Olivier Cachin -
Rédacteur en chef de L’Affiche, repreneur de Radikal, présentateur de Rapline, homme de l’ombre pour Doc Gyneco, spécialiste du rap pour les médias généralistes dès qu’une voiture brûle, Olivier Cachin restera plus dans les mémoires pour son statut d’historien incontournable, que pour la pertinence de ses écrits. Ses deux ouvrages, “L’Offensive Rap” et “Eminem, Prince Blanc Du Rap”, semblent en tout cas le laisser croire. Là, il en sort un nouveau, dont la couverture est très jolie et le titre très ambitieux.

Les cent albums essentiels du rap… voilà qui prête à polémique. Choisir, c’est forcément renoncer et il y aura sûrement des partisans de plein d’exclus de la liste pour crier au scandale. Personnellement, je regrette l’absence des premiers FF et Puffy, chacun charnière pour des raisons différentes, mais bon, je n’avais qu’à écrire mon propre livre. Globalement respectable, la sélection demeure sujette au débat chez les gens qui s’ennuient l’après-midi et qui pourront toujours arguer que l’album de U-God a influencé plus de gens que celui de Raekwon. Quelques partis pris sont quand même particulièrement intéressants. Visiblement, la figure du toujours drastique deuxième album plait à Cachin qui s’appuie sur deux exemples marquants, peut-être plus symboliquement qu’artistiquement : la première tentative un peu bancale de crossover mainstream de Nas (“It Was Written”) et l’opération kamikaze de Gyneco sur “Liaisons Dangereuses”. Au-delà de ça, la maquette bien fichue, présente une double page la chronique de l’album, une reproduction de la pochette et une citation d’un texte de l’album, souvent bien choisie et traduite le mieux possible. On peut quand même regretter quelques transformations incongrues, telles que “pussy niggas”, devenu “négros en string”. Mettons ça sur le dos des délais de parution.

En fait, ce qui choque surtout, c’est le contenu des textes. A plus d’une reprise, Cachin se contente de faire en long et en large (façon wikipedia) la biographie de l’artiste dont il a choisi le disque. On a même parfois l’impression qu’un autre album n’aurait pas changé grand-chose aux textes, qui trahissent plus d’une fois d’une fascination insistante pour le vécu sulfureux des rappeurs. Voir un disque de la trempe de “Doggystyle” quasiment réduit au procès de Snoop pour complicité de meurtre, ça fait quand même bizarre. Et c’est pire quand Cachin se plaît à imaginer la mort de The Game dans une ruelle de Compton. Okay, de nombreux rappeurs cultivent cette mythologie de l’excès et cette frontière floue entre réalité et fiction a souvent du goût pour l’auditeur, mais un tel ouvrage devrait quand même privilégier la tenue artistique à un sensationnalisme fatigant (“des anecdotes incroyables mais vraies […], l’histoire des noirs américains et les SOS des banlieues françaises, tout ça et plus se trouve dans ce livre” dit le quatrième de couverture). Et excusez-moi d’insister, mais à part pour nous raconter que Snoop a échappé à la taule grâce à un gros chèque : qu’est-ce que vient faire là-dedans un best-of de Death Row ??

Pour ne pas vous ennuyer, on passera vite sur les nombreuses inexactitudes relevées dans le bouquin (ce n’est pas Booba qui rappe dans la première version de “Esprit Mafieux”, mais Ali, qui par ailleurs n’est pas du tout absent de “Temps Mort”; Gyneco n’assure pas le refrain de “Sacrifice de Poulet”, mais juste une phrase dans un couplet ; Ghostface n’était pas diabétique en 1995 et se défonçait donc pour de vrai durant la conception de “Only Built 4 Cuban Linx”, Nas a retrouvé son rang avec “Stillmatic” et surtout pas avec “Street’s Disciple”; Pone de la FF n’est pas DJ ; “Brooklyn’s Finest” n’est pas le seul duo Biggie / Jay-Z, puisque ce dernier apparaît sur “Life After Death” ; Eminem ne clashe pas Fred Durst sur “The Real Slim Shady” puisque celui-ci est dans le clip…). C’est quand même dommage qu’une telle anthologie paraisse quasiment écrite de tête, avec visiblement un impressionnant fonds d’articles pour L’Affiche et Radikal comme base de travail. Exemple le plus troublant, le texte sur “Encore” d’Eminem (sélection plus que contestable mais je me tais) est quasiment le même que la chronique de l’album, parue dans Radikal à la sortie du disque.

Ah, en revanche, la préface signée Joeystarr est vraiment sympa, alternant préoccupations techniques (“le hip hop a amené les infra basses à la musique”) et considérations esthétiques très subjectives : “le hip hop c’est pas des zouaves qui braillent “Brigitte Femme de Flic” sur un instru pourri”. Rigolo, concis et consistant, ce texte met en fait en lumière ce qui fait souvent défaut au bouquin : un peu de style.


Article par Yacine_