Axiom - Axiom
01 Axiom
02 Lille Ma Médina
03 Génération 75
04 Je Suis L’Arabe
05 Ma Lettre Au Président
06 J’ai Fait Le Rêve
07 Sous Mon Lit
08 Ecrire
09 Ma Musique
10 J’kiffe Le Rap Français
11 Media, Media
12 Fais Pas Ch…
13 Des Youyous Dans Ma Mairie
14 Momo
15 Prenez Bien Soin De Vos Proches
16 Si Dieu Veut Me Tester
Axiom
Axiom

Notre avis Label : Jordan Records / Kafard Invasion
Prod : Axiom
Sortie : 30/10/2006
Format : CD
Chronique LEHIPHOP.COM par Ness'ty
Publié le 15/12/2006

Coup de grisou au Nord, Lille monte sur scène, et s’active pour éveiller les consciences. Après MAP c’est au tour d’Axiom et de son album éponyme de jaillir de l’ombre pour notre plus grand plaisir. Même si sa couverture médiatique est toute récente, Axiom est un old timer du hip-hop. D’abord avec Rebel Intellect devenu Mental Kombat, Axiom a toujours utilisé le rap comme une tribune, celle du peuple. Dénigrant les valeurs d’un rap matérialiste qui apprend aux jeunes que dans la vie, l’important est d’avoir une grosse voiture et plein de fric.

Comme Fabe avant lui Axiom interpelle le chef de l’Etat par une lettre de doléances dans laquelle il évoque son concept de 6ème République. Mais cette fois, Chirac a répondu, et même si sa lettre était très consensuelle, cela reste très significatif. Il explique sa vision d’un monde meilleur sur J’ai fait le rêve. Le refrain n’est autre qu’un sample du fameux I had a dream de Martin Luther King. Oui Axiom est un artiste engagé. Mais cet adjectif qualificatif a-t-il encore un sens ? Il est employé à tort et à travers, devenant presque un faire-valoir marketing. Et n’est-ce pas un pléonasme, car quelque part tout artiste est engagé... Sans une once de démagogie, Axiom donne une nouvelle dimension au genre. Même s’il ne coupe pas aux thèmes de prédilection du rap conscient (la précarité, les jeunes sans avenir, les politiciens...), il a le mérite d’aborder ces sujets différemment. Il n’hésite pas à incarner d’autres personnages, d’autres points de vue. En ce sens, “Lille Ma Médina”, est remarquable, il met en scène trois générations vivant à Lille, le père d’Axiom, Axiom lui-même et son futur fils qui voient l’évolution des chances de réussite de chacun et des mentalités autour d’eux. De même “Des Youyous dans ma Mairie”, avec MAP, dénonce avec une bonne dose de dérision, le racisme ordinaire. Les stéréotypes racistes s’enchaînent entrcoupées d’un refrain aux sonorités de musique populaire :
Il y a un siècle, ils étaient tous parqués dans des zoos, et aujourd’hui, ils veulent nous piquer notre boulot (...) Je suis déçu, moi qui pensait qu’ils étaient polygames, j’aurais p’t-être pu présenter mes maîtresses à ma femme !

Le Nordiste arrive à nous surprendre, quand la majorité de nos rappeurs nationaux renient toute éventuelle inspiration dans le rap français, Axiom affirme le préférer au rap Américain car plus censé, qui fait penser et danser, sur “J’kiffe le rap français”. Les textes sont primordiaux chez Axiom, mais sûrement pas au détriment de la musique. Il reprend à sa sauce la recette des précurseurs du genre en alliant textes engagés et une forte musicalité sur la plupart de ses compositions. Par les temps qui courent, les rappeurs deviennent nostalgiques, et Axiom n’échappe pas à la règle. Après Rohff ou Sinik, “Génération 75” est plein d’anecdoctes et le Lillois a su utiliser le sample qui rendrait mélancolique la génération Mitterand, lui rappelerait que tout était mieux avant. Avant lui, RZA avait utilisé le sample de Mary Frierson After laughter comes tears pour Tearz du Wu.
Axiom a une manière toute particulière d’aborder les thèmes qui lui tiennent à coeur, avec justesse et sincérité. L’artiste a su insufler à “Prenez bien soin de vos proches”, un poignant hommage à sa grand-mère, une émotion qui passe par l’écriture aussi bien que par son interprétation. On en oublierait presque que l’intro de ce morceau est la enième boucle de piano de l’album. De même, “Sous mon lit” évoque les maux de l’enfance trop souvent écourtée ; les coups, la maladie, la pédophilie. Rappeur multi-facettes, il a composé, écrit et réalisé cet album mais on y trouve un éclectisme presque surprenant autant au niveau des sujets traités, que des styles musicaux utilisés. Le lillois passe du RnB au dancehall (“Ma musique”) en passant par le reggae (“Media... Media”).

Axiom se termine sur “Si Dieu veut me tester”, comme une mise au point après une une traversée d’épreuves. On sort apaisé de cette nouvelle expérience. Et à la question Le rap hexagonal peut-il encore se renouveler, on peut désormais répondre par l’affirmative. Bref l’achat de cet album est un axiome, autrement dit, une évidence.
Toutes les chroniques