B.O.S.S.
Opus 3
Label : BOSS / Sony
Prod : DJ Spank, Joeystarr, DJ James
Sortie : 12/12/2004
Format : CD
2004. BOSS a tout d’un navire à l’abandon. Depuis le dernier EP du groupe en 2000, quelques maxis sont sortis, Cashflow et Mass ont quitté le collectif, DJ Spank a soudainement disparu et tant Jaeyez qu’Iron Sy font état de leurs tensions avec le label. Le tout pendant que Joey Starr semble déjà passé à autre chose, préparant un album solo, prévu pour 2006.
Reste donc cette compilation inégale. Recueil de titres réalisés sur une longue période (certains d’entre eux datent de 2002), elle fait plus état des ambitions solos des rappeurs que d’un véritable esprit de groupe. Tout au plus pourra-t-on détacher une approche commune du rap reposant plus sur les effets de flow et les gimmicks que sur le sens des textes. Les productions clinquantes et synthétiques de Spank & co assurent également un semblant de cohérence, à défaut d’être de qualité. En tout cas, ce disque semble vraiment avoir été assemblé à la hâte. On s’étonne par exemple de la faible présence de Natty, pourtant boosté par le succès du “Son Qui Tue”, qui lâche juste une petite phrase dans l’outro de l’album.
Alors, que reste-t-il parmi tout ça ? Des fortes têtes, certes, des personnalités qui se démarquent chacune les unes des autres, mais qui peinent à convaincre sur la longueur. Naja et la Vip-R (rescapés de Reptiles) sont les plus mis en avant avec chacun trois titres solos. Naja laisse perplexe. Il a pourtant un grain de voix agréable et sait jouer de son flow mais ça ne suffit pas. Il est pas mal handicapé par un choix de prod maladroit et semble ne pas avoir grand-chose à raconter. En témoigne son morceau “Hein”, dont le refrain énumère le bruit que font les animaux de la ferme. Autodérision ? Tentative de séduire les maternelles grandes sections ? On l’ignore. Il en va de même pour Vip-R qui, malgré la dextérité de son flow, manque de personnalité. “Incendiaire”, censé titiller l’auditeur est plus ennuyeux qu’autre chose. Elle convainc plus avec “Flow Prestige” mais ses textes gagneraient franchement à être plus inventifs, tant sa manie de faire des rimes avec les mêmes mots est fatigante.
Elle s’en sort par contre mieux dans les titres collectifs. C’est d’ailleurs aussi le cas pour Speedbomb 007. Si “Né pour Vivre” n’est pas une réussite ( “Aujourd’hui, on se donne la mort pour un ‘ta mère la pute’ (silence) mais toi qui tire sur un des miens, j’dirais que c’est ta mère la grosse pute” ), ses participations à “Fast & Furious” ou “Danger” sont plus concluantes. En fait, ces morceaux auraient constitué une bonne voie à suivre pour un album constitué de combinaisons entre les divers membres du crew. A la place, on se retrouve avec un compilation bancale.
Iron Sy, même s’il crie quand même beaucoup, s’en sort plutôt bien. On appréciera la construction de son morceau “La Faucheuse”, dans lequel il met en scène sa mort en jouant successivement tous ses interlocuteurs. Et la brutalité de son morceau “Les Médias” a au moins le mérite de trancher avec le reste de l’album. En variant un peu son registre, il pourrait en tout cas faire de bonnes choses. Malheureusement, le très compétent duo Fatcap, n’a droit qu’à des combinaisons. Ce qui est dommage car la précision et le timbre de voix de Nesy Buntlack, couplée à la voix rocailleuse et au flow plus rigide de Ferr Daxx forment un mélange engageant. Le duo aurait en tout cas mérité un vrai titre pour affirmer son identité. Quant à Ddy, si son apport vocal à “Sortis Du Ghetto” passe plutôt bien, son morceau “Si Tu Veux” apparaît comme une parodie involontaire. L’ambition était peut-être de faire un titre aguicheur à destination des filles mais le morceau a plus l’envergure d’une version r’n’b d’ “A La Queue Leu Leu”, ou autre titre de fin de banquet. Enfin, avec un timide couplet sur “Freestyle” et des backs sur
“Si Tu Veux”, le
Jaguar ne renseigne pas sur son éventuelle évolution artistique.
Opus 3 n’est donc clairement pas une réussite et les membres du crew ont encore tout à prouver. Mais certains sont plutôt prometteurs, et on attend de leurs nouvelles en solo, ou sur le prochain projet
BOSS. Qui sortira sûrement en 2025.