
Deux profiles atypiques pour un groupe qui a su attendre le nombre des années avant de sortir de la scène hip-hop régionale. Melodramatic, originaire de Washington DC, répondent aux questions légitimes d'un chroniqueur en herbe.
Los et Rosko vous formez à vous deux Melodramatic, qui visiblement crée la sensation en ce moment, suite à votre album. Mais avant de réellement commencer l'interview, j'ai une question qui me turlupine : comment on passe de 10 ans de violons et de jazz à du hip-hop d'une aussi bonne qualité que le votre ? Vous rappiez pendant les pauses au conservatoire ?
Rosko : Le Jazz et la musique classique étaient les seules formes de musique qu'on pouvait étudier à l'école. Paralèllement, pendant ces années, on a joué dans un groupe de go-go pendant 6 ans et on est dans le hip-hop depuis à peu près 11 ans.
Los : Le violon a entrainé mon oreille quand j'étais jeune. Et mon père m'a toujours encouragé dans la musique. Ca a aidé quand il s'est agit de la musique de Melodramatic. Et tu entendras toutes ces influences tout au long de notre musique. On essaye pas de faire du hip hop, c'est juste un moyen d'expression.
On vous a découvert en France avec le 12'' Melodeez. Les morceaux présents sur ce vinyl ont-ils été composés dans la même période que le reste de l'album ?
Rosko : Oui. En fait, on a tout fait pour l'album à peu près au même moment, mais Melo Deez et Watchu Wanna Do Now sont les premiers sons qu'on a finalisé, parce-que bien sûr on s'est donné plus de mal. Aussi, Melo Deez a un feeling et un son différent, et Watchu Wanna Do Now a ce son de la rue que tout le monde recherche.
Ce maxi était votre première expérience discographique ? Comment cela s'est-il passé, pas trop dur de sortir en indé ?
Los : Melodeez est le premier single extrait de l'album. On a sorti un EP il y a deux ans, ''Sapphire Visions'' qu'on a un peu vendu sous le manteau. C'est clair que c'est le parcours du combattant pour sortir un album en indépendant.
Rosko : Putin ouais. Ca nous a pris pas mal de temps, d'effort et de recherche pour faire cet album, et crois moi, cette partie là du business est pas marrante.
Petite déception sur votre album : il n'y a aucun featuring ou presque. C'est votre background musical classique qui fait peur aux autres emcees de votre neighborhood ?
Los : On ne voulait pas avoir d'aides pour notre premier album. On doit d'abord faire nos preuves et monter ce qu'on peut faire. C'est la fondation de Melodramatic. Mais dans l'avenir, tu verras plus de collaborations du point de vue de la production et des lyrics.
Rosko : Quand on enregistrait l'album, on avait l'impression que un album sur deux avait une foule de gars dessus. C'est pas une question d'ego, mais on voulait que notre premier album soit un album où on puisse vraiment briller par nous même. Néanmoins, on a fait des featurings avec des mecs de notre crew, alors on a mis deux membres de L-Corp sur le morceau 13, Unspoken Gospel.
Le LP est vraiment trés abouti, on le sent assez rapidement à l'écoute. Comment vous êtes-vous organisé : les textes puis les instrumentales, ou l'inverse ?
Los: On écrit d'après les beats et on traffique ensuite les beats pour qu'ils s'adaptent aux rimes.
Rosko: Ensuite on a une sorte de maquette. Après la maquette, on écoute et on critique.
Los : Tous les changements que t'entendras dans les sons ont un but spécifique. C'est pas des beats surchargés pour montrer à quel point on est complexes et scientifiques.
Il y a quelques samples Chinese Style. Vous les avez vous-mêmes joué ?
Los : Non, c'était des samples qu'on a traffiqué à notre manière. On s'efforce d'avoir l'esprit universel. Melodramatic est là pour faire une fusion de tous les univers, et la musique des cultures asiatiques est si belle qu'on se devait de l'incorporer.
On y rencontre également d'autres influences musicales, quelles musiques écoutez-vous pour créer des sons ? Quelles sont vos influences ?
Rosko : Pour avoir le bon feeling pour écrire, il y a trois références vers lesquelles je me tourne à chaque fois à savoir Illmatic, Midnight Marauders, et Only Built For Cuban Linx. En ce qui concerne les artistes qui m'influencent, je dois avouer que je n'écoute plus trop de hiphop. J'écoute surtout du dancehall. Bounty Killa, Capelton, Sizzla, Baby Cham, etc.
Los : J'écoute pas mal de Radio Head en ce moment. J'aime bien le hip-hop des années 88-93. J'adore John Coltrane et les compositeurs romantiques comme Claude DeBussy. J'écoute aussi les musiques traditionnelles qui viennent des autres pays.
Vous avez exercé dans Exctasy, un groupe de Go-Go. Pourriez-vous nous présenter votre vision de ce style de musique, assez méconnus en France sauf par les puristes.
Los : C'est la musique locale de Washington DC. On y utilise pas mal de percussions comme les congos, timbales, cowbells.
Rosko : La Go-go n'a pas le succès qu'elle mérite. C'est assez hardcore et underground dans le genre.
Los : Tu peux écouter des groupes comme Backyard ou Junkyard sur Napster, si tu veux un petit aperçu.
J'ai lu sur Rebirth Mag que votre album était de la même carrure que Binary Star. Vous êtes honoré par une telle comparaison ? Justement, quels sont vos modèles dans le hip-hop ?
Los : J'ai beaucoup de respect pour Binary et c'est définitivement un honneur d'être comparé à eux. Sinon je m'inspire aussi de Tribe, Outkast, Dr. Dre, Eminem, Hiero, etc. En fait, tout ceux qui innovent.
Rosko : Scarface, Devin, Mobb Deep, Master P.
Vous faites pas mal de scène ? Quel feeling avez-vous avec votre public ? Plus calme ou plus histérique qu'au temps de la Go-Go music ?
Rosko : On prépare une tournée East Coast pour 2001. On s'excite pas mal sur scène pendant notre performance, et ça fait bouger le public. On fait aussi beaucoup participer le public pendant les shows. Et ça, ça nous vient de la Go-go où y'a pas mal de complicité avec les gens...
Los : Ouais, on a vraiment incorporé cet aspect sauvage et direct du Go-Go mais on est encore plus dynamique maintenant. Le fait de jouer en ''live'' nous donne beacoup de plus flexibilité. On est en phase avec le public et il participe d'autant mieux.
Dans vos textes, vous voulez nettement vous démarquer de la dérive du rap US actuel. Quels sont groupes que vous détestez le plus ?
Rosko : J'aime pas trop les artistes comme Mos Def, Lil Bow Wow, Mystical, ou encore Silk the Shocker.
Los : Il n'y a pas d'artistes que je déteste complètement à proprement parlé. Mais je n'aime pas trop les emcees qui donnent des leçons et les merdes du style thug-slash-pimp commercial. Par contre je kiffe pas mal ce qui se fait dans les autres pays, parce qu'ils apprécient la musique à un niveau plus élevé qu'ici.
Aprés un album de ce niveau, on vous attend au virage. Quels sont les projets en cours et à venir ? Des concerts de prévus ?
Los : Melodramatic est sur le point de retourner dans les labos pour vous préparer un autre album. Je travaille actuellement avec une chanteuse. On pense faire sortir pas mal d'artistes de profiles différents sur L-Tight Records. Attendez-vous à du reggae et de la drum and bass, dans un future proche. On travaille également sur une tournée en Europe pour l'été prochain.
Rosko : En ce qui concerne Melodramatic, on veut être spur que le prochain album soit un truc carré qui capte l'attention de tout le monde.
Le mot de la fin : autre chose à ajouter ?
Los : Gardez votre esprit ouvert et ahcetez l'album si c'est pas déjà fait. Peace !
Rosko : Big up à l'Angleterre et l'Europe, on y sera dans pas longtemps, Aight...
Propos recueillis par Mike