
Où il sera question de chinois, de réveillon vandale, du t-shirt de Sarkozy, de casques de viking en or, de cure d’amaigrissement, du décès de ODB et de pyjamas.
LA PHRASE DU MOIS
"Jean Gab1 est un rappeur avec un string sur la tête." Joey Starr, dans MAXIMAL de Janvier 2005.
L’ARTICLE DU MOIS
Notre coup de cœur du mois, c’est l’article " 31 Décembre 2003 " de Sheek (N+U, TCG) dans Wild War 3. Parce que nos noms apparaissent dedans et que ça nous fait vachement plaisir, même si on passe un peu pour des blairs. Parce que dans la forme c’est faussement je m’en foutiste et vraiment très bien écrit. Parce qu’il faut saluer l’ingéniosité qu’il a dû déployer pour chopper sa superbe photo de " Jaguar Gorgone " faisant du parapente à la Réunion. Et surtout parce qu’il n’y a que lui pour être assez fou pour aller tagger " Bises ", " Respect ", " Bonne Année " et surtout " Real B.O.S. " sur la maison de Joey Starr et ensuite le raconter dans des magazines. Bref, un ovni à lire absolument.
AND THE WINNER IS…
Le mois de décembre est traditionnellement marqué par des rétrospectives de l’année écoulée, qui s’accompagnent de remises de prix divers et variés. Sans surprise, c’est Kanye West qui a pété le score cette année aux Etats-Unis, en raflant un peu tout partout : album, producteur, MC, découverte, single de l’année… Toutes les revues spés ou non lui ont attribué un prix, au point qu’on imagine qu’il a du se faire construire une nouvelle cheminée pour y poser ses récompenses. On retiendra le très généraliste et prestigieux magazine américain GQ (décembre), qui l’a élu musicien de l’année ex-aequo avec Danger Mouse, auteur du Grey Album. Deux producteurs Hiphop en première place, voilà qui est réjouissant, et ça l’est encore plus quand on lit la courte interview croisée organisée pour l’occasion. La dévotion à la musique qui transpire dans chacune des déclarations des 2 beatmakers est communicative ; ils vont même vous convaincre de vous ruer sur les nouveaux albums de Fionna Apple et PJ Harvey, que tous deux considèrent comme les meilleurs disques sortis récemment!

Mais plus importants que les Grammy’s, les Victoires de La Musique ou les Césars réunis, les " Référendum Rap R’n’B 2004 " décernés dans Rap R’n’B 79 sont chaque année la voix de toute une génération. Une génération qui sacre Boudj (Sniper) meilleur DJ, M.Pokora révélation de l’année et " Génération Rap R’n’b II "… meilleur évènement musical. Rien de moins. Mais ça devient vraiment marrant quand Rohff est invité à commenter les vainqueurs des autres catégories. Et s’exprime sur l’accession de " Street Dancers " au rang tant envié de " film en DVD de l’année " :
"Bon le scénario, il est un peu gamin ! C’est pour les mômes, pour le mercredi. Nous, on aime les films d’actions où il y a des hautes trahisons, des manipulations, des ascenseurs qui sautent…. Des trucs comme ça ". Voilà qui donne vraiment envie de voir se concrétiser le projet de film " franco-américain "sur lequel il avait annoncé travailler dans The Source 10.
A ce propos, Rohff, interviewé deux fois en deux mois, se voyait posé des questions surréalistes dans Rap R’n’b 78. Et livrait des réponses en conséquence. Par exemple, quand on lui demande ce qu’il aurait aimé inventer, il répond " l’avion " et lorsqu’il est question de la langue qu’il aurait aimé parler, il dit : " Le chinois car les chinois sont très intelligents et que j’adorerais communiquer avec eux ". Difficile de ne pas avoir le cerveau qui fond en lisant ce genre d’article. Mais qui blâmer ? L’artiste ? Ou le magazine qui interviewe les deux/trois mêmes personnes dans chaque numéro, usant de prétextes à chaque fois plus improbables ? En attendant d’avoir la réponse à cette question, vous serez sûrement contents d’apprendre que, page 10 du numéro 79, Wallen s’épanche à nouveau sur son admiration pour Beyoncé….(revue de presse d’octobre à ce sujet : http://www.lehiphop.com/articles/rdp_octobre2004.php )
EN MODE CINEMA
On vient de le voir : quand les rappeurs parlent de cinéma, ça peut être marrant. La réciproque est tout aussi vraie. Lorsque les acteurs s’en prennent aux rappeurs, ça donne l’interview de Jamel Debouzze, dans Première 334, où il évoque en long et en large sa copine Diams et en vient même à donner son avis sur le terrible pamphlet contestataire " Marine ". " J’adore cette fille (…) mais sa chanson ne me touche pas. T’as l’impression qu’elle a été faite par Jordy. Un Jordy énervé qui n’aurait pas eu son goûter ". Champion du tact et parfait gentleman, il fait mine de se rattraper : " Les gens ne l’ont pas encore compris. Ils voient une souris avec de gros seins qui chante ’Laisse-Moi Kiffer La Vibe’ mais c’est plus profond ". Pas vraiment une couronne de lauriers... Mais au moins ça devrait rassurer Diams : il n’y a pas que les " haineux du net " (Rap Mag 1, Radikal 88) qui peuvent avoir des choses à lui reprocher.
DANS TES REVES
Le rap frappe définitivement à toutes les portes. Quand Rap R’n’b 78 demande à Say-C dans quelles circonstances il a commencé à rapper, ce dernier dégaine la plus étonnante des réponses : " J’ai fait une cure d’amaigrissement en Bretagne où j’ai rencontré un jeune qui m’a fait découvrir le rap français ". Surprenant, hein. Juste à titre indicatif, pour The Game, c’était après un règlement de compte entre dealers (Radikal 78). On ne reprochera en tout cas pas à Say-C d’être honnête.
Tout à l’opposé, on trouve Lil’Jon, qui ne nous avouera jamais qu’il était un gros crevard au lycée... Il préfère nous vendre un mode de vie exubérant qui colle parfaitement à la musique qu’il produit. Ainsi, dans Groove 87 : " [Notre DVD] est plus qu’un film de cul ! C’est un moyen de voir comment on vit, ce qu’on fait de nos journées ! Tu nous vois en train de mater des meufs qui se lèchent entre elles (…) That’s What’s Up ! ". Vendant avant tout son personnage outrancier, Lil’Jon en vient même à raconter franchement n’importe quoi : " Le crunk, c’est comme le rock’n’roll. C’est du Black’N’roll ! ", lit-on dans le sympathique Bounce 5.
Au passage, ce serait cool si le magazine en question soignait un peu plus ses chroniques. Ainsi, Jin, le rappeur de Ruff Ryders connu pour ses origines asiatiques, récolte ce commentaire à propos de son album : " Les ventes en Chine vont sûrement atteindre le milliard ". Sans commentaire, pour le coup. Hum, attendez, est-ce en réalité pour séduire ce marché en pleine croissance que Rohff veut apprendre cette langue ?
GIROUETTE
Il y en a d’autres à qui on aimerait bien faire confiance, c’est les rédacteurs de Technikart. Malheureusement, ils donnent l’impression de changer de goûts musicaux comme de maquette, et on ne sait plus très bien ce qu’ils nous conseillent d’écouter ou pas en matière de rap français… Dans leur numéro de novembre, au milieu d’un article sur TTC et TekiLatex en pyjama, un de leurs journalistes écrit par exemple : " Vous imaginez Booba en pyjama ? On parle de Booba et ça tombe à pic : l’auteur de Panthéon est tristement plus réputé pour ses dérapages homophobes que pour ses batailles de polochon verbal. Il incarne l’état actuel d’un rap français fragilisé (…) ", et plus loin, dans un encadré : " Booba doit tout [à 50 Cent], sauf qu’on n’a pas trop envie de le chauffer " In Da Club ". Allez hop, va faire un tour au Dépôt pour élargir ta conscience".
Pour élargir leur conscience professionnelle, on leur dira plutôt d’aller faire un tour dans leur numéro de l’été 2004. On pouvait y trouver une interview/face à face entre le même Booba et Michael Sebban avec, cette fois-ci, une présentation d’un autre journaliste : " A 27 ans, Booba est sans aucun doute le rapper français le plus doué de sa génération. Il enthousiasme à la fois les lascars de cités et la prestigieuse Nouvelle Revue Française (…).Après le mythique album de Lunatic, (…) il a sorti en mai un chef d’œuvre ". Un seul moyen de retrouver de la cohérence : que les mecs de Technikart se baladent dans des pyjamas Unkut, et on n’en parle plus, promis.
Article par Yacine et Le soldat inconnu