangs d’aujourd’hui qui font leurs affaires dans leur coin. Nous, on allait à l’école et ils nous poursuivaient pour essayer de nous enrôler. “Il est midi, tu vas où ?” . C’était un challenge pour nous d’arriver à l’école !

Bref, pendant ce temps, Africa Bambaataa était parti en France, et il en est revenu avec ses idées de Zulu Nation. En rentrant ici, il a changé le nom de The Organization en Zulu Nation. Il a construit cette Zulu Nation sur 4 principes : “Peace, Love, Unity and Having Fun” . Les fondements du Hiphop étaient ici : une attitude originale.

Petite digression si vous le permettez… Pour moi, le seul problème du Hiphop aujourd’hui, c’est le manque de connaissance de lui-même. C’est le seul challenge que nous avons : apprendre à nous et à le connaître ! Le Hiphop aujourd’hui a 100 millions de consommateurs rien qu’aux Etats Unis, dont 40 millions de gens en âge de voter !!! Imaginez ce qu’on pourrait faire, imaginez le pouvoir qu’on a entre les mains et qu’on ignore !!!

On a assez de pouvoir pour instaurer notre propre gouvernement. Et quand on réalisera le propre pouvoir de la communauté Hiphop, on aura tout gagné !!!




Article par PamSiste, envoyée spéciale à Los Angeles, Universi