Flynt - J’éclaire ma ville
01 1 Pour La Plume
02 J’éclaire Ma Ville
03 Mes Sources
04 Skit
05 Ca Fait Du Bien D’le Dire
06 La Gueule De L’emploi Feat Sidi O
07 Notre Existence
08 J’ai Trouvé Ma Place
09 Les Moyens Du Bord
10 Retour Aux Fondamentaux
11 Comme Sur Un Playground
12 Le Bif (à Chacun Ses Motivations)
13 1 Pour La Plume Version Équipe Feat Ekoué, Jp Mapaula, Aki & Mokless
14 Rien Ne Nous Appartient
15 Tourner La Page
Flynt
J’éclaire ma ville

Notre avis Label : Label Rouge
Prod : Soulchildren, Ayastan, CHI, Drixxxé...
Sortie : 28/07/2007
Format : CD
Chronique LEHIPHOP.COM par JB JB
Publié le 11/09/2007

L’artisan du rap ou l’anti-Booba

Des prestations jusqu’ici trop rares mais toujours de qualité auront servi de préliminaires à la carrière de Flynt qui est définitivement rentré dans le cénacle des rappeur avec J’éclaire ma ville. Un parcours long et sinueux qui l’a fait passer par la production (on pense bien entendu à Explicit Dix-huit) sans doute nécessaire pour accoucher d’un premier album qui surprend par sa maturité . La facture, d’un classicisme revendiqué, oppose à l’évidence l’album à une part de la production actuelle, et notamment à Booba.

Flynt est nostalgique d’un âge d’or révolu du rap français. En plus de fréquentes allusions, il consacre à son regret d’un rap idéal (a-t-il jamais existé ?) un morceau entier et appelle de ses vœux un retour aux fondamentaux . Sans amertume et avec justesse, il tire les conclusions des progrès qu’a accompli le mouvement et des dangers qui le guettent. Il ne s’agit pas de dresser le tableau sombre d’un rap français moribond mais de poser un regard lucide sur son état actuel pour mieux le dépouiller de ses mauvais penchants.
En dépit du nombre des producteurs invités (neuf), la cohérence musicale est assurée par une inspiration commune et une sobriété élégante.

Servi par de réelles qualités d’écriture, Flynt décrit une réalité urbaine quotidienne dépolluée des fantasmes d’une part croissante des MCs et des vices d’une industrie musicale incarnée par « skyrotte ». Rien ne nous appartient rappelle la vanité des choses de ce monde et par conséquent le refus en creux d’un rap clinquant fait de jantes en alu, de cognac et de bords de piscines. Entre les discrets sous-entendus, la référence à Booba dont il se présente comme l’antithèse semble explicitement formulée dans Comme sur un playground puisque Flynt prétend (à l’inverse de Booba) que le rap ne borne pas le champ de ses compétences : « si je rappe, ce n’est pas parce que je ne sais rien faire d’autre ».

« Loin de l’opulence obscène », Flynt propose des tranches de vie urbaines. En évitant toujours avec soin de verser dans la fabulation, mais au contraire avec acuité et quelques fois avec humour, il dit la frustration de vivre avec peu et le désir de vivre avec un peu plus, les discriminations permanentes ou, pour résumer, la vie quotidienne du nord parisien. Profondément, la musique de Flynt est imprégnée des réalités urbaines qu’il ne veut pas trahir en les déformant. On retiendra notamment à ce sujet le morceau qui détaille [l]es sources des thèmes du MC. Chacun des 15 morceaux ne fait rien de plus que décrire l’ordinaire d’un citadin, qui mêle les joies (A tes côtés) et les déboires (Notre existence) mais toujours en les mettant en perspective pour éviter de sombrer dans un misérabilisme malvenu.

Flow certes sans grande originalité mais technique et finement travaillé, jeux d’écriture (Comme sur un playground), épisodes mélancoliques (Tourner la page), chroniques citadines : Flynt qui semble vivre son engagement comme un sacerdoce réunit tous les ingrédients d’un rap à l’ancienne mais dépoussiéré et illustre par lui-même la direction qu’il souhaite voir prendre à sa musique. En somme, Flynt propose un album très solide, très travaillé, très écrit, très bien produit et dont on regrettera seulement qu’il manque par moments du brio qui distingue les excellents albums des classiques éternels.

En 2007, Flynt a sorti un album des années 1990. Le mc promet déjà « au moins quatre ou cinq galettes ». On attend avec impatience, mais aussi avec l’espoir qu’il trouve un souffle qui donne plus d’ampleur au prochain opus.
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