Biggie & Tupac -
Deux des plus grandes figures emblématiques du rap US, Tupac Shakur (2Pac) et Christopher Wallas (Notorious BIG) sont morts respectivement en septembre 1996 et mars 1997. Le double assassinat qui les a tout deux frappé et qui a amplifié de manière considérable leur notoriété dans le paysage rappologique américain, reste à ce jour non élucidé. L’enquête n’est pas close pour autant, Nick Broomfield (qui a déjà réalisé un documentaire sur le suicide Kurt Cobain) décide de mener une investigation à ce sujet et tente lui même d’élucider les non-avoués autour de la disparition des deux rappeurs. Pari à priori difficile pour ce réalisateur ne possédant aucune autorité légale pour arriver a ses fins, il est de plus handicapé par la langue britannique en terre américaine. Les moyens réduits n’aidant pas, on obtient quand même un documentaire assez conséquent d’une heure et quarante-sept minutes.

Mais il ne suffit pas de se glisser dans la peau d’un Colombo pour réussir une enquête, et maladroitement, Broomfield fait de son personnage le "héros" de l’intrigue. Son omniprésence finit même par agacer et ses péripéties mises en avant rendent l’investigation brouillon. N’est pas Michael Moore qui veut, lui c’est rendre son personnage secondaire. Quant à la réalisation, elle relève parfois de la blague de mauvais goût au point que l’on se surprend à vouloir s’autoproclamer réalisateur. Les plans et la qualité des images s’approchent de celles de nos dernières vacances à la plage, filmé au poing avec le caméscope de papa. Le cameraman semble en être à son premier (et ultime ?) fait d’arme : l’image est rarement statique et s’égare par moment on ne se sait où. Certains témoignages sont interrompus brusquement suite à la demande des témoins-acteurs, à croire que l’impasse a été faite sur le montage. D’autant plus dommage que les scènes coupées semblaient revêtir une importance capitale dans l’annonce de nouvelles preuves. Bref, c’est frustrant.

Une multitude de détails insignifiants apparaissent, entre autre, lorsque Broomfield au volant de sa voiture téléphone à d’éventuels témoins comme si le temps lui était compté. Accroître l’insécurité de lui et son caméraman sur les routes californiennes était-il nécessaire ? Ces situations cocasses traduiraient-elles une frustration de l’Anglais de n’avoir jamais été a l’affiche dans une production Hollywoodienne aux cotés d’un Bruce Willis ? Et avec la riche discographie des deux rappeurs, on ne comprend pas que le score du film comporte certains morceaux d’autres artistes tels Gangstarr...

Pourtant, la documentation laissait présager de très bonnes choses. Tout d’abord, la biographie des deux rappeurs révèle au grand public l’amitié qui liait Notorious BIG à 2Pac et montre à quel point le départ de chacun vers leur label respectif a envenimé leur relation. Cet historique permet de mieux cerner leur personnalité et la documentation bien garnie de leur carrière reste le point le plus positif de ce reportage : des archives des premiers freestyles et scènes de BIG et PAC à Baltimore jusqu’aux extraits de la soirée des MTV Awards qui a tourné à l’affrontement verbal entre Westcoast et Eastcoast... on est vraiment gâté. Mais dès qu’il s’agit de trouver des nouveaux éléments, l’inspecteur sèche ou s’égare dans des pistes hasardeuses. Et lorsqu’il approche d’éléments-clé, celui ci abandonne préférant donner de l’importance à une nymphomane dévoilant ses expériences sexuelles avec les policiers soupçonnés d’être impliqués dans le meurtre de Notorious BIG ou encore, au présumé père de 2Pac, qui se vante d’avoir reconnu ce dernier à son appareil reproducteur... consternant. Beaucoup de scènes semblent inutiles au bon déroulement de ce documentaire qui souffre d’un cruel manque de contenu informatif. Un vide comblé par des traits d’humour ou d’anecdotes qui "gonflent" la durée du film. La supercherie touche à son paroxysme lorsque Suge Knight, boss de Death Row et commanditaire présumé du double assassinat, qui est évoqué tout au long du film est enfin interrogé en prison. Il refuse de se prononcer sur les deux meurtres et préfère lancer un message de paix a la jeunesse !

Cependant, le danger ne semble pas avoir été absent tout au long de l’aventure de Nick Broomfield, ce qui pourrait expliquer les lacunes flagrantes de son enquête. Et ce n’est pas la terreur qu’inspire Suge Knight visible dans les yeux de chacun qui a facilité le déroulement de son travail. Mais force est de constater que les informations confuses et la chronologie grotesque, perturberaient n’importe quel spectateur lambda. Il ne serait pas surprenant d’entendre dans la salle des chuchotements "mais c’était pas 2Pac qui était mort en premier ?". A défaut de nous éclairer, ce film sème désordre et confusion. Les événements se mélangent et aucun cheminement correct n’est réalisé, les interviews hachées et parsemées tout au long du film ne débouchent sur rien si ce n’est une multiplication de pistes et de présomptions infructueuses. Bref, impossible de savoir vers quel horizon le film se dirige et le doute plane quand au sens de l’organisation de notre réalisateur.

Au final, on finit par trouver le temps long et un documentaire d’une quarantaine de minutes aurait été plus efficace. 2Pac et Notorious BIG sont morts assassinés ainsi soit-il, et ni la police ni le réalisateur Anglais n’ont permis jusqu’à aujourd’hui d’élucider ces crimes, perpétuant les mythes et légendes qu’ont engendrés leurs décès.


Article par Mehdi. Autres : Jin et Tetsuo