Label : Def Jux Prod : Aesop, Blockhead, El-P, Blueprint Sortie : /03/2002 Format : EP
Chronique LEHIPHOP.COM par Mike Publié le 05/05/2002
Aesop Rock n’a cesse de continuer ses périgrénations philosophiques. Nous l’avions déjà constater lors de ses deux derniers albums, les thèmes récurrents sont pour lui une vieille habitude dont il ne peut se débarrasser que quand il ne s’agit pas d’un projet qui le concerne lui seul, oui ma phrase est beaucoup trop longue. En même temps, même si son dernier EP “Daylight” semble ne pas être aussi poussé qu’un “Labor Day”, Aesop paraît vouloir assurer la continuité de sa démarche. Un peu à l’image d’un Picasso empêtré dans ses formes cubiques.
Et pour Aesop, cette continuité se fait tout naturellement par le titre d’ouverture “Daylight”. Déjà présent sur l’opus précédent, “Daylight” est tubesque, énorme avec sa mélodie prenante et ses accords mineurs. Aesop y martelle à vive allure ses rimes façonnées et entonne même un refrain entêtant. “Daylight” semble être la pierre angulaire, puisque donnant son nom à cet EP, puisque étant déjà sorti en maxi un mois au paravant, puisque déjà sur le désormais classique “Labor Day”. Mais cela n’est pas sans compter avec son pendant. “Nightlight” laissera litéralement l’auditeur sur le cul tant la complétude du triolet production, texte et flow sont à un niveau élevé. La production de Blockhead surtout, parvient à transcender chacune de ses fin de phrase.
Mais jusqu’où pourra-t-il nous emmener ? Toujours un peu plus loin dans ses songes torturés, mais peut-être avec un canal un peu moins puissant. “Nickel Plated Pockets” nous conte les réflexions d’un Aesop perdu dans la ville où les clochards se nommeraient Vast Air, et où le chef de l’orchestre municipal s’appelerait El-P : peut-être les effluves polluées des artères de New-York ont-elles sur leurs habitants des effets inattendus. Néanmoins la production est beaucoup moins flamboyante, et pour le coup ce morceau en paraîtrait presque pâlichon.
Seule faute -et de taille- au tableau, “Alchemy” est une production d’un niveau de médiocrité rarement atteint signé Blueprint. On passera rapidement sur ce track dénué de tout intérêt dans sa globalité. Nous ne nous attarderons pas trop non plus sur “Bracket Basher”, un titre intéressant s’il en est puisque produit par Aesop. Mais sa prod tout en tension paraît trop en retrait par rapport à sa voix, au détriment de la qualité de l’ensemble du morceau.
Heureusement, l’EP ne se termine pas là ! Pour se rattrapper des quelques faux pas, Aesop nous livre “Maintenance” (déjà paru sur son maxi avec “Coma”). Certes ce n’est pas le meilleur, mais il rattrappe aisément “Alchemy” et “Bracket Basher”. Petite déception aussi, “Forest Crunk” produit par Blockhead, déroule ses thématiques orientales dans le vide, Aesop ne rappe pas...dommage : ça aurait pu être un hit.
Et puis, comme si Aesop connaissait à l’avance ses erreurs, il donne un dernier coup de rein sur un bonus track disponible sur la version CD. Sur une production hindoux-rock, Aesop remercie tour à tour quatre de ses connaissances qui lui aurait, d’une manière ou d’une autre, sauver la vie...avec un ”Thank You“ omni-présent.
Au final, il faudrait être aveugle pour ne pas se rendre compte que “Daylight” est une transition d’un Aesop Rock en pleine transition. Il acquiert une mâturité certaine dans le choix de ses collaborations, sachant varier les univers sonores en fonction du ton donné et des thèmes abordés. Tantôt sombre, tantôt enflammé, Aesop cultive ses différentes facettes et en propose une vision certes réduites mais représentative de ce qu’il pourrait donner dans son prochain album. Toutes les chroniques