01 Film
Wild War
Graffiti clashs from Paris, volume 1 et 2
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Sortie : 04/03/2007
Format : DVD
Puisque la formule avait si bien marché sur le papier avec le magazine “Wild War”, Karim Boukercha a décidé de la décliner en vidéo avec ces deux dvd. L’idée est simple: 2 graffeurs, 20 bombes chacun et un mot imposé avec deux heures pour en faire un graffiti. Le but est de retourner vers une saine compétition entre peintres confirmés, sans pour autant (et c’est là un point très positif) désigner le gagnant et le perdant. Malheureusement pour nous, tous les suiveurs des forums graffiti se sont sentis obligés de faire leurs petits clashs entre eux avec des résultats extrêmement faibles en terme de qualité. Il faut dire qu’il sera difficile de rivaliser avec le casting des deux volumes de “Wild War” : Gorey, Turs, Darco, Zenoy, Serp, Zeki, Sew pour ne citer qu’eux. Et comme on n’est pas radin chez Wild War, on propose tout un tas d’expériences en supplément, de la réalisation d’un faux Mode 2 par un spécialiste de la reproduction de tableaux de maîtres en passant par une rencontre épique entre Charlie Bauer, Mode 2 et DJ Mehdi, chacun composant en fonction du récit de l’ancien taulard.
Le premier dvd démarre très fort puisque Lokiss et Lek, sensés s’affronter refusent le concept et le mot imposé et préfèrent composer une fresque à deux, les couleurs pleuvent et le spectateur n’a pas perdu aux changes. S’ensuit la rencontre entre les papys RCF1 et Psyckoze, chacun jouant sa partition habituelle. Le moment qui restera dans les mémoires est sans nul doute le clash entre Kea et Nasty. Pour le coup on est bien dans l’opposition, voire l’affrontement, puisque Kea fini par toyer la pièce de son rival pour lui faire payer les déclarations de son ami Slice (membre des AEC) dans le magazine Wild War… C’est à se demander si on n’aime pas semer la zizanie chez Wild War ! On notera simplement que Slice, qui dans son interview disait avoir été le premier à faire régulièrement des métros à Paris, est entre temps revenu sur sa version dans un démenti publié plus tard.
Globalement les clashs de ce volume sont d’un haut niveau, seul celui opposant Jiwee à Moze est dispensable. Du côté des bonus on se régale de voir Azyle massacrer de tags diverses surfaces et expliquer son attirance pour la saturation.
Le second dvd s’ouvre par un festival entre le vétéran des métros new-yorkais, Jon 1, et celui qui incarne certainement le mieux l’esprit du graffiti de la grosse pomme des premières heures, l’Ultra Violent Fuzi. Alors que Jon se lance dans un freestyle qui laisse son adversaire perplexe dans un premier temps, Fuzi fait du Fuzi, le cauchemar des fans de Loomit, du bonheur en barre pour les adeptes de l’ignorant style. Le rendu des deux compositions est magnifique et le cerveau du spectateur aura du mal à assimiler toutes ces couleurs. Chose étrange, Fuzi apparaît à visage découvert, alors que d’autres, pas forcément plus recherchés, sont cachés. Autre moment phare, le clash entre Oclock et Natio; alors que le premier fait scolairement sa pièce, Natio procède par des superpositions de couleurs et semble agir à l’instinct, s’affranchissant des schémas traditionnels pour proposer autre chose. Moins accessible certainement, mais tellement plus intéressant ! Les bonus donnent lieu à un échange surréaliste entre des experts d’art et Jay des BBC. Les spécialistes qui ne fonctionnent que par clichés se lancent dans des argumentations hasardeuses sur les mérites du graffiti américain et vont jusqu’à regretter que les graffeurs ne fassent pas plus de portraits de Malcolm X… Summum d’un acte artistique contestataire selon leur grille de lecture. Il y aurait donc un chemin obligatoire à emprunter pour être un rebelle ! Soit. L’exercice a au moins le mérite de montrer que les graffeurs resteront, pour une grande partie du monde de l’art, de simples décorateurs. Les quelques bourgeois en manque de sensations pourront toujours commander des portraits de Malcolm X à des opportunistes désireux de se vendre. Pour ceux qui veulent juste voir de bons graffeurs peindre, il reste “Wild War” et la certitude de passer un bon moment.