RATP -
Depuis 10 ans, le logo “Fuck RATP” a été quelque peu oublié. Le mouvement Hip Hop a-t-il de bonnes raisons de se réconcilier avec les patrons de la RATP ? Ceux-ci ont-ils revu leur position face aux artistes et à la culture Hip Hop ? Leur vision de l’art et de la société le justifierait-elle ?

La RATP déteste toujours le Hip Hop


La RATP est l’impressionnant réseau de transports publiques que nous trouvons si nécessaire pour sa densité et sa fluidité en Ile de France. Elle est aussi la tête de pont d’un gigantesque groupe dont la filiale Transdev gère les transports de villes comme Strasbourg, Mulhouse, Annemasse, Clermont-Ferrand, Chelles, Orléans, Grenoble, Saint-Quentin-En Yvelines et Lyon et possède des participations dans des sociétés de transport français mais aussi dans des capitales européennes parmi lesquelles Londres, Rome ou Porto, sans compter Melbourne et Sydney ! Ses autres filiales sont engagées dans l’immobilier, les espaces publicitaires et les fibres optiques.
Mais outre un groupe qui concilie missions de service public et capitalisme à l’échelle mondiale elle est également une institution menée par une équipe dont les décisions sont loin d’être neutres pour les Français. Premièrement parce qu’elles ont un impact phénoménal du fait de son budget, son rôle et sa taille ; deuxièmement parce qu’elles impliquent notre propriété à tous, un bien publique. La politique de la RATP fait pourtant peu l’objet de débats et de controverses... Il appartient au Hip Hop de se positionner par rapport à cette poignée de dirigeants qui, eux n’hésitent pas à s’attaquer au Hip Hop à la moindre occasion. Depuis 10 ans, le logo “Fuck RATP” a été quelque peu oublié ; le mouv’ Hip Hop a-t-il de bonnes raisons de se réconcilier avec les patrons de la RATP ? Ceux-ci ont-ils revu leur position face aux artistes et à la culture Hip Hop ? Leur vision de l’art et de la société le justifierait-elle ?


Combattre le graffiti à n’importe quel prix


A la fin des années 80 le graffiti parisien a atteint un niveau qualitatif et quantitatif jamais envisagé. Quelques années après la Metropolitan Transportation Authority, sa consoeur new yorkaise, la Régie Autonome des Transports Parisiens a alors décidé de prendre position face à ce phénomène qui la touchait fortement. Elle aurait pu accepter ou, plus vraisemblablement, canaliser ce phénomène au profit de sa décoration et de sa proximité avec les usagers. Elle aurait pu comprendre que sa monotonie et son omniprésence grise faisaient partie de l’environnement urbain théâtre et déclencheur du miracle de la culture Hip Hop. Elle aurait pu reconnaître que l’uniformité et la saleté de son vieux réseau méritaient de belles couleurs vives. Elle aurait pu confier des wagons ou des stations à décorer à des centaines d’artistes urbains qui prenaient déjà tous les risques pour le faire sans rétribution. Elle aurait aussi pu comprendre que ses rames et ses bus feraient de fantastiques expositions gratuites et ambulantes à même de transformer la ville à jamais. Ses dirigeants frileux et rétrogrades en ont décidé tout autrement déclarant une guerre impitoyable à la jeunesse graffiteuse.

En bon gendarme la direction de la RATP a renforcé le dispositif répressif et de surveillance. Peu importe que les agression soient passées de 4203 en 1984 à 2196 en 1988, son président Christian Blanc a érigé la sécurité en priorité absolue en 1990 et lui a affecté 588 millions sur quatre ans ! Les 430 policiers du Service de Prévention et de Sécurité du Métro et les 300 employés de la Sécurité Générale ne lui suffisant plus il a demandé à Pierre Joncour, ancien colonel de gendarmerie de monter le Groupe d’Intervention et de Protection des Réseaux. Les 200 infâmes G.I.P.R, ramassis de brutes écervelées, ont défoulé leur violence malsaine sur les SDF, les vendeurs du métro et tous ceux qu’ils suspectaient, à tort ou à raison, de fraude, de vol ou de tag ne respectant qu’une règle simple : celle de la force. Leurs exactions ont pris de telles proportions que leur unité a été fusionnée avec la vieille SG en 1994 et renommée GPSR, renaissant ainsi de façon rénovée, moins voyante mais pourvue cette fois-ci d’armes à feu ! Y sont rajoutés la même année les CSA, affectés aux lignes à problèmes. Alors que le nombre des contrôleurs atteint 700 en 1995, la Police, le plus souvent en civil est toujours autant sollicitée, accompagnée de caméras de plus en plus omniprésentes. Le voyageur ne nécessite plus d’attentions ou de protection, il devient un suspect...

Politique, argent public et art urbain


En parallèle les finances publiques ont alors été mises à contribution pour payer de pharamineux contrats de nettoyage. Il ne s’agissait pas de se débarrasser de la poussière malsaine, des ordures, des rats ou des odeurs mais de combattre le graffiti. M. Dubois, du service de presse de la RATP pleurniche : “Au début des années 90, 85 % du matériel de la ligne 13 était taggué. La RATP investissait 13 millions d’euros par an pour le nettoyage de cette ligne. C’était infernal !” Le journaliste rajoute “La RATP a par la suite investi 29,8 millions d’euros afin de prévenir ce phénomène : chaque infrastructure est dotée d’une pellicule sur laquelle la peinture n’adhère pas, le système de surveillance ayant également été considérablement développé...” Les dizaines de millions de francs s’additionnant aux dizaines de millions d’euros, les sociétés de nettoyages se sont engraissées de manière outrancière, enrichissant leurs actionnaires privés tout en traitant de manière toujours aussi scandaleuse leurs employés, esclaves immigrés des temps modernes.

Cette politique axée sur le doublé répression-effacement n’est pas propre à la RATP, elle a été engagée et poursuivie par les pouvoirs publiques au plus haut niveau, ceci quelque soit l’alternance politique. La Régie finalement peu Autonome, instrument parmi d’autres de l’appareil politique au pouvoir n’a fait que la suivre.

Studyrama en témoigne :
Pour casser cet engouement, les pouvoirs publiques se sont montrés de plus en plus sévères. Si l’on s’en tient à l’article 322-1 alinéa 2 du code pénal "la destruction, la dégradation ou la détérioration d’un bien appartenant à autrui est puni de 2 ans d’emprisonnement et de 30 000 € d’amende sauf s’il n’en est résulté qu’un dommage léger". Ce n’est donc pas sans risque. Pour décourager les taggueurs, la ville de Paris a signé un contrat en 2000 avec une société de nettoyage qui s’engage à éliminer tout nouveau graffiti dans les 12 jours. Chaque année, 519 343 m2 de tags sont enlevés, ce qui correspond à un mur de 4m de haut et de 130km de long (Paris-Rouen). Ajoutons à cela, la création de la BAG (Brigade Anti-Graffiti) qui recense et photographie tous les tags et graffitis, afin de monter un dossier qui servira à inculper le taggueur pris en flagrant délit.




Article par Gone