Dragon Davy
J’arrive

Notre avis sur Dragon Davy - J’arrive Label : Soundkaïl
Prod : Moolood, Kay 20...etc
Sortie : 29/05/2007
Format : CD

Chronique LEHIPHOP.COM par ness'ty
Publié le 07/09/2007

C’était l’été et même si ce n’est pas en regardant par la fenêtre qu’on a pu s’en rendre compte, c’est l’époque où l’on délaisse le rap et son univers froid pour regarder comment ça se passe chez son voisin, le ragga / dancehall mais il n’y a qu’un mur de placoplâtre qui sépare les deux et donc le rap n’est jamais loin. On a de la chance car c’est une sortie de qualité qui a attéri dans nos bacs en cet été assommant puisque c’est la moitié de Soundkaïl qui sort son premier solo “J’arrive” street album annonciateur de l’album prévu pour début 2008.

Déjà il est important de le souligner, le graphisme du CD est très plaisant, mais l’habit ne fait pas le moine, c’est bien connu donc continuons notre exploration en terrain inconnu. Verso, du tracklisting ressortent quelques noms familiers: Mac Tyer, AP, La Brigade et même Blacko. Et d’ailleurs en écoutant cet album on sent que l’univers de Dragon Davy est imprégné des codes du rap. Il vient du 94 et représente son quartier sur “94 HLM” et “Val de Marne Show” dont l’intro n’est pas sans rappeler celle de “94 Mentale” de Rohff où il apparaît accompagné de Kery James. Dragon a cédé lui aussi à la mode du son south pour ce titre, et on ne peut s’empêcher de remarquer que ce morceau s’apparente beaucoup à du rap tant par son thème que par son interprétation, l’artiste y passe du ragga au rap. Les préocuppations du rastaman (en tout cas de Dragon Davy) sont assez proches de celles du rappeur, pas de Zion, ou de Jah Rastafari à outrance. Il se montre soucieux de la société actuelle sur “Leur France”, un titre fade avec un Blacko un peu mou mais également sur “La Haine de l’autre” en feat avec Mac Tyer dommage que ce dernier s’adapte très mal à l’instrumentale du morceau et coupe vraiment avec le couplet de Dragon. Pour continuer dans les featurings rap, celui avec AP est tout simplement très réussi, de l’instru composée par DJ Goldfinger, un mélange de reggae et de musique orientale ponctué de basses lourdes, aux couplets de DD et d’AP. Si vous ne deviez écouter qu’un seul morceau de cet album, choisissez celui-ci, vous auriez immédiatement envie d’écouter tout le reste.

Dragon Davy dépeint la détresse de la jeunesse actuelle, notemment sur“ RDV manqué” avec M.TOMA qui traite du manque d’amour dans la vie des jeunes, on a connu et préféré un M.Toma plus dynamique mais en même temps c’est peut-être le thème de la chanson qui veut ça. “Rien ne tombe” est également un très beau morceau sur le même thème de la jeunesse désabusée en featuring avec Chamara. Il y a beaucoup d’ambiances sur l’album de Dragon Davy, beaucoup de styles différents et on se demande pourquoi autant de featuring sur cet album quand on voit la capacité de ce dernier à varier son flow de titre en titre. Ils forment tous un ensemble parfaitement homogène et loin d’être rébarbatif. “J’arrive” pourrait figurer sur la discographie de Soundkaïl car Artical Medhi participe à pas moins de 4 morceaux sans même apparaître au tracklisting. Par exemple “Les évadés” nous donnera envie de trouver (ou retrouver) vite “Racaille Sound System” le premier album du groupe, morceau très éclectique où les compères rappent sur le premier couplet, toastent sur le deuxième pour finir en reggae.

Dragon Davy a repris sur son album “La Masse”, un très bon morceau sur lequel apparaissent Little Fab et Daddy Mory tiré vers le haut par le couplet de Jacky Brown. Ce titre illustre bien la proximité entre le rap et le reggae et la place qu’ à ce dernier dans l’univers du rap puisqu’il figurait initialement sur la compilation “Mission Suicide” datant de 2001.
Mais à la différence du rap, le ragga a une qualité difficilement égalable pour les rappeurs, celle de faire danser, et Dragon Davy ne s’en prive pas notemment sur “Gone Wild” en collaboration avec la fine fleure du reggae français et international ( Luckie D/ Mickee 3000/ Caporal Nigga/ General Degree) ainsi que sur “Recalage”, un rythme très rapide et très dansant, pour dénoncer les délits de sale gueule à l’entrée des discothèques. les couplets de ce titre feront sourire et certaines phases sentent le vécu:

On voit les cailleras s’habiller en fashion victims et les fashions victimes qui jouent les gros bras, et qui le lendemain se réveillent mal en point et se rappellent juste du deuxième whisky coca, mes frères mettent du gel, s’font la coupe à Beckham, les reubeus font des UV et s’coiffent comme des femmes, ils n’en ont plus rien à péter et font tous la queue devant le carré VIP.

Une bonne dose de fraîcheur compactée dans ce street album, et ça ne fût pas du luxe en cet été maussade...Cette intermède ragga fera du bien à tous ceux qui s’y risqueront même si ce n’est pas vraiment se mouiller que de tremper ses oreilles dans cette galette car si parfois les termes ragga et hip hop sont associés pour former un grand n’importe quoi, il colle cette fois très bien à Dragon et à son album où se côtoyent les deux univers. Il est un peu la passerelle qui mène du rap au ragga, et en cet été, de la grisaille au soleil.