Aarafat
Il est le cousin du King et le parrain du Duc de Boulogne. Parmi ses faits d’armes on rappellera qu’il était membre de La Cliqua, du Coup d’Etat Phonique et d’I.M.S. Celui qui s’est fait connaître sous le nom d’Egosyst puis d’Aarafat nous raconte une histoire des Hauts de Seine.

Pour les lecteurs qui ne te connaissent pas, est-ce que tu pourrais nous retracer ton parcours?



En fait le hip hop commence pour moi avec Zoxea, mon cousin, on découvre ça en même temps. C’est l’époque radio Nova, on est des auditeurs juste, niveau son c’est plutôt Bambaataa, P.E. etc. Un peu plus tard les sages po enregistrent les cool sessions avec Jimmy jay, moi pendant ce temps j’essaie surtout d’écrire. Je m’y mets avec mon voisin, Kohndo, et on forme notre groupe, le coup d’état phonique. Là dessus arrive Lumumba qui fait nos premiers sons. Assez vite on se retrouve à faire des radios et des scènes, on croise Dady Lord C en radio, puis Chimiste et Funky Bwana nous présentent Rocca. Entre temps je m’occupais de Raphael et de Lim, j’intègre Raphael dans le groupe parce qu’il était de mon quartier.

C’était assez ouvert comme état d’esprit.



Oui voilà. On était une sorte de grosse équipe, y avait pas de rivalités.

Puis viennent les premiers succès d’estime de La Cliqua.



Oui, les premières scènes, y a du buzz autour de nous assez vite, ça commence à faire parler… En même temps on rencontre des gars qui voudraient rapper mais qui sont pas encore dedans. C’est comme ça que j’ai intégré Booba,d’autres gravitaient autour de nous, comme le Cercle Vicieux. On est jeunes donc pour certains on va en classe ensemble, on fait du sport, tu vois le truc. Vu que Booba habite à côté de chez moi je le fais plus travailler que les autres. C’est comme ça que je lui apprends les bases. C’est un peu le moment où y a presque une unité entre tout le monde.

Ça se complique avec le succès de “conçu pour durer” .



Disons que ça fait naître les premières jalousies. Y avait plein de personnalités différentes, des questions d’ego, moi j’essayais de gérer tout ce monde mais y avait vraiment des tensions. Et c’est aussi là que le staff me reproche de ne pas être assez présent pour les répétitions du groupe… Je venais d’avoir ma fille moi… Du coup j’ai préféré quitter le groupe, sachant que je pouvais plus m’adapter à leur mode de vie, faire les choses à toute vitesse ça me convenait pas.

En partant tu changes de nom, tu abandonnes le pseudo d’Egosyst pour celui d’Aarafat, pourquoi?



J’ai voulu me donner un autre concept, partir sur autre chose. Je voulais me démarquer de La Cliqua. A la base Raphael est parti avec moi, on devait faire un album ensemble, il était super jeune, et ça c’est pas fait. Du coup je bossais en solo, mais moi j’ai toujours aimé les groupes, je m’y retrouvais pas. On m’a présenté un gars, on a sympathisé, j’aimais son écriture mais c’était pas assez ghetto, il lui manquait ce truc. Pour lui amener cette touche je l’ai amené faire des concerts et des soirées dans des ambiances plus tendues, et il s’est bien adapté. Ça fait qu’on créé notre groupe, IMS (Issus d’un Mauvais Système) trois ou quatre mois plus tard, c’est là où il prend le nom de Khomeyni. Je te précise que c’était juste un nom hein, c’est pas une adhésion politique, c’était plus pour me suivre dans mon concept, parce qu’en soit c’est vrai que c’est hardcore comme nom !(rires)

Vous enregistrez votre album, la bible du soldat, mais il ne va pas rester longtemps dans les bacs, pourquoi?



C’était Bayès (aujourd’hui chez Menace Records ndlr), Ouest Label Prod. et Night and Day qui s’en occupaient, et financièrement c’était vraiment pas ça avec la boîte. L’album a dû rester trois mois et j’ai préféré le sortir des bacs pour repartir sur autre chose.

Dans la foulée tu devais faire un six titres, j’ai entendu parler d’un morceau qui devait y figurer avec Zoxea, Lim et Raphael, ça n’est jamais sorti finalement.



Non, parce qu’on voulait d’abord sortir Cercle Vicieux, vu qu’on venait de sortir IMS fallait faire tourner un peu. C’est normal, ils sont avec nous depuis le début. On a donc fait un mini LP puis leur album. De mon côté j’ai eu un gros contretemps… J’ai fait d’autres choses, quelques prods pour l’album de Movez Lang, des featurings de temps en temps, sur l’album de Zoxea, ou même avec des suisses. J’essayais de bosser sur l’album d’IMS mais ça n’allait pas, je pense qu’on avait besoin de se remettre en question. Aujourd’hui je pense savoir où je veux aller, du coup j’envisage de sortir mon solo vers octobre, et d’enchaîner avec l’album de mon groupe juste après.

A quoi va ressembler ton album?



En principe ce sera un double album, deux fois 20 titres, le premier volet s’appellera Intifada. Je veux faire venir du monde dessus, je fais la grosse majorité des instrus mais j’irai chercher des inconnus pour quelques sons. Mon objectif est de faire poser la plupart des gens avec qui j’ai bossé dans le passé, ça fait du monde!

Si on se réfère aux anciens de La Cliqua, chacun est parti dans un style différent, t’as envie de suivre quelle direction artistiquement?



Tu sais, je fais du rap. Mets moi un son et je rappe dessus, c’est comme ça que je vois la chose. Si le beat est bon, que ce soit jazz ou super hardcore je poserai dessus, tant que ça reste hip hop.

Tu penses quoi de la scène du rap français ?



L’identité me manque. Tout le monde rappe bien, écrit bien, mais au final t’as l’impression d’entendre toujours la même personne. T’as quatre, cinq styles et après tout le monde suit. C’est dommage, parce que c’est important de se différencier, regarde, un groupe comme La rumeur, t’aimes ou t’aimes pas, mais les mecs proposent un truc personnel, niveau texte, niveau sons. A coté de ça quand j’écoute Sinik j’ai l’impression d’entendre du Diams, ça manque d’originalité. T’as des Zoxea, des Booba, des Oxmo et derrière ils ont fait des petits. J’ai l’impression que les américains ont moins peur pour ça, ils prennent plus de risques.

Tu crois pas que c’est parce qu’il y a de plus en plus de rappeurs et que c’est difficile pour eux de faire leur trou autrement?



Franchement non, je crois pas que les rappeurs soient plus nombreux aujourd’hui, ils sont juste plus nombreux à être signés qu’à l’époque, ils ont tout de suite des impératifs, il faut qu’on puisse les cataloguer, avant même d’avoir écouté leur son. A mon avis c’est pour ça qu’ils suivent la voie de ceux pour qui ça a marché.

A ce propos, avec La Cliqua vous aviez bien vendu; aujourd’hui Kohndo vend 3000 copies de son premier album, ça te fait pas peur?



Y a plusieurs façon d’avoir la reconnaissance, franchement moi ça me gênerait pas de l’avoir en étant beaucoup téléchargé. Le mec qui achète ton disque en magasin c’est parce qu’il t’a vu avant, c’est une démarche plus commerciale. Pour en revenir à ta question je pense que pour faire des grosses ventes il faut avoir autre chose que seulement du talent. Prends Booba, c’est un personnage unique, même Diams, le fait d’être une fille et en même temps de rapper mieux que pas mal de mecs, ça attire l’attention. C’est pareil pour des types comme Abd Al Malik ou Grand Corps Malade, c’est pas forcément les meilleurs mais ils ont un truc en plus. Tu me parles de Kohndo, on sait très bien qu’il a des qualités d’écriture, si tu lui laisses sa chance médiatiquement il vendra, pas autant que Booba, mais il vendra. Et puis t’as la question du charisme qui rentre en ligne de compte.

De tous les types que t’as pu croiser sur ton parcours, est-ce qu’il y en a un qui t’a particulièrement marqué pour ses qualités d’écriture, ou en studio, sur scène?



Sans hésiter, Zoxea, ça s’explique même pas.

Comment t’expliques qu’il n’ait pas réussi à fédérer autour de lui?



La jalousie bien sur, des fois des opportunités qui n’aboutissent pas, des petits détails, des divergences d’opinion. Et puis un truc important c’est la distance géographique, entre Suresnes, Boulogne… C’était sur que ça ne pourrait pas durer.

Aujourd’hui y a un gros courant de gens nostalgiques de cette époque, ça te semble possible une reformation de La Cliqua, même pour un seul morceau?



Faut pas vivre sur le passé. J’apprécie mieux les choses telles qu’elles sont. Si on le refaisait ça ne serait plus comme avant. Conçu pour durer c’est un truc précieux, faut pas chercher à le refaire, j’aime l’idée que les gens gardent cette image là de la Cliqua. Si on le refaisait ça serait pour l’argent ou pour faire plaisir aux fans, c’est pas une bonne chose. Pour nous les choses ont changé, même entre nous. Je te dis ça, mais au fond de moi, je me dis, pour un titre, pourquoi pas… J’ai eu Rocca y a pas longtemps, je sais que Dady Lord C est motivé aussi, ça fait un petit moment que j’ai pas eu Kohndo, après faut voir comment ça se ferait. Je nous vois pas faire un truc tendance, si on devait le faire sur un morceau je voudrais qu’on fasse ça sur un son comme on avait à l’époque, une sorte de clin d’œil, avec juste une touche plus récente. Arriver avec un truc dirty south ça serait pas nous, ça servirait à rien, si un jour on le fait ce sera sur un son comme “tuer dans la rue”, un truc à la Dj Premier de l’époque.

Un dernier truc à rajouter ?



Juste une dédicace à tous ceux qui ont fait que le rap survive: Oxmo, Zoxea, Lim, Movez Lang, Cercle Vicieux, HomieSyd, Fabien, Damien, Asphalt, La Cliqua... Mille excuses à ceux que j’ai oublié, ils se reconnaitront.


Propos recueillis par Olcat