Kabal
Le rap au théâtre, ce n’est pas une fiction. C’est même une belle aventure à laquelle participent en ce moment Spike (Antagony), DJ Toty et D’ (Kabal) à travers Malcolm X, une pièce écrite et mise en scène par Mohamed Rouabhi. Rencontre à Lille à avec ces rappeurs hors normes pour en savoir plus sur cette expérience inédite et faire le point sur leurs groupes respectifs et leur collectif Perturbation.


Pourquoi avoir choisi de monter sur les planches ?

Spike : Pour diverses raisons. Comment dire... Déjà pour un groupe de rap, nous, avec des guitares électriques, on casse des barrières.

D’ : c’est sûr que pour un groupe de rap, faire du théâtre... mais bon, la première démarche pour nous, c’est de parler aux gens. Après, le format, ce sont les médias qui font le relais de l’information qui s’occupent de mettre des étiquettes. Donc il s’trouve que Malcom X c’est du théâtre et puis voilà...

Mais c’est le lieu où ça passe qui peut choquer...

D’ : Tu sais, entre jouer dans une cave pour 15 personnes qui boivent de la bière ou jouer devant 200 personnes dans un théâtre, c’est deux aspects différents mais après c’est à toi de choisir.

Vous n’avez pas l’impression de rendre le rap politiquement correct en l’amenant dans une salle de théâtre, devant un public de théâtre ?

Toty : tu sais le rap, c’est pas une étiquette avec des règles et une loi bien précises.

Spike : La première chose que je te dirais, c’est que ce qu’on fait, c’est pour le peuple. Que se soit un public de théâtre, de hip-hop, pour nous ça n’a aucune importance.

D’ : Justement, je crois pas que tu ailles dans le politiquement correct parce que là, tu t’adresses à des adultes.

Spike : Pour moi le faux politiquement correct, c’est le rap qui s’adresse aux gamins de 15 ans. J’pense que pas que tu dois être jugé sur ton travail par rapport aux gens qui l’écoutent. De ce coté là, c’est comme en concert, on parle de la même façons à tous les gens. Justement à propos de Malcolm X, je ne pense pas qu’on puisse qualifier de politiquement correct les propos qui sont dits.

Et si on vous demandait de rapper dans Martin Luther King, vous le feriez ?

Spike : Pourquoi pas, ça dépend. De toute façon, que ce soit King ou X, ce sont des mecs qui ont un parcours intéressant.

D’ : Tout dépend comment c’est fait et de ce qu’on ressent...

Est-ce que personnellement, à part Malcom X, y a un personnage vivant ou mort que vous admirez ?

D’ : Moi perso, j’aime bien Spike et Toty. J’te jure c’est vrai.

Toty : Moi j’suis pas du genre à fanatiser quelqu’un -ni un politicien ni un groupe ou quoique ce soit. Y en a que je vais peut-être admirer plus que d’autres, d’autres que je vais détester, mais en aucun cas en mettre un en avant et dire que c’est ça la solution.

Et après Malcom X, vous avez des projets ?

D’ : Malcom X, ça nous occupe jusqu’en mai et après, on a plein de projets mais puisque c’est des projets qui aboutissent pas tout le temps, on n’en parle pas... Si, le gros truc quand même, le vrai de vrai, ça va être la sortie de l’album du collectif Pertubation, avec Kabal, Antagony, Autopsie... qui va voir le jour en septembre 2001.

Spike, tu peux nous parler un peu de ton groupe stp ?

Spike : c’est Antagony, avec Kass et Spike. On bosse aussi avec des DJs... Mais on a encore rien sorti pour le moment.

Ok et Kabal ?

D’ : C’est un partie de nous. Là, il manque Djamal, Professor K, le batteur... Après ''La Conscience s’élève'', on a sorti l’album ''Etats d’âme''.

Pourquoi vous êtes partis d’Assassin Prod ? Y a eu une embrouille ?

D’ : Non non on n’est pas parti. C’était convenu. Après la tournée avec eux, il avait toujours été clair qu’on autoproduirait notre album. On a travaillé avec eux, on a fait une tournée ensemble et puis ils nous on proposé de sortir un EP, c’était un intermédiaire entre la tournée et l’album... Non non y a pas eu de claquage de porte ou quoi que ce soit.

Votre avis sur Touche d’Espoir ?

D’ : Je préfére en parler à Squatt avant de t’en parler... De toute façon Assassin, même si tu ne kiffes pas le travail, c’est des groupes comme NTM qui ont une très très forte histoire. Ils ont un parcours et ils représentent quelque chose. A partir de là, je pourrais pas casser du sucre sur le dos d’Assassin. Après ça dépend des goûts, moi y a des morceaux sur lesquels je me retrouve et d’autres pas, mais c’est un groupe qui a une vraie histoire et ils sont encore là.

Pourquoi on voit si peu Kabal sur scène ?

D’ : On a pas mal tourné pourtant.

On murmure que vous tenez à rester très discrets parce que vous appartenez à une secte qui condamne tout ce qui est photos, interviews...

D’ : *rires*

Spike : Mais docteur quelle est cette secte ?
D’ : A propos de cette histoire de secte, je ne dis pas oui, je ne dis pas non, on va maintenir le mystère... La suite dans le prochain album !

Toty : Tu vois il y a des interviews qu’on a refusé, la tienne on l’a accepté et voilà. Tu vois ça marche un peu à la vibe, au moment, à la manière dont tu t’y prends, aux questions que t’as à poser, tu vois c’est un tout...

D’ : Pour toutes les interviews, on exige une relecture de nos propos avant publication.

Pourquoi ? Vous avez déjà eu des problèmes ?

D’ : Tu vois on arrive jamais bourrés à nos interviews donc on sait ce qu’on dit, mais y a beaucoup de propos déformés.. On estime que c’est la moindre des choses d’avoir le droit de relire avant.
Spike : Pour la photo et l’image, c’est la même chose. Perso je préfère pas être pris en photo, maintenant le mec qui va prendre sa photo, je vais pas lui courir après et lui foutre des marrons parce qu’il prend des photos.

Mais c’est ton choix ou c’est un ordre de ta secte ?

D’ : Sur cette question de l’image, rien qu’au sein du collectif, les avis divergent . Moi hors de question que je pose là, dans le bar, comme ça. A la limite sur scène c’est différent...

Toty : Après si on accepte, c’est la porte ouverte à n’importe quoi : après tu te retrouves à faire que de l’image, t’oublies le son... Et à la base, faut pas oublier, on fait de la musique. Donc l’image on ne cherche pas tellement à la cultiver. L’album ''Etats d’âme'', tu vois, c’est pas des gueules.

Vous n’avez pas l’impression qu’il y a une contradiction entre cette attitude et le fait de chercher à vendre un album ?

Spike : Non, tu vois on ne cherche pas à vendre, on cherche juste à ce que notre album soit disponible, qu’il soit à la portée de celui qui veut éventuellement l’acheter. On ne veut pas imposer. Je serais contre un matraquage radio par exemple. Passer en boucle à la radio, ça me ferait chier. Ce serait un bourrage de crane et c’est pas logique.

D’ : C’est déjà arrivé qu’on passe sur des radios, des radios de province ou radios campus (Lille), mais il y a des limites entre la promo, c’est à dire informer les gens que le truc est sorti, et le matraquage, c’est à dire prétendre que c’est le meilleur, qu’il faut absolument l’acheter.

Quelles sont vos principales influences musicales ?

Tous : Supertramp, Eddy Mitchell, U2, Nana Mouscouri, Mireille Mathieu... etc.

Hey Mister DJ, t’écoutes du trip hop ?

Toty : Ben curieusement non... y a pleins de gens qui viennent me voir en me disant ''Trip Hop, Drum n' Bass'', ben non, moi j’suis pas la dedans. Je suis rap, soul, funk, jazz, certains trucs de classique...

Vous écoutez quoi comme rap français ?

D' : Faf la Rage, La Rumeur...

Toty : Moi j’suis toujours rap ricain. Le rap français, y a des rythmes que j’aime bien, mais j’ai encore un peu de mal. En fait, j’kiffe tellement le ricain que...

Spike : Ärsenik et aussi bizarre que ça puisse paraître Doc Gyneco.

Toty : J’tiens à le dire, son truc là, c’est vraiment personnel hein...

Spike : Tu vois pour moi, ''Dans Ma Rue'' c’est un des morceaux le plus hardcore que j’ai jamais entendu...

Et la break dance ?

Toty : Moi j’ai commencé comme tout le monde, avec H.I.P.H.O.P. C’est marrant, ça c’est perdu un peu en France. A l’heure actuelle, il y a seulement 2, 3 groupes assez connus. Ca se perd quoi. Aujourd’hui, il y a très peu de danseurs mais y a pleins de mecs qui rappent.

Internet et vous, ça fait combien ?

Spike : Perso Internet j’suis pas du tout du tout dedans mais c’est un bel espace. Faudra se l’approprier. Moi j’laisse encore un peu de temps, je sais que c’est pas encore tout de suite que ça se passe. Y a des choses à faire mais faut attendre un peu.

A quand le site de Pertubation ?

Spike : Pas tout de suite. Déjà faut qu’on trouve les personnes qui le feront et après faut l’entretenir.
D’ : En tout cas j’espère que c’est un terrain qu’on ne laissera pas vierge...

J’ai cherché Kabal sur le net et c’est pas brillant...

Spike : Moi j’ai tapé Antagony, j’suis tombé sur un truc assez bizarre, je te dirai ça plus tard...

Vous n’avez pas peur qu’Internet rime avec mort du CD et des producteurs ?

Spike : Quand la cassette est sortie, tout le monde a flippé... Maintenant tu peux graver sur cd en plus de sur cassette mais c’est le même système...

D’ : Moi je crois à la musique par le net. Et ça risque de faire mal aux grosses majors... Mais je pars du principe que quand un gars veut ton album, il l’achète et voilà.

Ouais mais c’est reuch...

D’ : Bien sûr, il faut qu’il sélectionne.

Et Public Enemy qui sort son album en exclu sur le net ?

Spike : Je trouve ça génial, ça veut dire qu’ils niquent carrément les maisons de disques... Les produits vont directement chez le client, c’est mortel...

Des trucs à rajouter ?

Tous : Ouais, Pertubation 2001 !!!


Propos recueillis par Pamsiste