
Quelques mois après la sortie de leur second album Instinctive Dérive, rencontre avec Nico, programmateur et machiniste au sein du groupe rennais X Makeena. Accompagnés sur scène d’un étrange danseur portant capuche et masque à gaz, leur place se situe dans votre discothèque quelque part entre le premier Psykick et une compil’ de Dj Hype... Si si.
Est-ce que tu peux nous présenter rapidement les membres du groupe et nous rappeler votre parcours discographique ?
A la base on est parti d’une formation avec moi aux machines, mon frangin Steph à la basse et puis on a commencé à faire des featurings avec Says et Vicking, les deux mc’s. Après, sur l’un des premiers vrais concerts qu’on a donné à Rennes, on a proposé à Karlton (le gars qui fait tous les personnages) de venir faire un peu de dance et c’est une tentative qui a vraiment marché. C’est comme ça qu’on est parti sur cette formule en 2002. Et niveau discographie on a fait plusieurs démo entre 2002 et 2003 et notre premier disque (Death on the Wax ndlr) est sorti en avril 2004. On l’a tourné pendant deux ans avant de sortir le nouveau CD en avril 2007, Instinctive Dérive.
Comment définiriez-vous votre musique : Drum n’ Bass/Hip-Hop ?
C’est une sorte de truc hybride : Drum n’ Bass/Hip-Hop et electro aussi parce qu’il y a plein de courants de musiques electroniques qui nous influencent, autant en electronica qu’en breakcore avec des trucs comme Amon Tobin, Plaid, Squarepusher...
Qu’est-ce qui a changé pour vous depuis le premier album dans votre rapport à la musique ?
Le premier c’était vraiment un galop d’essai, on découvrait les micros de studio, il fallait se familiariser avec le matos donc on a été obligé de faire et refaire pas mal de choses parce qu’on était pas contents du résultat. Pour le deuxième on savait un peu plus où on allait, on avait déjà prévu les compos dans l’optique du studio avec un travail sur les sons pour qu’on ne se retrouve pas à galérer. On a abordé Instinctive Dérive dans l’optique du studio et du mixage et c’est la grande différence.
Quels retours avez-vous eu du premier album ? Est-ce que vous avez tenu compte des critiques formulées à l’époque ?
Le premier on ne savait pas trop comment l’aborder donc on est parti en se disant que notre musique était tel quel en live et qu’en studio ça risquait d’être un peu agress’. Du coup on a essayé d’avoir une approche un peu plus calme avec des morceaux plus posés, un son plus clean et on nous l’a pas mal reproché. Les gens sortaient du live avec une grosse énergie et se retrouvaient devant un disque un peu trop clean. C’est pour ça que pour le deuxième on a essayé de faire plus de prises sur le vif, de travailler en analogique pour avoir une chaleur sonore et se rapprocher un peu plus de ce qu’on peut voir sur scène.
Le côté drum n’ bass accentue la présence de l’instru dans vos morceaux, la voix n’est pas systématiquement mise en avant. Est-ce que vous pouvez nous expliquer quel est le processus de création ?
Ça part souvent des instrus. Les gars aiment bien écrire avec une instru derrière donc souvent je commence à élaborer une base machine, je leur fait écouter et après je commence à tripper avec Steph qui ramène de la basse et des synthés. On repasse ça aux gars qui commencent à gratter des textes et après on essaie de faire un maximum d’allers-retours. Une fois que les mc’s ont un embryon de textes et de flow je retravaille les instrus, je leur repasse et ils repaufinent le truc. On essaie de faire en sorte que la musique et les textes s’imbriquent le mieux possible. A terme on aimerait bien se donner une grosse thématique sur laquelle on partirait tous mais pour l’instant on le fait de façon plus instinctive.
Vous ne craignez pas qu’avec des instrus drum n’ bass et des textes à plusieurs grilles de lecture les gens se “contentent” de danser sur votre musique en faisant abstraction du message qu’elle contient ?
En plus les paroles sont un peu complexes donc ça ne saute pas à l’oreille tout de suite mais je ne vois pas ça comme quelque chose de négatif. Il y a pas mal de groupes comme nous que tu vas voir en live et tu vois si ça te cause ou pas et, à la limite, comparé à certains groupes ou tu distingues correctement les paroles, je trouve ça plus intéressant qu’il y ait plusieurs couches et que tu te prennes pas le message directement en pleine gueule. Les gars écrivent dans cette optique là, ils ne font pas de gros refrains qui scotchent la tête directement, c’est plus une lecture avec plusieurs grilles d’interprétations. Tu vois si le truc te cause ou pas et ensuite tu reviens sur le disque. Après plusieurs écoutes peut-être que tu commences à choper des bribes mais c’est vrai que c’est pas de la musique avec un gros refrain accrocheur. C’est pas spécialement ce que l’on veut faire en fait.
Sur l’album on ne retrouve aucun featuring avec d’autres rappeurs français. Est-ce parce que vous ne considérez aucun rappeur capable de s’attaquer à des instrus drum ?
Si si, en plus il y a pas mal de mecs qui nous plaisent bien. En fait on ne calcule pas la plupart des featurings, ce sont des rencontres que l’on fait sur le coup. Là on a rencontré l’américain Bleubird mais on a pas d’antipathie pour les rappeurs français. On voulait faire un truc avec Loïc des Psykick Lyrikah mais ça n’a pas pu se concrétiser parce qu’on a pas réussi à se choper sur le moment. Mais ce n’est pas une démarche, il y a vraiment des trucs qui nous plaisent.
Y-a-t-il y a des mc’s ou producteurs avec lesquels vous souhaiteriez travailler par la suite ?
Pourquoi pas. Mais on a aussi tout un réseau de potes sur Rennes et en Bretagne (Horten V3, Strup X...) qui ont des projets sur lesquels les mc’s participent donc le jour où l’on décidera de faire un album de remixs, il y aura tout un tas de gars motivés. Pour ce qui est des mc’s ça se fait vachement au fil des rencontres et quoi qu’il arrive on fait toujours prévaloir l’aspect humain sur le reste.
En écoutant vos textes on pense -entre autres - à Hi-Tek de La Caution et à Arm de Psykick. Est-ce qu’ils font parti des artistes que vous écoutez et qui vous influencent ?
Carrément. Et puis pas mal de hip hop américain et anglais aussi, les productions du label Anticon notamment et tout ce qu’on appelle hip hop expérimental.
Et pas du tout de rap français “alternatif”, des groupes comme TTC, Svinkels, Klub des Loosers... ?
Le premier disque de TTC me plaisait bien mais après c’est parti en vrille. Pas dans les prods mais dans l’esprit. Après, le Klub des Loosers et Svnikels c’est des mecs qu’on apprécie vachement mais en terme de musique je ne vois pas forcément un morceau eux. On attend que les rencontres se fassent et que tout se mette en place.
Et en drum n’ bass ?
La drum n’ bass on s’y est mis en 95-96 avec les premiers Roni Size et Dj Hype qui débarquaient. Maintenant, c’est vrai que le mouvement vraiment basique dans ce style là commence à s’essoufler donc on écoute de plus en plus de productions qui virent au breakcore
Votre album est vous à mi-chemin entre plusieurs courants musicaux. A quel public souhaitez-vous vous adresser ? Est-ce que vous avez une idée du public qui vous suit en concert ?
On ne vise pas de public en particulier, on essaie plus d’aller chercher un maximum de monde. On est pas mal programmés sur des festivals d’été dans lesquels beaucoup de styles sont confrontés et c’est tant mieux. On préfére largement faire des concerts devant un public le plus varié possible et arriver à ce qu’il y ait des gens qui, à la fin du concert, nous disent “j’aime pas du tout l’electro ou la drum mais là ça m’a causé votre truc”. On préfére ça plutôt que de jouer devant un public drum n’ bass déjà conquis et qui ne va pas forcemment accrocher, justement parce que ça s’écarte un peu de la drum’ pure, vachement dancefloor. On préfére un réseau hyper large dans lequel on va pouvoir aller choper le public avec notre énergie qui est un peu différente de ce qui se fait dans ces musiques là généralement.
Vous êtes réputés pour vos prestations live. Est-ce que vous pensez à l’aspect scénique dans la composition de vos morceaux ?
Oui, la prestation scénique rentre en compte lors de la préparation des morceaux. Sur les disques on essaie de plus en plus d’aller vers une énergie live et donc de composer les morceaux en s’imaginant les jouer sur scène, plus que de les coucher sur un disque. C’est un peu la priorité et c’est pour ça que l’on teste toujours nos morceaux sur scène avant de les enregistrer sur disque. On essaie différentes structures, différentes formules, on vire des passages et on en rajoute en fonction des réactions des gens. C’est un truc super important pour nous.
Pourquoi avoir donné naissance à un 5ème membre, Karlton, uniquement présent lors de vos prestations scéniques ?
Karlton c’est parti sur un concert lors duquel on lui a proposé de passer avec tous les accessoires qu’on commençait à accumuler : des costumes, des masques à gaz et autres accessoires un peu chelou. On lui a dit “viens essayer de faire un truc sur notre musique” et à la suite de notre premier concert avec lui on a eu des réactions de fou qu’on avait pas forcemment jusqu’à présent. Plein de gens sont venus nous revoir après en nous disant “c’est mortel votre truc avec le danseur”. Donc par la suite Karlton a fait de plus en plus de personnages et en voyant la réaction des gens on s’est dit qu’il y avait un truc à faire et comme il n’y a quasiment rien niveau scénique dans ces musiques là, on a vachement bossé dessus. C’est ce qui explique que sur Instinctive Dérive on se soit fait aider par un pote scénographe qui a fait le tri dans les accessoires qu’on avait pour vraiment mettre l’accent sur ce côté là.
Quelles sont vos inspirations, vos références dans l’élaboration de la scénographie ?
Avec un peu de recul et en découvrant d’autres trucs on s’est aperçu que des gars comme les Bérus - qui étaient vachement dans l’idée - avaient deux ou trois gars sur scènes pour quinze mecs qui viennent foutre le bordel. Mais c’est des choses qu’on a découvert plus tard sur un festival où il y avait des extraits de leurs concerts qui passaient sur des écrans. C’est là qu’on s’est rendu compte qu’il y avait pas mal de points communs mais à part ça on a rarement vu des groupes qui proposaient ce genre de chose. J’ai entendu parler de plusieurs projets qui intégrent vraiment des personnages de la danse mais c’est pas parti d’une influence ou des choses qu’on a vu. C’est plus quelque chose qui est venu comme ça, spontanément.
Propos recueillis par RedcAp