Blind Craftsmen - Through The Eyes Of We
01 Intro
02 URBC (feat. URB)
03 What About Me ?
04 Hardcore Victim (feat. Tonto of URB)
05 Insanity
06 Altered Reality
07 Rainy Night
08 Eternity
09 Y.D.K.M
10 Don't Dance
11 Deepest Reaches
12 The Illest (feat. Tonto, Low Life, J. Slade & Endangered Species)
13 Grand Prix Shit
14 Normal Life
15 No Heart
16 Credits
Blind Craftsmen
Through The Eyes Of We

Notre avis Label : Da Hill Records
Prod : Blind Craftsmen, Jimmy Conway
Sortie : /11/2000
Format : CD
Chronique LEHIPHOP.COM par Mike
Publié le 30/06/2001

On a beau taper les mots “hip-hop” et “Baltimore” sur Google, à part la biographie de Charli Baltimore on trouve pas des masses d’infos sur la scène locale. Et pourtant, les moteurs de recherche doivent bugger car ils sont passés à côté d’un groupe d’exception. Littéralement, les artisans aveugles (ou les Blind Craftsmen pour les anglophones les plus avertis) arrivent avec leur premier album. Un groupe tout neuf donc, inconnu du public si ce n’est par quelques freestyles sur les radios locales et leur page sur Vitaminic. Un premier album est donc la première chose qui va être jugée par le public, il est toujours étudié à la loupe, voire même au microscope...

Décidément, ça devient trés courant de voir des artistes à la fois producteur et emcee. Aprés Necro, Anonymous Twist et autre Celph Titled, Matt et Keith les deux emcees de Blind Craftsmen remplissent leur double rôle à merveille. Et pour vous situer un peu le niveau : sur 16 pistes, c’est 4 morceaux qui dépotent, 4 titres efficaces, 5 morceaux d’une qualité plus que raisonnable, le restant étant un peu en deça par rapport au reste, surtout pour les productions. Alors par quoi on commence ? Par le meilleur comme d’habitude !

L’album s’ouvre avec l’un des meilleurs titres, et comme dirait Agression Verbale ce n’est que l’début. En effet, sur l’intro Matt et Keith prouvent d’entrée de jeu leur habileté à allonger les rimes avec une facilité qui pour moi reste déconcertante. L’instru est un peu plate, répétitive, ce qui donne l’occasion aux emcees de faire valoir leur flow véritablement irréprochable. A tour de rôle les couplets s’enchainent...tantôt le style eminemesque de Matt, tantot la voix plus grave et plus posée de Keith. Et quand ils ne sont pas seuls, ce sont les groupes locaux comme URB ou Low Life qui viennent apporter leur contribution. D’ailleurs on retrouve URB sur le titre “URBC”, une conjugaison entre les deux groupes. Cela pourrait paraître réducteur et démago de dire que ce titre est une bombe, seulement le fait est que tous les ingrédients d’un grand moment sont là : un sample hallucinant à mi-chemin entre violon désarticulé des pêches bien placées, un refrain un brin oldschool, et des prestations sans un pas de travers tout au long du morceau.

Autre moment fort de l’album, “Eternity” est dans un style bien différent de l’egotrip de “URBC”. Un temps d’émotions, de réflection sur la disparition de leurs proches. La prod est aussi moins agressive, les propos également plus sincère.

Ensuite, LE morceau bourrin à souhait mais dans le bon sens du terme. “YDKM” (You Don’t Know Me) arrive avec son instru qui martelle du début à la fin avec ses accords de piano blues et ses slap de guitare. Le contenu s’adresse directement à leurs auditeurs : “People look at us and assume we’re on some alternative music shit. If you don’t know us, don’t make assumptions”. Et c’est un constat assez représentatif de ce qui se passe bien des fois : on juge sur un morceau faible, alors qu’on ne connait pas le meilleur de l’artiste.

Insanity” est lui aussi sans concession, limite perturbant. Sur une production rupestre à base de cuivres et de flûtes, Matt et Keith nous livre un petit répertoire des expériences les plus dingues et des coups les plus tordus. Le hook est d’autant plus parlant : “Is it possible that people could be this fucking crazy ?”.

Les autres morceaux de l’album sont également intéressants dans leur concept. Peut-être sont-ils moins bien servis par des productions minimaliste comme sur “Deepest Reaches” avec ses nappes et quelques notes de synthés. “Normal Life” est lui aussi intéressant pour le thème, mais discrédité encore une fois par son instru bontempi. Raison invoquée : Cakewalk Pro n’est pas le meilleur moyen de sortir des prodz innovantes dans un home studio improvisé. Toujours est-il que la qualité des rappers suffit à pardonner ce péché de jeunesse.

Through The Eyes Of We” est sans conteste la révélation de Blind Craftsmen. Le niveau de ce premier album est surprenant, surtout du côté des flows, des textes et de l’originalité que dégage le groupe. Blind Craftsmen sont des artisans aveugles de tout calcul marketting, comme ils peuvent tellement bien l’expliquer sur l’outro industrielle : ils sont les nouveaux hip-hop engineers indépendant.
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