
Les beaux jours sont là et ça se sent. 38 magazines ont été décortiqués pour cette longue revue de presse estivale, où il sera question entre autres de mariage nerd, des fantasmes de Bams, de drague en supérette, de la sexualité du G-Unit, de tuning automobile et de presse anglaise.
LA PHRASE DU MOIS :
" Si tu bois du Crunk Juice, ça rend ta bite deux fois plus dur. " Lil’Jon, RADIKAL 92
WONDER WORLD
KRS-One va être content, le hip-hop est partout. La lecture régulière du magazine américain de référence XXL nous en convainc un peu plus chaque mois. A tel point qu’aux 5 disciplines fondatrices, il faudra bientôt ajouter la pâtisserie. Demandez ce qu’il en pense à Raven P. Desean, alias Cake Man et chouchou de G-Unit, Busta Rhymes où P.Diddy dès qu’il est question de crème glacée ou de pièces montées. Très sollicité, il s’est par exemple personnellement occupé des gâteaux d’anniversaire de Lloyd Banks et de Bad Boy Records. Et il a de la chance, ses clients lui laissent souvent carte blanche : " Les rappeurs sont très exigeants pour les fringues ou les bijoux, mais c’est moins le cas pour la pâtisserie ", précise-t-il.Dans le même numéro, un cadre de 40 ans revient sur ses débuts dans le rap-game. Après avoir perdu son travail et plus de 200 000 $ à cause du fameux scandale Enron, il s’est reconverti en MC sous le nom de N-Run, dissant sans vergogne tous les responsables de l’affaire. Se décrivant comme un mélange de Kanye West et d’Ice-T, N-Run déclare être en guerre contre la " corporate America " et compte continuer à rapper, même s’il a retrouvé un vrai job entre-temps. Et si sa seconde carrière ne l’a pas aidé à se renflouer (seulement quelques centaines de CD vendus) son EP a quand même été cité comme preuve lors du procès Enron. Si ça ne vaut pas un grammy, ça…
Mais rien ne dépasse l’histoire du duo Hushhh dont l’un des membres, Diadem, est né… sans bras ni jambes. Leur album devait d’ailleurs compter le morceau " Si j’étais toi " (" Si j’avais des membres, j’en ferais quoi ? Et toi, si t’en avais pas ? "), mais le groupe n’a pas voulu pas faire du handicap de Diadem un argument commercial. Une vraie preuve d’intégrité. Et ils l’affirment, le succès ne changera rien à leur discours ; d’ailleurs, ils sont contre le bling-bling, comme l’affirme Diadem : " Je ne me sens pas concerné par les bijoux et tout le courant bling bling. Je ne me retrouve même pas dans le fait de porter une montre, d’ailleurs ! ".
Vous tenez encore debout ? Parce que dites-vous que dans le monde merveilleux de XXL, même le plus obscur des managers a une histoire hors du commun. Et, malgré les apparences, tout le monde y est finalement respectable. Un peu comme les traditionnelles " Eye Candy " dénudées qui se courbent au-delà de l’anatomiquement possible, sans jamais dévoiler toute leur poitrine. Rien que par principe, la morale y est sauve.
Là-bas, tout le monde a droit à une seconde chance. Même Big Lurch de Death Row, emprisonné pour avoir assassiné sa co-locataire avant de manger son poumon, et qui plaide sans gêne pour sa libération : " J’aimerais parcourir le Monde comme le Pape afin d’avertir les enfants des dangers de la drogue " (n°71). En lisant le magazine, on est également rassurés d’apprendre que derrière les Yin Yang Twins (le groupe qui rappe " Je fais couler mon sperme de ton nez jusque sur tes fringues " et " Je vais te baiser jusqu’à ce que tu pleures ") il y deux êtres humains sensibles qui ont courageusement surmonté les épreuves de la vie, à l’image de D.Roc, né avec des moignons et une lésion cérébrale qui l’a longtemps empêché de marcher correctement (n° 70). Et à part dans XXL, où pourrait-on voir un déglingué comme Trick Daddy faire l’apologie des châtiments corporels sur les enfants en bas âge ?A propos, si vous voulez savoir comment Buschwick Bill des Geto Boys a perdu un œil, son récit des évènements commence ainsi : " Ce jour-là, ça allait plutôt bien. Mais à 11 heures, j’ai reçu un appel de ma mère qui s’était cassé le bras et avait besoin d’argent. Alors, j’ai décidé de me suicider. Pas parce que je trouvais que la vie était trop dure. Mais juste pour que ma mère puisse soigner son bras avec l’assurance-vie ". (La suite dans le n°69)
Non, vraiment, en lisant ce mag’, on se dit que la vie des rappeurs français est bien terne. Et pourtant…
Article par Yacine et Le soldat inconnu