Thomas Blondeau -
Ouvrage de 215 pages de, “Combat Rap, 25 ans de Hip Hop/Entretiens” est signé par Fred Hanak & Thomas Blondeau ( “Radikal” ), et a la photo de Flavor Flav en couverture.

L’ouvrage s’ouvre par un long texte narrant la naissance du rap avec une lucidité et un sens de la synthèse fort à propos et construit autour de cette question : comment le rap est-il devenu partie prenante de la culture populaire américaine, des disques aux films en passant par les fringues et les séries télés ? On revient à la source : les Last Poets, les block parties, la contestation de monsieur Chuck D…. Pertinemment, ils opposent le rap new-yorkais, malgré tout imprégné des valeurs dites “hip hop” à son cousin Californien, plus cynique mais aussi plus dansant. Et pendant ce temps, plus régressif et encore plus mélodieux (on n’est pas à un paradoxe près), le Sud monte discrètement en puissance…

Passé ce texte, qui réussit à vulgariser et à expliquer l’histoire du rap sans non plus trop la simplifier, le gros œuvre du livre peut commencer : les entretiens. Le problème est que la direction qui régissait l’introduction a disparu, et de la vision d’ensemble, on passe à une suite d’instantanés qui peinent à trouver une direction. Pourtant, certains ne manquent pas d’intérêt mais ils sont plombés par d’autres interviews, beaucoup plus anecdotiques. Par exemple, Jay-Z se fait pré-mâcher ses réponses par Fred Hanak, Slim Thug intervient moins pour parler de sa carrière que pour faire le guide touristique de la scène de Houston et la rencontre avec Ice Cube se contente de surfer sur l’actualité du rappeur, passé avec talent de la rébellion à l’entertainement familial.

Presque sans surprises, ce sont les tenants d’un rap “conscient” qui disent les choses les plus intéressantes, même s’ils paraissent un peu coincés dans leurs dogmes. Chuck D finit par lasser à force de dédaigner les rappeurs actuels, presque tous formatés, ignares et nuls si on s’en tient à ces propos. Il dit quand même des choses intéressantes sur les références culturelles d’un enfant ayant grandi dans les années 60 ou sur la monotonie de tempo des albums actuels. Heureusement, Boots Riley de The Coup, est là pour cesser d’opposer les chapelles. Il prend la défense des rappeurs les plus matérialistes en déclarant même “Tu ne peux pas en vouloir à quelqu’un qui meurt de froid de réclamer une couverture” . Eloquent, simple et concis.

La discussion avec Jay Dee est quant à elle émouvante : le producteur se livre comme à de vieux amis miné par sa maladie s’y confie comme à des vieux amis et revient sur sa reconnaissance par le grand public, faites de faux départs et de découragements. Enfin, rigolo, dans cet interview datant de 2002, Questlove raconte, ahuri qu’un jeune espoir du rap vient de se prendre 9 balles. Il s’appelle 50 cent.

Inégal et parfois un peu trop lyrique dans le ton, “Combat Rap” laisse sur sa faim tout en faisant transparaitre la passion de ces auteurs pour la musique. Préfacé par Olivier Cachin ( “Radikal” ), le livre est édité par Castor Music et coûte 11 euros TTC.



Article par L’Oignon