Aesop Rock - Bazooka Tooth
01 Bazooka Tooth
02 NY Electric
03 Easy
04 No Jumper Cables
05 Limelighter
06 Super Fluke
07 Cook It Up
08 Freeze
09 We're Famous
10 Babies With Guns
11 The Greatest Pac-Man Victory Ever
12 Frijoles
13 11:35
14 Kill The Messenger
15 Mars Attacks
Aesop Rock
Bazooka Tooth

Notre avis Label : Def Jux
Prod : Aesop Rock, Blockhead, El-P
Sortie : 23/09/2003
Format : CD
Chronique LEHIPHOP.COM par Flex TerTer
Publié le 02/12/2003

Après trois excellents albums novateurs (Music for Earthworms, Float et Labor Days) et autant de maxis tout aussi réussis, Aesop Rock s’est imposé comme un des portes drapeaux de la nouvelle scène hip hop émergeante incarnée entre autres par le label Def Jux. Son flow massif et techniquement impeccable accompagné de partis pris sonores sans concession on fait d’Aesop Rock l’un des emcee le plus prometteur de sa jeune génération (il n’a que 26 ans). Autant dire que ce nouvel opus était attendu au tournant après un Labor Days qu’on qualifiera d’album de transition dans la jeune carrière du rappeur.

Après une première écoute délicate, Bazooka Tooth se présente comme une œuvre difficile à appréhender. Les premiers morceaux s’inscrivent dans la plus pure lignée de l’identité instrumentale du Def Jux de la première heure. Espace sonore chargé et dissonant, beats lourds, bruits métalliques et agressifs, on se dit qu’on est repartit pour un nouveau voyage au pays d’El-P, boss du label et producteur influent. Le flow d’Aesop est mis très en avant et charpente plutôt bien l’ensemble mais l’impression d’un certain bordel sonore assaille l’auditeur. Mais je conseille à l’auditeur de s’accroché un peu avec ses petites pattes velues, histoire de voir un peu ce que cet album lui réserve. “Limelighters” est la première véritable réussite, aéré par la participation au micro de Camp-Lo sur une instru aux assauts électroniques mieux domptés. Et on ne va pas s’arrêter en si bon chemin avec le très sombre “Super Flucke” .Ambiance noire, Aesop semble nous annoncer la fin du monde avec la gravité de rigueur en ce genre de circonstance.

On enchaîne avec un morceau mis en son par l’ami Blockhead qui a la bienveillance de nous délivré un groove sournois de bon aloi, moment de détente dans un album qui maintenait jusqu’ici une pression constante sur les oreilles de l’auditeur. On a presque en envie de taper dans les mains et de sourire…avant de serrer les dents, et secouer la tête sur LE tube de l’album, “Freeze” ou comment l’efficacité émerge du magma sonore servit jusqu’ici, solidifié. Tout est en place pour retourner le cerveau de notre auditeur maintenant conquis. C’est donc très justement qu’intervient le malfaisant El-P, histoire de refroidir l’assistance sur un beat indus martelé avec conviction. Mais cette fois, l’expérience sonne juste et l’auditeur se dit qu’après tout il mérite cette agression et se convertit avec une délectation malsaine au masochisme sonore.

Et comme par miracle, surgi un peu de classicisme servit par un Blockhead decidément bien inspiré suivit de l’audacieux “Greatest Pacman Victory Ever” dont une douce énergie se dégage d’une boucle acide à souhait.
Après le presque reposant “Fijoles” et le ton plus old-school de “11 :35” Feat Mr Lif, Aesop assène le coup de grâce avec l’excellent “Kill the Messenger” . Sonorités electros dépouillés, groove froid et déstabilisant, comme l’aboutissement de la griffe sonore développée tout au long de cet album incroyablement dense et tortueux.

Dans le blizzard des ruelles sales du New York d’Aesop Rock, la Californie et son atmosphère aseptisé semble loin. Oubliée sous la chape sonore érigée par un rappeur à la hauteur de l’attente suscitée par son incontestable talent et sauvant à lui seul les espoirs incarnés par un label en perte de vitesse. Nul de doute qu’on suivra avec encore plus d’attention la suite des aventures mouvementées de monsieur Rock.
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