RohffLe Cauchemar du rap français
Label : Foolek RecordsProd : Dj Mosko Sortie : 02/07/2007 Format : CD Chronique LEHIPHOP.COM par Ness'ty ness'ty En écoutant l’intro, ce titre de la Mafia K’1 Fry résonnera en nos têtes “Au bon vieux temps...” mais on sera vite rattrapé par ce sentiment de déception ressenti en 2005 lors de la sortie “Au delà de mes Limites” puisque ce sont 6 morceaux de ce double album qui ont été remixés parmi lesquels “La Violence”, “Premier sur l’Ghetto”, Le tout arrosé de samples de T.I, Dre ou encore Jay-Z. Où sont passés les morceaux sensés comme “Génération Sacrifiée”, les titres personnels comme “Souvenirs” ou les refrains construits comme sur “Pétrole”? Rohff tombe à présent dans la facilité avec des refrains peu mélodieux voire ridicule comme sur “Excuse moi”. Côté prods, les synthés et les claps du style south font vite mal à la tête mais Rohff a su s’essayer à d’autres sons. Ainsi sur “N°1”, malgré un début difficile on reconnaît les influences old school du rappeur, de même “Enculé de ton clash”, sur un remix de Damian Marley apaisera les maux de tête en fin d’album. Suite dramatique de son prédécesseur, les featuring sont faibles, sort du lot uniquement “94 Mentale” avec Kery james et Dragon Davy, bien qu’un refrain interprété par ce dernier aurait été préférable. Ce titre a une prod efficace et est un peu la bouchée d’air frais de cette mixtape si on occulte les intermèdes dirty south sur le couplet de Rohff et sur le refrain. Sur les précédents albums, l’apologie à la voyoucratie a souvent côtoyé des morceaux plus positifs voire moralisateurs et Rohff a toujours su maintenir l’équilibre entre le commercial et le hardcore, mais à présent le rappeur le plus contradictoire du rap français laisse tomber les fioritures pour faire place au lourd dans toute sa dimension, du gros son, des textes agressifs dénués de toute conscience. Biensûr, une mixtape est souvent un rapport de force avec l’univers du rap mais ne gageons pas que les thèmes de son futur album seront différents. Celui qui avait acquérit le titre du roi de la métaphore franchit désormais trop facilement les limites de la vulgarité, et ce n’est pas avec les inédits qu’il conservera son titre mais ses anciennes phases feront encore plaisir à entendre: - “Tu veux faire comme moi, faut payer la taxe d’imitation”- “Ton flow pue de la gueule faut soigner tes caries” Rohff continue à exceller dans le flow, il tente toujours de le modeler pour l’adapter au beat, et cet exercice est réussi sur “La Crise”. On regrette que, copiant ses homologues américains, il allonge certaines syllabes, il hurle sur certains morceaux comme sur Principes, car si ça rend bien sur les titres d’Outre-Atlantique, c’est un carnage en VF. Parmi les remix réussis, on retiendra “Avec ou Sans” qui adopte parfaitement sa nouvelle instrumentale, dommage que ce morceau soit encore à l’apogée de l’égotrip, et le sample de Kery James y est vraiment de trop “Sans Rohff qu’aurait été ma jeunesse, I love you my man, God Bless you” (!) “Fumer un mec” revient en version light sur un remix d’un titre américain du même thème: “How I Could just kill a man” de Cypress Hill, moins lourd que le morceau initial, Rohff a réussi le challenge de faire coller le texte sur une nouvelle instrumentale plus convaincante. Mixtape oblige, cette galette contient des apparitions radio du rappeur ici rebaptisées “FraisStyle Radio”, ces six extraits présentent chacun l’étendue de la technique de Rohff bien que le numéro trois aurait pu être zappé car sans grand intérêt. Du gros son idéal pour la voiture dirait Pierre Dhostel pour vous refiler un produit inutile. Mais honnêtement, bien que quelques titres valent le détour, dans l’ensemble Rohff rappe en sous-régime. Le MC de Vitry n’est-il pas devenu littéralement le cauchemar du rap français? Même si fâché, son talent n’en est-il pas moins gâché? Son parcours est tracé à l’envers, puisque l’album de la maturité de Rohff pourrait être La Fierté des Nôtres. Attendons le prochain volet et espérons que comme beaucoup le pensent, le dirty south n’est qu’une mode et passera car si certains s’en inspirent à bon escient, il dégrade le rap de Rohff. Ce dernier alors dépourvu de son son dépouillé reviendra peut-être à sa source. Ou lui faudrait-il un échec commercial pour une remise en question, on espère en tout cas qu’il nous offrira à nouveau un rap efficace et conscient, plein de phases pointues car restera encore sa grosse tête à dégonfler... |