Samm - Plus rien à foutre
01 Intro
02 Sud Est Sale
03 Rap 2 La Zone
04 Police De Nice
05 Est-Ce Que Tu La Sens ?
06 Ailleurs
07 Ra Ta Ta Ta
08 CôTe D’Azur
09 Jour De Paye
10 IlléGal
11 Parcours
12 On DéGaine
13 Cash Flow
14 Plus Rien A Foutre
15 Racaille De Luxe
16 Les Zonards
17 Ma Came
18 06
19 Laisse Tomber
20 BéTon Armé
21 Medley 1999-2002
Samm
Plus rien à foutre

Notre avis Label : Menace records
Prod :
Sortie : 01/06/2007
Format : CD
Chronique LEHIPHOP.COM par olivier caTin
Publié le 29/08/2007

A force d’entendre les rappeurs parler de guerre on avait fini par oublier ce que le terme impliquait. Ça a déjà été dit, tous veulent faire la guerre, mais ne veulent pas mourir. Samm n’est pas de ceux là, il veut le paradis. Puisque le jeu est perdu d’avance, autant se jeter dans la bataille avec le diable au corps. Rien n’est dû au hasard, les choses ont fermenté, avant d‘exploser.

Retour dans le temps; quand Raoul Dufy peint les paysages de Vallauris, il y a des airs de paradis terrestre, comme si la bonté divine s’était concentrée sur ce paisible endroit. La terre promise d’une certaine façon. Depuis les choses se sont gâtées; ici aussi l’Eden des uns côtoie l’enfer des autres. Alors qu’en Palestine on opte pour la construction d’un mur pour éloigner les êtres, dans le 06 la séparation ne se fait pas (que) sur des questions religieuses, mais surtout sur le sacro-saint pouvoir d‘achat. Finalement ici aussi, selon que vous soyez pauvre ou riche vous vous trouvez d’un côté du mur, sans aucune chance de passer de l’autre.

J’entends déjà les prétendus puristes se gausser du virage de Samm. Il n’y a aucun virage, sur DHEF Samm priait; on a pu en rire. Espérant que le Très Haut aura entendu ses prières, Samm s’en va se faire sauter au visage d‘un monde qui n‘a jamais su lui donner sa place. Pendant des années, comme en témoigne le medley, il a gentiment pris le bus du rap français, espérant que son heure viendrait. Quand il a compris que ce bus allait dans le mur il a dégagé le pilote et pris le volant, le pied enfoncé sur l’accélérateur, prêt à en finir au plus vite. Tout est dit dans le titre « plus rien à foutre », voilà l’ultime confession d’un kamikaze. « Le bonheur est toujours ailleurs»; quand Mohamed Atta s’encastre dans les tours du World Trade c’est pour le trouver, pour consommer des houris, pour fuir ce monde où elles se refusent à lui et finissent dans des partouses au festival de Cannes.

On pourra toujours se poser la question du courage des kamikazes : y a t-il de la gloire à quitter un monde qu’on ne supporte plus en entraînant ses ennemis avec soit? Le courage ne serait-il pas de tenter de changer la situation? Samm aurait-il du continuer à écrire des textes magnifiques que personne n’achetait? Peut-on lui reprocher de tenter de faire péter ce mur de la honte en jouant sa dernière carte?
Le plus gênant dans cette histoire c’est que le rap français n’a pas tellement de mc’s du niveau de Samm; mais puisque rien n’a été fait pour que son talent ne se développe dans le sillage des grandes écoles d’Akh ou d’Oxmo, il est trop tard pour s’étonner que ses mauvaises fréquentations le poussent vers les prêches haineux du génial LIM. Les nappes de synthétiseur résonnent et appuient un rappeur qui a fini de raisonner, flow toujours impeccable; Samm a fait en sorte que son départ vers l’au-delà marque les mémoires et laisse des regrets à tous ceux qui n’ont rien fait pour éviter cet attentat.
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