Mr Sche
Supastar

Notre avis sur Mr Sche - Supastar Label : Junkadelic Music / Nocturne
Prod :
Sortie : 16/04/2007
Format : CD

Chronique LEHIPHOP.COM par Gone
Publié le 18/05/2007

Dirty South ! Cette appellation encore mystérieuse il y a quelques années est sur toutes les bouches, jusque dans notre pays. Le monde du rap a pris des claques et même New York a du mal à défendre ses productions depuis que le Sud des Etats Unis s’est taillé la part du lion dans les radars de l’industrie musicale. Mais derrière cette appellation sans réelle définition se cachent 4 villes prédominantes : New Orleans (No Limit, Cash Money…), Miami (2 Live Crew puis Trick Daddy, Rick Ross…), Atlanta (Lil Jon, Outkast…) et Houston (Geto Boys puis Lil Flip, Slim Thug ou Paul Wall). Ces quatre mégapoles ont réussi à imposer leurs formules et des artistes par grappes entières. Mais qu’en est il de Memphis ? Qui connaît le Tennesse ? Qui connaît Mr Sche ?

Les stars mondiales sorties de Memphis sont les excellents Eightball & MJG récemment signés par Bad Boy Records et 3-6 Mafia. Hormis eux, les Kingpin Skinny Pimp, Gangsta Blac, Ska Face Al Kapone et autres Tom Skeemask demeurent peu connus. Mr Sche est pourtant parvenu à se faire sa petite réputation dans l’hexagone, assurant la distribution et la promotion de ses albums et venant même donner des concerts ! Mais les Français doivent ils pour autant s’intéresser à son dernier album, “Supastar” ?

La réponse ne peut se résumer à une phrase parce que Sche a pris le parti de fournir plus de 35 titres, et ceci dans plusieurs styles. Il aurait pu se focaliser sur un Crunk rémunérateur en des temps où ce courant lancé par Memphis a été imposé par Atlanta, mais il ne s’y est pas limité. Le producteur et rappeur s’est frotté au Crunk comme il le faisait déjà dans ses précédents opus, composant pour les pistes de danse des défouloirs comme “M Town Shawty”, “Back on da Flo” ou “About my hustle”. Mais ces parties de l’album ne plairont aux français qui se sont intéressés au Sud pour ses tubes énergétiques et électriques que s’ils sont prêts à entendre une autre formule que celle de Lil Jon. L’intérêt de ces morceaux repose toujours sur leur efficacité en club, leur caractère libératoire et la fierté qu’ ils dégagent. Mais Mr Sche y compose à sa manière : les batteries sont encore plus bounce qu’à Atlanta, plus aigues, plus proches de la Bass de Miami ou du bounce des premiers Cash Money. Les synthés légèrement moins prédominants et plus lancinants. Et les lyrics nettement plus gangster que chez les Young Bloodz, Pitbull ou Lil Jon. Autant d’éléments qui s’inscrivent dans une tradition de Memphis longtemps ignorée par les français. Parions que cette fois elle leur paraîtra moins extra terrestre depuis que des Mac Tyer ou des TTC s’en inspirent !

Mais l’essentiel de “Supastar” n’est pas Crunk. Memphis avait son style avant le crunk, Mr Sche a un savoir faire en dehors du crunk aussi. L’auditeur qui saura attendre jusqu’au tiers de l’album découvrira alors un style beaucoup plus posé, aux mélodies plus douces qui permettent mieux de comprendre où est passé le si célèbre blues de Memphis. Le pimpin’ si cher aux rappeurs locaux trouve son réceptacle dans des mélodies, dans des arrangements doux comme le satin, dans une certaine lenteur lancinante et entêtante. A la manière du Pimp qui endort ses victimes à force de formuler des rêves et des mots rassurants. Et qu’on trouve sur un parking de club ou dans une boîte à strip-tease mais certainement pas sur une piste de danse. Pour la première fois de sa carrière Mr Sche mise un album sur cette thématique du maquereau, il se devait donc d’en truffer ses lyrics. Tour à tour il en expose donc les basiques comme dans un vieux disque Suave House de 1995 ou 1996 (“I’m just a pimp”), il s’adresse aux filles (“Imma tear that pussy up”, “We still pimpin”, “American Pimpin”) ou conte ses exploits (“How a pimp stack”, “A pimp for you”). La plongée dans cet univers fascinant et malsain est totale. “Supastar” tient à cet égard la comparaison avec un film de la Blaxploitation, comme sa couverture le laisse entendre.

Ajoutant à la diversité de ses ambiances musicales et de ses thématiques, Sche pose une touche de Gospel Rap à la fin de son premier CD. Le sud a beau être “Dirty” il est aussi le premier pourvoyeur de rap à consonance religieuse, la foi s’inscrivant dans des traditions séculaires chez les populations noires de ces régions. En l’occurrence le résultat est plutôt convaincant, “Jesus” étant un des raps de l’album qui s’inspire le plus habilement du blues local. Même si on peut s’étonner d’entendre une telle spiritualité dans un cd sous titré “Gangsta pimpin”…

Quoique appuyé vocalement sur les deux tiers de ses morceaux, Sche peut revendiquer la responsabilité de son opus vu qu’il a produit la totalité de ses instrumentaux. D’autant plus qu’il officie dans un style où la forme est plus importante que le fond ; les thèmes et leurs angles étant bien souvent moins originaux que le résultat sonore de leur exploitation. Sche recueillera donc les honneurs d’un double album plutôt réussi dans le sens où il propose plusieurs ambiances réellement différentes, mixe plusieurs thèmes et fournit une dizaine de hits puissants. “Supastar”, le morceau titre étant certainement le plus impressionnant :
They hatin’ already, it’s time to step up your game
bitch niggas intimidated, just by the name
orange mount is where I dwell, checkin’ my traps
can’t nobody stop the kid, I’m all over the map
My hoes ain’t on the corners, my hoes in hotels
Any trick that’s home is makin a pimp bell
International, I got favor overseas
Paris to Germany, best believe I make g’s
Come and work for me, I got pimp benefits
Makin a pimp rich, is your best benefit
See I’m a cockin nigga, come and fuck with my shit
Memphis is the city where pimpin’ is so bliss
It’s makin me so rich, this pussy and dope shit
This money and murder shit
This crime and love tip
This game that I live,
Let’s hope god forgive,
Cause right now I’m the best Pimp there is


On gardera néanmoins une réserve quant à la puissance du Pimp game de Sche et ses acolytes Pimp Minista et Blue Boi, celui restant quand même un cran en dessous de celui des légendes en la matière, Too Short, UGK, Suga Free Dru Down ou Eightball & MJG…

Quoiqu’encore à l’ombre des projecteurs d’un rap game obnubilé par quelques points chauds du sud américain, le rap de Memphis prouve, entre autre par cet album, qu’il a modernisé son son sans diluer son identité dans les recettes qui réussissent aux autres. Ce qui lui assure très certainement la meilleure chance de s’imposer dans un futur proche, si l’histoire se reproduit. Et ce qui fera peut être un jour de Mr Sche une “Supastar”…