
Quelques mois après la sortie de son premier album solo "The Bang Theory", le new-yorkais Mr Live revient sur son parcours agité et hors du commun, et dénonce les clivages d’un hip-hop dépassé.
Quel a été ton parcours ?
Je viens de Brooklyn, plus exactement des projects de Fort Green. C’est l’un des quartiers chauds de Brooklyn. Je suis de cette génération qui a découvert le Hip-Hop avec des MCs comme Rakim, Big Daddy Kane, Chub Rock, MC Lyte, Mc Shan etc… Je découvre le hip hop dans les années 80. Au début des années 90, je signe avec mon groupe Balcrayn chez Profile. On tourne et on se démerde pour survivre et puis rien ne se passe. Le disque ne sort pas. La motivation s’essouffle et je monte un binôme avec Equality. On se rebaptise alors E and J. On tourne pas mal. On enchaîne les démos et vers 95, je me lance en solo. Je rencontre à cette période pas mal de monde. Je croise Tony Bones lors d’un concert au Village Gate pendant un open mic. Il était bon mais il traînait avec d’autres mecs moins bons. On se recroise un autre fois vers Kenny’s Castaways street et on décide d’avancer ensemble. On fait quelques morceaux et notamment «Rhytm and Ism» avec Prince Po de Organized Konfusion à la prod. On enregistre au Chung King Studios et on passe le morceau à Bobbito Garcia. Il pousse le morceau à fond. Et ce fût le début de ma carrière solo. Ensuite, j’enregistre avec Chub Rock, avec Vibes Kameleonz, Mr Len. Je fais le maxi sur Fond’l Em, label de Bobbito Garcia. On monte un label avec Earl Blaize qui commence à bosser avec Antipop et on enchaîne une grosse série de maxis avant que je n’attaque mon premier solo.
Tu as fait beaucoup de morceaux avec Tony Bones qu’on retrouve sur ton album sur le morceau «Make it rowdy».
C’est vrai, nous avons fait plusieurs morceaux qui passaient très souvent dans l’émission de Bobito et stretch. D’ailleurs on a monté un groupe ensemble du nom de 88whatsaname. Mais Tony Bones avait une double carrière et plusieurs casquettes, celle de mc et celle de graphiste. C’est à ce moment-là, après quelques désillusions dans la musique, qu’il a commencé à travailler pour Arista, puis pour Bad Boy et la marque Fubu en tant que graphiste designer. Il est à l’origine de beaucoup de pochettes de Biggie en passant par Brand Nubian etc… On continue de faire des morceaux mais le groupe qu’on a monté n’est plus une priorité.
Au milieu des années 90, tu signes sur le label de Bobbito Garcia Fondel ‘ EM. Comment s’est fait la connexion ?
En fait, je crois que la première fois que j’ai croisé Bobbito, c’’était avec Tony Bones. On bossait beaucoup ensemble à ce moment là. Il allait lui passer des morceaux pour qu’il les joue dans son émission. Tony avait essuyé quelques déconvenues en major, avec MCA je crois si ma mémoire est bonne. Il avait pas mal de bons morceaux avec Buckwild, Prince Po, Ez Elpee et Ge-Ology à la prod. Et puis nous nous sommes recroisés à des concerts et des open-mics. Je lui ai fait écouté Supa Dupa. Il a directement accroché et il l’a pressé dans la foulée.
C’est à ce moment-là que tu t’es rebaptisé Mr Live ?
C’est exactement ça. En fait, je venais juste de rentrer de tournée d’Europe. Je jouais avec les Vibes Kameleonz et Rhazel. J’apprends en fait qu’il y a un J-Live. A ce même moment, les choses s’enchainent pour moi puisque Bobbito accroche sur mon maxi et il veut le sortir vite. Jusque-là je m’appelais Jay-Live the ten letter. Il me dit qu’il est préférable de changer de nom pour éviter toute confusion. J’étais vert de rage car J-Live n’était pas sans ignorer qu’il y avait un autre gars en ville qui avait ce blaze. D’autant que depuis 1993, j’étais apparu dans pas mal de compilations, de morceaux sans compter les freestyles radios, les concerts etc… J’ai essayé de le contacter. Il n’a jamais répondu et il ne s’est jamais expliqué là-dessus. Ca appartient au passé. Mais il est vrai que j’aurais aimé le défier en battle.
Tu as collaboré avec Mr Len de Company Flow. Comment s’est fait la connection ? Souvent Mr Len passait tes morceaux en radio ou à la fin des shows…
Mr Len avait une émission de radio au moment où est sorti Supa Dupa. On lui a fait suivre le disque. Il a été emballé par le maxi et il l’a joué des centaines de fois et même sur scène après les shows de Company Flow. Il voulait que je monte à chaque concert du groupe pour que je rappe “Supa Dupa»…
Tu as monté aussi un groupe du nom de Rhyming class. Tu peux nous en dire plus ?
C’est un groupe live, avec des paroles dures. Les textes sont très impliqués socialement. Ce n’est pas de la nu-soul, ni du jazz. C’est vraiment hardcore mais tout est joué. C’est vraiment un groupe des Projects. Si tu veux, c’est un peu comme si Vibes Kameleonz en moins abstrait rencontrait MOP ou Mob Deep…Mais il est vrai qu’aujourd’hui, je me concentre sur ma carrière solo pour pouvoir imposer mon nom et arriver par la suite à sortir divers projets et side-projects avec des sons, des couleurs et des concepts différents.
Qu’est-ce qui a été le déclencheur de «The Bang Theory» ? Pourquoi l’avoir appelé ainsi ?
L’idée s’est mise en place suite aux dates que nous avions faites en Europe avec Mr Len et Jean Grae, en 2002. Signer sur un label européen paraissait une bonne opportunité et surtout la possibilité d’être compris artistiquement, ce qui n’est plus le cas aux Etats-Unis depuis des années. C’était d’ailleurs intéressant que ce soit un label français qui me signe alors qu’en 1996, c’était le premier pays que nous venions visiter avec Vibes Kameleonz.
En 2003, j’ai commencé à fédérer les troupes et travailler sur quelques morceaux. Le temps que tout cela se mette en place, il s’est écoulé deux ans. C’est toute la différence entre le fait d’accumuler des morceaux et de travailler dans la perspective d’un album. Ensuite, j’ai voulu retoucher le disque, changer des instrus pour d’autres, rajouter des morceaux, en enlever d’autres pour avoir un album comme je l’entendais. Au début, l’album devait s’appeler «Drama Class», du nom de la team de producteurs qui se sont fédérés autour de cet album et qui m’accompagnent depuis des années. Ves a produit depuis mes débuts. Earl Blaize aussi. C’est une histoire plus étroite qu’un beat et des rimes dessus. Le titre «Drama Class», c’était pour montrer un peu l’esprit dans lequel doit baigner le Hip-Hop. C’est-à-dire un truc qui vient de la rue mais qui ne sonne pas comme une posture mais plus comme la réalité d’un quotidien, une musique et un truc qui est en lien direct avec ce que tu vis. «Drama Class», c’était un peu ça et puis après, j’ai eu peur que le titre ne soit confondu avec la team et qu’il soit trop restrictif. Il y a des morceaux comme «20 and I» qui parlent directement de ce que tu peux voir et ressentir en bas de chez toi. Mais il y a aussi des titres plus larges qui prennent la température de la société américaine et de l’administration Bush comme «4 more years». C’est dans cet état d’esprit que j’ai lâché «Drama Class» pour «The Bang Theory». Ce nouveau titre me paraissait plus approprié. L’idée c’est que la vie remonte au big bang et cet album comme la vie est un kaléidoscope de choses différentes, paradoxales, contraires parfois qui s’entrechoquent.
Ton album ne sonne pas comme un album underground… Certains morceaux sont ouvertement dancefloor. Est-ce que pour toi le clivage entre underground et mainstream est dépassé ?
Oui. Il y a quelques années, beaucoup parlaient d’underground et de rap alternatif, sans vraiment savoir ce que c’était. On ne savait plus si c’était un rap du troisième type avec des rimes sur les extras-terrestres et sur des sons trodus ou un état d’esprit et une manière d’appréhender le hip hop comme quelque chose qui doit te ressembler. Ce que je veux dire, c’est que le terme underground était devenu galvaudé. On a vu pleins de groupes qui ne parlaient que de soucoupes volantes et de s’ouvrir les veines dans la pénombre de leurs chambres. Plus le son était tordu et torturé, plus on trouvait cela magnifique, alors que c’était de la merde. L’appréciation était faussée. Mon album ne colle pas plus à la tendance d’hier qu’à celle d’aujourd’hui. Mais pour moi, ça ne change rien. Être classé entre deux albums de crunk synthétiques pourris et une quinzaine d’albums abstract, ça n’a pas plus de sens à mes yeux. Il y a une constante depuis 96, ce sont les étiquettes. Elles doivent suffire à expliquer la musique d’un artiste. Personne ne se posait la question de savoir si Biggie était underground ou mainstream puisqu’il excellait dans les deux. Aujourd’hui, il faut tout segmenter et les choses n’ont définitivement plus la même saveur. Lorsque j’ai sorti les morceaux Supa Dupa, sur le label de Bobbito, je pensais qu’il n’y avait pas de place pour un MC comme moi. Finalement, j’ai vite vu que cette scène arrivait en force. J’aurais dû être plus productif mais j’ai souvent préféré cette musique à mon avancement personnel et ma carrière. Aujourd’hui, je refuse le cliché qui entoure cette scène comme celui qui perdure dans le rap mainstream. Mais ma vision des choses, le rap que je défends, est directement underground. Pour moi, un morceau doit dire un truc. Il doit te parler d’une réalité que tu vis, pas d’un truc sur lequel tu phantasmes et que tu présentes comme étant la réalité.
Tes apparitions restent rares. Ton premier maxi remonte à 1996.
10 Maxis en dix ans et quelques apparitions. Pourquoi avoir mis tant de temps pour faire ton premier album ?
En fait, je n’arrête jamais de faire des morceaux. J’ai beaucoup de titres de côté que je n’ai pas sortis. Je ne suis pas du genre à traîner deux textes sur plus de quinze instrus avant de choisir. L’idée, c’est plus de savoir si tu tiens un bon morceau ou pas, et si au final quand tu intègres tout cela tu tiens un disque bien équilibré. Et puis, jusque-là, je me suis jamais mis la pression pour forcer le destin. Au début des années 90, je signe un deal chez Profile avec mon groupe Balcrayn. Et puis, il ne s’est rien passé même si nous avons énormément tourné. J’attendais beaucoup de cette sortie mais comme beaucoup de signatures à cette période, cela m’a bloqué plusieurs années sans pouvoir sortir quoique ce soit. J’ai alors tourné, fait beaucoup de premières parties, multiplié les open mics. J’ai participé à plusieurs tournées du Lyricist Lounge. En 1996, je sors Supa Dupa par un heureux concours de circonstances alors que je n’attendais rien. D’une certaine manière, ma carrière discographique a vraiment commencé à ce moment. Comme quoi les choses se passent pas là où l’on croit.
Qu’est-ce qui t’a poussé à sortir ton album sur le label français Ascetic Music Records?
J’ai toujours été impressionné par la culture que manifestait l’Europe vis-à-vis du rap. On te parle vraiment de son. Dans le cadre de la tournée avec Len et Jean Grae, j’ai été étonné par la taille des papiers attribués à cette scène. Dans ce cadre, j’ai fait une interview pour le magazine Real. Je cherchais un label et on est tombé d’accord sur l’idée d’avancer ensemble. J’ai signé sur Ascetic presque naturellement. C’est comme lorsque tu cherches quelque chose et avant même d’y avoir réfléchi et élaboré une stratégie, l’opportunité se présente. J’avais juste cette vague idée de signer en dehors des Etats-Unis et ça s’est fait. Aujourd’hui, les choses prennent plutôt bien puisque l’album est bien accueilli et le disque distribué un peu partout dans le monde aussi bien au Japon, qu’en Australie, en Angleterre ou en Allemagne. J’avais pu voir le travail qui avait été fait sur un album de Insight qu’ils ont sorti et j’ai vu que le disque était référencé partout. L’album arrivera aux Etats-Unis à la rentrée. Je trouve que les choses vont dans le bon sens.
Sur «4 More years» tu es très critique vis-à-vis de Bush. Pour toi, où vont les Etats-Unis ?
Le conflit s’enlise en Irak. C’est un deuxième Vietnam. La situation du pays ne va pas mieux. Comment expliquer Katarina d’un côté et le conflit en Irak de l’autre ? Aujourd’hui, c’est toute l’irrationalité de la politique de Bush. La politique intérieure est catastrophique. Aujourd’ hui, les acquis sociaux se réduisent comme une peau de chagrin. Katarina a montré l’échec du système fédéral américain. Mis a part l’élan de solidarité nationale, rien n’a été fait économiquement et politiquement pour répondre à ce sinistre. Pendant ce temps des milliards de dollars sont votés et alloués par le congrés pour soutenir des opérations en Irak qui enlise le conflit et met le feu au poudre au Moyen Orient. Je pense et j’espère que les démocrates vont passer. Il est impossible aujourd’hui pour les Etats-Unis de soutenir les conneries qui sont faîtes au niveau de la politique extérieure parce qu’économiquement c’est un désastre. Politiquement, c’est un cul-de-sac. Et éthiquement, c’est une insulte permanente au reste du monde.
Ear Blaize a produit plusieurs sons, enregistré, mixé et réalisé l’album. Quels sont tes liens avec les membres de Antipop ?
On se connaît bien avec Sayiid, et Priest. Je n’ai pas vu Beans depuis longtemps et je le connais moins. Je respecte leur démarche avec Antipop et j’aime profondément ces gars-là mais travailler avec Earl Blaize supposait déjà qu’on m’associe à Antipop, et je ne voulais pas. Leur démarche était plus expérimentale. La mienne est plus directe, plus versatile et en même temps plus fondamentale. Le travail de Earl n’a pas été le même. On retrouve ça et là des marques de fabrique mais la distinction me paraît évidente. Après, il n’est pas exclu que nous collaborions maintenant que cet album est sorti. En fait, on se connaît tous parce que nos parcours respectifs nous ont mené régulièrement à la croisée des uns et des autres. C’est un petit milieu d’une certaine manière. Je connais par exemple Mike Ladd depuis ces débuts. Même chose pour Sha-Key et les mecs d’antipop. Wordworth, Non Phixion, Big Juss et Len, Mr Complex. Juggaknots, ce sont des mecs que je cotoie depuis des années. Nous sommes tous arrivés vers 95-96 voire 97.
Pourquoi ne pas avoir invité M Sayiid, Priest ou même Beans sur ton album ?
Pour cet album, je ne voulais pas qu’on établisse un raccourci avec Antipop Consortium. J’aime leur travail, leur vision et ce qu’ils sont aussi bien humainement que ce qu’ils font artistiquement mais je ne voulais pas qu’on dise : “tiens, il y a un gars de la galaxie Antipop qui vient de sortir son album.” Je voulais éviter les amalgames. Earl Blaize n’a pas travaillé de la même manière pour moi que pour Antipop ou Sha-Key. Son travail s’adapte. Il n’a pas de recettes pré-fabriquées. Les membres d’Antipop cherchent à confronter les limites. Il y a un côté plus froid, plus électronique. Je suis plus conventionnel d’une certaine manière, plus classique. Mais je vais chercher a être plus direct aussi. Pour Sha-Key, Earl va chercher à être plus thêatral. Il va y avoir un côté plus «space opera».
Avais-tu d’autres featurings que ceux qui sont sur l’album ?
En fait sur l’album, on retrouve Sha-key et Tony Bones mais j’avais pensé aussi à un moment inviter Talib Kweli et Pharoe Monch que je connais. Avec Pharoe, c’était compliqué parce qu’il avancait sur son album en parallèle et Talib, on n’est pas vraiment arrivé à se capter. Et puis j’aurais aimé inviter mon vieux pote Breez de Junganotts et Mr Complex mais ce sera pour le prochain.
Sha-Key est une figure incontournable de la scène slam. Comment tu as intégré son collectif les Vibes Kameleonz ?
Earl Blaize travaillait déjà avec elle. Et puis, c’était l’époque des open mic et des soirées spoken words au Nyurican Poets Cafe. Mike Ladd et Sha Key étaient déjà des figures de cette scène. Priest commençait. C’est là qu’on s’est plus ou moins connus. Saul Williams a aussi débuté sur la scène du Nyurican. Sha Key et Earl ont travaillé ensemble sur la réalisation du premier album et c’est à ce moment que j’ai intégré le collectif de Sha Key. Sha Key a fédéré pas mal de monde comme elle est à la fois MC et chanteuse. Elle était la jonction dans Vibes Kameleonz entre moi qui était vraiment un MC et Jasiri, Mums et les autres qui étaient poètes.
Tu es proche de Mr Len, est-ce qu’une nouvelle collaboration entre vous deux est prévue?
On parle toujours de faire des trucs ensemble mais plus pour le kiff de faire des morceaux et de délirer. J’enregistre constamment de nouveaux morceaux même si je mets du temps à sortir des albums. Mais il est vrai que Mr Len est aujourd’hui moins investi. Donc je ne peux pas dire que dans les mois à venir, il y ait des choses qui sortent. A un moment, il était question qu’on fasse un album ensemble assez dur et up-tempo. Nous avions enregistré pas mal de morceaux. J’ai jamais aimé démarché. Warp était intéressé et Len avait de bons contacts. Et puis Mr Len s’est lancé dans l’aventure de son label. Ce qui lui a pris pas mal de temps et d’énergie… Et moi, j’ai commencé à attaquer l’album. Mr Len est mon pote donc je serais toujours prêt pour qu’on travaille ensemble.
On parle d’une éventuelle reformation de Company Flow. Qu’en penses-tu ?
Company Flow est un groupe majeur. Après, je ne suis pas partie prenante dans cette affaire mais je pense que c’est une bonne chose qu’un groupe comme cela puisse reprendre de l’activité. Ils ont su montrer qu’il était possible d’ouvrir la voie à une autre forme de hip-hop plus radical et novateur. Leur slogan «Independant as fuck» n’était pas qu’un gimmick et ils l’ont montré en solo que ce soit El-P avec Def Jux, Bigg Juss avec Subverse ou Len avec son label Smacks rec.
Qu’est-ce qui caractérise «The Bang theory» ?
C’est un album versatile qui est pour moi une parfaite jonction entre deux époques et deux mondes qu’on veut toujours opposer et confronter. C’est d’une certaine manière le grand écart entre Brand Nubian et N.E.R.D. On retrouve à la fois un clin d’oeil au Golden Age du rap, une époque ou MC voulait vraiment dire quelque chose mais sans fausse nostalgie. Et puis de l’autre, il y a une vraie ambition de faire bouger les gens, de rester fidèle au structure rap en y incorporant une touche électro, des intonations un peu dancehall. Au niveau des textes, c’est un kaléidoscope d’ambiances. Ca peut parler de Hip-Hop comme de rue sur «20 and 1», de politique comme sur «4 more years» sans chercher à ratisser large et avec l’exigence du fond et du flow… C’est un album fidèle à la notion d’ «edutainment». Pour moi, underground ne veut pas dire faire des rimes sur les soucoupes volantes avec des beats tordus.
Qu’est-ce que tu écoutes en ce moment ?
Je trouve que The Clipse ont fait un très bon album. J’attends Kayne West. Je trouve que c’est quelqu’un qui a su être charnière justement en ramenant du fond, de la forme, de l’image, du texte et qui aujourd’hui est un bon contre-poids commercial au sud. Je n’ai rien contre le sud. Pour moi Ludacris est dope mais il permet de montrer qu’il peut exister autre chose. Outkast sont un autre exemple d’artistes qui dépassent le clivage underground et mainstream et qui font juste une musique inventive. Et, puis j’ai écouté l’album de mon pote Pharoahe Moch et c’est un très bon album.
Propos recueillis par Andrew