Booba - Panthéon
01 Tallac
02 Le Mal Par Le Mal
03 Commis D’Office (feat. Mal)
04 Nº10
05 Hors-Saison
06 R.A.P (feat. Doum's)
07 Baby (feat. Nessbeal)
08 La Faucheuse
09 Mon Son
10 Alter Ego (feat. Wayne Wonder)
11 Pazalaza Pour S’Azamuser (feat. I2S, Brams)
12 Batiment C
13 Avant De Partir (feat. Léya Masry)
Booba
Panthéon

Notre avis Label : Tallac Records
Prod : Animal Sons, Kore & Scalp, Skread, Medi Med, Four Tracks
Sortie : 11/05/2004
Format : CD
Chronique LEHIPHOP.COM par Bourbaki
Publié le 29/05/2004

Qu’on parle de moi en bien ou en mal, l’important c’est qu’on parle de moi” . Bel adage, réminiscence d’un maxi des 4 Fantastik sorti jadis. Il sied bien à Booba. Panthéon, son nouvel album est dans toutes les oreilles. Pour certains il n’est rien qu’un opus vite bâclé, pour d’autres il est bien représentatif de son passage de la vie de clébard à la vie de Barclay. C’était écrit diraient Les 10.

Un numéro que Booba affectionne d’ailleurs comme le prouve le second extrait à la thématique footballistique qui tourne sur les grandes ondes autrefois réfractaires au caractère subversif du personnage. Pourtant toujours pas d’eau dans le whisky, pas de refrains assurés par des couineuses. Tout au plus quelques chœurs sur Hors Saison, le calibre qu’il lui faut pour un single imparable. Ce morceau est, d’ailleurs, sans doute la plus grande réussite du disque avec un Booba diversifiant ses interprétations, ses phases chocs, et un refrain lucide et bien trouvé : “Dans leur tête il y a trop de silicone / Moi je colle pas dans leur registre / Hors Saison j’existe dans l’oeil du cyclone …». Certains verront dans Avant De Partir le digne successeur de Destinée dans le registre on-ajoute-une-meuf, Leya Masry monopolisant le micro pendant les trois dernières minutes de l’album. Cependant force est de constater que l’intervention de la miss, bien que pénible, est cohérente avec l’ambiance et le thème du titre : la préparation du départ sur le Styx. Booba n’y pose qu’un couplet, mais un de ses tous meilleurs depuis longtemps, puis sa voix “meure” laissant son oraison funèbre aux bons soins de sa féminine acolyte au côté de laquelle son spectre vocal revient placer quelques backs. Avant le départ il tient quand même à relativiser certaines choses. Notamment par rapport à cette pléthore de rappeurs qui prétendent vivre dans la misère, n’avoir plus que le rap comme seule échappatoire pécuniaire. Ceux qui pensent être hip hop “parce qu’[ils] portent des strings à capuches” . “Accroche-toi c’est pas la fin / Qu’est ce qui nous pousse ? La gourmandise pas la faim / Malgré ce qu’ils disent dans leur musique / La notre est véridique” . Propos aussi rares que bienvenus.

En toute-catégorie, Booba est définitivement au dessus de la mêlée. Autant de par ses placements impeccables, ses constructions de rimes élaborées, que par son second degré récurrent et son sens de la formule inné. L’important est de participer disait le baron. Lui est là pour gagner, être le meilleur, écraser la concurrence. Jouer les Poulidor n’est pas son truc. Son son, qu’il personnifie dans l’excellent titre du même nom, “ne marche pas, il court ou il s’arrête” . “Destiné à briller ou à [s’]éteindre” il reste sur ses gardes sachant sa place de numéro 10 très disputée : “le succès c’est cool, jusqu’à ce que j’en prenne une dans le buffet, m’écroule” . On le voit tantôt macho (certaines diront plutôt misogyne) sur l’inattendu et très réussi Baby qui voit convié Nessbeal pour quelques taquineries et autre mises au point (G) : “Tu veux le faire sans capote, allaiter mon fiston / Alors que t’écartes les cuisses pour un filet au fish, non c’est dead !” . En bon “gentleman du ghetto” (ou “grossier, selon [le] dossier” ) le Météor invite les gos à les expédier “au 7 sans faire d’escale” tout en s’excusant de la rudesse de l’invitation. Toujours cette ironie qu’il maîtrise si bien.
Côté featuring, Mala vient, quant à lui, faire une grosse apparition sur Commis D’Office. Le bras droit de Booba déploie une réelle puissance dans sa façon d’interpréter et l’énergie qui s’en dégage est palpable. On n’en dira pas autant de ses deux coéquipiers de la Malekal Morte qui ne marquent pas vraiment les esprits sur Pazalaza Pour S’azamuser.
Doum’s vient, quant à lui, poser sur l’exercice de style R.A.P. Ses fans apprécieront. N’aimant pas son flow je n’en dirais pas autant et sa prestation reste pour moi un …temps mort de l’album.
Les démêlés judiciaires de l’Ourson sont abordés dans Batiment C, autre titre très réussi qui souffre de quelques bips de censure afin, certainement, de ne pas servir, une nouvelle fois, de pièces de convictions au tribunal.

Au niveau des instrus, Booba reste fidèle à la ligne directrice qu’il a prise depuis Temps Mort. Beaucoup (disons-le : trop !) de sons synthétiques. Du gros son de voiture avec des beats massifs. Mais lorsque se fait entendre sa prestation sur Hors Saison et son sample beaucoup plus soul on en vient à se dire qu’il est dommage de l’entendre se cantonner à ce type de Ruff Ryderseries mis en vedette outre-Atlantique . Ceci dit, le morceau Alter Ego, conviant le sing-jay Wayne Wonder pour un track ragga hiphop bien patate, prouve que Booba sait encore aller là où on ne l’attendait pas. S’il pouvait y retourner plus souvent le résultat n’en serait que plus attrayant.

Un album qui déplaira sans doute à ceux qui ont découvert Booba avec Le Crime Paie, Les Vrais Savent ou Mauvais œil. Les autres, plus jeunes et n’ayant commencé à kiffer celui qui “déchaîne les enfers comme Maximus” qu’à partir de Temps Mort ou, au contraire, les plus anciens qui criaient déjà sur les premières prestations de Booba sur la tape freestyle nº1 de Cut Killer ou encore la tape spéciale Lunatic du même auteur, apprécieront surement. Ils retrouveront un Boobs fidèle à lui même, “vrai je le resterai, je l’ai toujours été”, abordant ses sempiternels mêmes thèmes mais de façon toujours plus aboutie. Evidemment il continue d’étoffer sa collection de voitures de sport garées sur le parking de sa discographie. Bien entendu il se livre à beaucoup d’égotrip, ne cache pas non plus que financièrement ça va pas trop mal ( “J’te donne l’heure en diams, demande-la poliment”, …). Mais bien sûr Booba n’est pas que ça. Il est La Faucheuse ? L’auditeur devra se faire fossoyeur et creuser afin de trouver les trésors cachés sous la couche des apparences. La lecture des lyrics, avec, avouons-le, plus de remplissage qu’à l’accoutumée, ou l’écoute des sons seuls n’emballent pas. Mais une fois le bonhomme rappant dessus, l’édifice prend forme. Chaque morceau pris individuellement n’a pas la force qu’il dégage au sein de l’armature de Panthéon. L’écoute de l’album entier permet de mieux en savourer chaque morceau. Et la lecture de l’épais livret promet de bons moments. On y trouve la quasi-totalité des lyrics. Et puis quel bonheur d’y trouver Chantal Goya créditée pour avoir accordé son “aimable autorisation” pour utiliser le sample de Bouba L’Ourson. Si ça ce n’est pas du second degré ….

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