
Pour la sortie de son premier album solo, Poétiquement Correct, nous avons rencontré Dany Dan, un des Sages Poètes de la Rue, lors d’un showcase à la Fnac de Nancy pour en savoir plus sur son univers.
Depuis quand avais-tu ce désir de faire un album solo ?
DD : J’ai cette idée en tête depuis 2000-2001, mais j’ai réellement commencé à bosser dessus à partir de 2003. Auparavant, je n’avais pas cette envie de me mettre en avant, j’étais bien dans le coté collectif que nous formons avec Les Sages poètes de la Rue. Bien évidemment, le groupe existe toujours mais au fur et à mesure, je me suis rendu compte que lorsque j’écrivais, j’avais de en plus en plus de choses à dire, mais aussi plus de facilités à faire des morceaux en entier. L’envie est venue à ce moment là.
Pour quelqu’un qui te connaît par rapport aux Sages Po, quelle est la différence principale entre ton album solo et un album avec le groupe ?
DD : Au final, c’est à peu près la même chose sauf que je vais, pour ma part, beaucoup plus loin. Dans Les Sages Po, on m’entend sur 16 mesures et dans le refrain, tandis qu’ici, on m’entend sur trois fois 16 mesures. C’est le même Dany Dan, la même base, mais je vais juste plus loin dans mes délires, mes sentiments, mes concepts et mes sensations.
Et puis, ça permet toujours d’élargir ses thématiques…
DD : Un peu oui. Je peux me permettre de faire des trucs plus personnels. A trois personnes, c’est un consensus. Quand un sujet touche l’un mais pas les autres, on ne prend pas. Donc dans ce cas-là, tu le gardes au chaud (rires). J’ai donc pu faire ce morceau en trois parties : Le Parc, La Femme d’un autre et La Fuite. C’est typiquement ce genre de chose que je ne pouvais pas imposer dans Les Sages Po, parce qu’il n’y a pas de leader dans le groupe.
Est-ce pour te différencier du groupe qu’aucun des membres n’apparaît sur ton album ?
DD : Non, c’est juste que j’ai mis du temps à le faire. J’ai des maquettes sur lesquelles Melopheelo a produit du son ou bien Zoxea apparaît sur telle chanson, mais on trouvait qu’elles avaient vieillies et qu’il ne fallait pas les mettre. Le fait qu’ils ne soient pas dessus n’est pas le fruit d’une volonté ou d’une décision car ils n’y sont pas, comme ils auraient pu y être.
Tu peux nous parler des featurings ?
DD : J’ai procédé de manière traditionnelle, comme avec Les Sages Po. On prend nos amis, les mecs qui sont dans notre sphère actuelle et qui ont du talent. On se retrouve en studio, et si le morceau passe l’épreuve du temps, on le garde pour l’album. Tu retrouves principalement en rap, Moda, qui est mon associé dans la boîte que j’ai monté : Disques Durs. A côté de ça, il y a un autre Mc, Brasco, qui est une rencontre au détour d’un studio. On s’est bien entendu, on s’est échangé nos numéros et on s’est appelé.
Ca marche donc plus à l’humain.
DD : Oui, principalement à l’humain. A côté de cette partie traditionnelle, il y a une ou deux personnes que j’aimais bien et avec qui je voulais travailler. Sir Samuel en faisait partie. J’avais été bluffé par Angela avec le Saian Supa Crew. Les Nubians, aussi, j’avais aimé à l’époque de Makeda. Je sentais que je pouvais leur demander de participer avec ma petite production et mon petit label parce qu’ils n’avaient pas la grosse tête et ne me demanderaient pas des milliards pour poser avec moi. J’ai chopé le numéro chez un ami ou des situations comme ça. J’ai appelé en disant “C’est Dany Dan, on s’est déjà croisé…” . Je leur ai proposé le truc très simplement et ils ont accepté.
Il n’y a en revanche aucun “gros” featuring de rappeur à la mode.
DD : Non, parce que je procède comme ça mais aussi parce que je me suis dit ça ne servait à rien d’y aller pour certains, car ils allaient me demander trop d’argent ou voudraient tous les points. J’ai préféré ne pas y aller. J’aurais aimé en avoir d’autres mais ça aurait été trop gros
Qu’est-ce que t’apportes la structure Disques Durs, que tu as monté ?
DD : La liberté. Cette liberté de pouvoir choisir et de faire ce que je veux.
Pourquoi ? Quelque chose te gênait avec les labels au sein de Sages Po ?
DD : Non, avec Sages Po, on a fait tout ce qui pouvait se faire en structure : on a été en indépendant, on a été signé chez un indépendant, on a été indépendants nous-mêmes quand on a fait Beat de Boul, on a signé des gens, on a été en licence et on a été en major. De toutes les expériences, le moment où je me sentais le mieux, pour mon épanouissement et mon bonheur, c’est quand on était en indépendant. Pour l’album d’avant, on était chez BMG et ils nous ont mis bien, avec un clip aux Antilles et tout ça. Mais ce que j’apprécie par dessus tout, c’est cette liberté de chanter et de dire ce que je veux sans que personne ne me dise rien. Quand j’ai réalisé ça, j’ai monté ma boîte en 2001.
Des signatures à venir sur ton label ?
DD : On prend beaucoup de contacts et on rencontre beaucoup de gens mais c’est déjà assez dur avec moi. Evidemment, la finalité c’est de pouvoir le faire mais j’ai pleinement conscience de ce que c’est que de signer quelqu’un, donc si je le fais, je le ferais bien, afin que je puisse apporter quelque chose à sa carrière et que je puisse m’en occuper. Je ne veux pas juste dire que j’ai signé untel pour la forme.
Toi qui a vu l’évolution du hip-hop au fur et à mesure des époques, quelle est ton bilan ?
DD : Il y a du bien et du moins bien. Ce qui est bien, c’est que le rap est de plus en plus connu et diffusé. Pour ce qui est du moins bien, c’est que l’ensemble des rappeurs s’est fait avoir par l’argent. Ca nous a fait du bien mais aussi du mal. A côté des Mc’s, tu as des manageurs, des attachés de presse, des gens de business qui ont pris trop de place. Il faudrait qu’ils soient un peu en retrait, c’est tout ce que je peux critiquer. Au final, le rappeur est obnubilé par ça et ne te parle plus que de son plan marketing. Il ne te parle plus de musique, mais de son affiche et de son chiffre de vente. Il ne parle plus de la nouvelle technique qu’il a trouvé ou de sa nouvelle façon de tenir le micro ou de filtrer les sons et c’est dommage. A côté de ça, c’est parce que ces businessmen ont pris de la place que le rap est aussi diffusé, donc c’est à double tranchant.
Propos recueillis par Trent