
Si on attribue l’origine de rap militant et engagé à Grand Master Flash et son titre “The Message”, c’est bien Public Enemy qui contribue à développer cette dimension encore peu explorée dans le rap. Rarement dans la musique, et pas uniquement dans le rap, un groupe se sera autant affirmé comme un réel contre pouvoir au système en place : ceci peut paraître prétentieux mais la plupart de ceux qui ont découvert le rap récemment ne peuvent se rendre compte de la réelle influence qu’a eu Public Enemy, aux Etats-Unis comme ailleurs. Le but de notre dossier sera donc de présenter le groupe tant par rapport à sa musique qu’à son message politique, sans pour autant tomber dans une glorification simpliste : les controverses successives qui ont marqué l’histoire de l’ennemi public ne seront pas épargnées. Enfin, nous ferons un point sur la situation actuelle du groupe et sur l’héritage que le groupe a laissé à notre culture.

Prélude A Public Enemy
Octobre 1979, Carleton Douglas Ridenhour, alors encore étudiant à l’université (le savoir est une arme !) se rend à une soirée plus ou moins open mic, le "thursday night throwdown" au Adelphi, alors point de rencontre du divertissement afro à Long Island. A cette soirée se trouve Hank Schoklee, fondateur d’un crew de deejay de Long Island, pratiquant sérieusement maintenant depuis 4 ans mais toujours sans MC : Spectrum City.
De 1979 à 1982, c’est donc Carleton D. Ridenhour, plus tard dit Chuck D, qui officiera au sein du groupe : discomoblie, parties et mixtapes au programme. Mais qui a 10 dollars à mettre dans des mixtapes à cette époque ? La stratégie consistera donc à proposer un show hebdomadaire sur les ondes d’une radio du coin, WBAU. C’est Bill Stephney qui leur accordera cette faveur : "Super Spectrum Mix Hour" le samedi de minuit à une heure. A noter que le frère de Hank Schocklee, Keith est alors présent en temps que deejay de l’emission. Le show met en avant des artistes non signés et qui pour la plupart n’ont aucune réelle discographie : c’est un succès.
Plusieurs groupes locaux défilent; parmi eux, Thownhouse Three, bientôt nommé Sonz of Bazerk. Lors de leur passage aux studios de l’émission, le crew est accompagné du futur Flavor Flav, qui à force de traîner dans les parages, se verra promu responsable des appels téléphoniques de l’émission, puis se verra confier son propre show (imaginez les délires radiophoniques que cela a pu engendrer !).
1984 : Sortie du maxi "Lies b/w Check out the radio", en indépendant. Chuck D se fait clasher et en fait une paranoia : il enregistre alors un morceau nommé "Public enemy #1" car il se sent vraiment persécuté.
1985 : Le show radio s’arrête car les animateurs pensent que leur travail n’a pas été récompensé à sa juste valeur. Toujours cherchant à faire parler d’eux à travers les concerts, il leur fallait un service d’ordre : ce sera Mike, James et Griff de "Unity Force", une organisation de sécurité, dont certains membres sont proches de la « Nation Of Islam ».
Rick Rubin, cofondateur de Def Jam, cherche à convaincre Chuck D de rejoindre l’écurie, comptant déjà en son sein LL Cool J et les Beastie Boys. Rétissant à signer de peur d’être prisonnier d’une situation abusive, Chuck D et Hank Schocklee accèptent tout de même un rendez vous avec Rubin, arrangé par Bill Stephney, et ils préparent une maquette 4 titres contenant les titres "Public Enemy #1", "The Return Of The Public Enemy" (qui deviendra finalement "My Uzi Weights A Ton"), "Sophisticated Bitch" et "You’Re Gonna Get Yours", soit un tiers du futur premier album "Yo ! Bum Rush The Show".
Rejoignent l’aventure, de près ou de loin, Harry Hallen, journaliste Hip Hop, Eric "Vietnam" Sadler, producteur (au sens Hip Hop du terme !). A l’époque, Chuck D ne voulait pas être le leader vocal du groupe mais plutôt le manager, celui qui tire les ficelles. Rick Rubin le convint de jouer le rôle de mc principal, le persuadant qu’il était le seul à pouvoir remplir cette tâche. Flavor Flav l’accompagnera, Norman Rogers, membre du crew Spectrum City, est affecté contre sa volonté du pseudo de Terminator X et sera le deejay du groupe. A qui le tour ? Ca sera à Griff et à la "Security Of The First World". Le concept est simple : l’homme noir est aussi intelligent que fort. "Nous ne faisons pas partie du tiers monde, mais du premier monde".
Fevrier 1987 : Sortie de "Public Enemy #1"
Mars 1987 : Sortie de l’album "Yo ! Bum Rush The Show"
Public Enemy est lancé.
Article par Dj Tearz