
Il était vraiment temps que le mc le plus invité du rap français se mette à son compte. Une écoute de 17 titres enregistrés pour son album “Paradis Assassiné” nous le prouve. Mille fois.
“Et j’ai crié ’HipHop !’ pour qu’elle revienne” (Lino)
Bon, les vieilles habitudes ont quand même la vie dure. Et si Bors s’entoure ponctuellement de Calbo, T.kila, Kazkami, Rash (beaucoup de Ghetto Star quand même), Janik ou Booba, il livre surtout une série de morceaux solos foudroyants, nous prouvant que “Symphonie En Sous-Sol”, “Monsieur Qui” ou “Délinquante Musique” étaient loin d’être des accidents.
Au fil de l’album, Lino se tape une envolée lyrique sur le générique d’un grand succès du cinéma français, fait le récit de destins fracassés d’emblée dans “Les Anges” ou encore détourne les questions d’une interview classique pour revenir aux racines de son rap. Loin de diluer son écriture sur un long format, il administre des punchlines à une cadence régulière, invente des proverbes à chaque couplet et rappe sans même avoir besoin de musique. Lucide malgré l’ivresse, il s’affirme comme un personnage complexe pour qui la vie est juste une longue peine à purger, où les rêves sont tous paraplégiques et où un vice en cache forcément un autre. Dans cet esprit, l’ironique “Tout Va Bien”, retour à l’ambiance du premier Ärsenik, achève de verser quelques gouttes de whisky dans la plaie, concluant le tout sur un air de nostalgie lasse.
Avec un charisme et une densité d’écriture que même les évidents singles “Libre” et “Braque Les Spots” ne parviennent à entamer, Lino se place d’emblée au sommet du rap français. L’air de rien, la tête ailleurs et sans même donner l’impression d’essayer. Mais c’est juste une impression… Confirmation avec l’album définitif le 13 septembre.
Article par Yacine