Fonky Family
De passage à Lille à radio Campus pour la promotion de ''Art de rue'', la Fonky Family est rejointe par Pamsiste pour un petite interview. Menzo ayant raté l'avion, c'est Sat, Don Choa et Djel qui ont répondu à nos questions parfois titilleuses...


Peu avant la sortie de l'album, vous aviez déclaré : ''On a envie que les gens nous prennent au sérieux une bonne fois pour toute, soit ça passe soit ça casse.'' Alors aujourd'hui ?

Sat : Il est encore trop tôt pour le dire. L'album est sorti depuis même pas une semaine donc il faut attendre avant de tirer des conclusions. On pourrait être assez heureux parce qu'on entend comment les ventes se comportent et ainsi de suite tu vois ? Ca nous fait plaisir parce que les gens ont répondu présents à l'appel dès le premier jour de la sortie mais à côté de ça, il faut voir sur la durée, il faut que les gens prennent le temps d'écouter le disque et qu'ils se rendent compte de ce que ça vaut. On dit souvent que le deuxième album est plus important que le premier parce qu'on nous pardonne moins les erreurs et c'est là qu'on juge vraiment si c'était un coup de bol sur le premier ou si y a vraiment un travail derrière. Donc ça passe ou ça casse dans le sens où soit les gens nous créditent une fois de plus de leur confiance et on avance sans se poser de questions soit ça casse, et là il faudra se poser des questions. Pour autant, la musique on la fait pour nous, c'est notre passion, notre plaisir avant tout. Qu'on prenne notre pied, c'est le but premier. Après que les gens aiment ou détestent, le but c'est de ne pas laisser indifférent.

Avec un album intitulé ''Art de Rue'', vous n'avez pas peur des étiquettes bidons ? Le rap ça vient de la rue, du rap de rue pour la rue...

Don Choa : Le rap est parti de partout, simplement c'est un art de rue parce qu'au début on faisait ça sans matos. Même si après il y en a besoin comme pour le DJing, c'est juste pour dire d'où ça vient, on n'est pas limité, le Hip Hop c'est large maintenant.

Sat : Mais tu sais quand tu fais un morceau, tu te dis pas : ''Il faut que ce ne soit écouté que par les gens de la rue.'' Il faut que ça s'adresse à l'Homme, à l'humain, il faut que ça s'adresse au coeur. On véhicule de l'émotion à travers notre musique, à partir de là on ne contrôle pas jusqu'où ça va. Tu fais de la musique pour qu'elle soit écoutée par le plus grand nombre. Aujourd'hui les gens prennent le train en marche, ils prennent ça comme un phénomène de mode, une tendance, une façon de parler ou de s'habiller mais c'est beaucoup plus profond que ça ! A la base il y a tout une culture, tout un mouvement derrière et on voulait ramener tout ce côté là aussi. Rappeler que le rap, ça vient de la rue.

Mais justement, c'est un pléonasme ''rap de rue'' !

Don Choa : C'est vrai que c'est un pléonasme mais peut être que maintenant ça ne va plus trop être la peine de dire ça : c'était surtout un hommage au Hip Hop que l'on voulait donner. Les disciplines étaient plus liées, les taggeurs allaient dans les concerts, les danseurs pareil. On n'est pas là non plus à dire que l'on va ramener l'esprit du début mais c'est un hommage à tout ceux qui le pratiquaient, qui l'appréciaient.

Et vous avez pas peur de la concurrence avec le ''R'nB de rue'' ?

Don Choa : ''Hoho hoho ho hooo !'' J'ai fait le remix de ce morceau mais ils ne le jouent pas à la radio, tu l'as pas entendu ? *Rires*

Sat : C'est complémentaire, y a pas de concurence. Que chacun fasse ses projets et que les gens arrêtent de regarder ce que fait l'un, ce que fait l'autre sans se soucier du reste... et c'est comme ça que les choses avanceront.

Est-ce que le point commun justement entre vous et Matt, ça ne serait pas d'être deux produits Skyrock ?

Sat : Je suis le produit de ma mère, pas de Skyrock ! Mais pour autant je suis content de nous entendre sur Sky.

Don Choa : Alors parce qu'on passe sur Skyrock, on est des produits ? Skyrock c'est une radio, pas des producteurs. Ils nous passent, on ne va pas cracher dans la soupe. C'est la seule radio nationale qui passe du rap...

Sat : Quand il n'y en avait pas les gens se plaignaient et maintenant qu'il y en a une, ils se plaignent encore. Ca m'énerve !

Djel : Il ne faut pas en vouloir aux grosses radios car si elles n'étaient pas là, il n'y aurait pas autant de business dans le rap peut être. Pour l'instant il y a plus de radios indépendantes parce que la France n'ouvre pas ses portes à d'autres ondes hertziennes. C'est pas le problème de Skyrock, Skyrock est là, il faut s'en servir comme un outil de travail. Au niveau du public qui est derrière notre disque, ce sont vous les premiers (les radios indés) mais ça on ne peut pas le crier tout le temps. ''Les vrais le savent'' comme l'ont dit certains. C'est un outil comme Radikal... même si c'est pas un magazine terrible. Par contre, Get Busy c'est un très bon magazine... même la nouvelle version.

Quel regard vous portez sur votre album ? Vous jugez qu'il y a une certaine continuité par rapport au premier ou au contraire une rupture ?

Don Choa : C'est un bon produit Skyrock ! *Rire jaune*

Sat : Moi je l'aime cet album. C'est un sentiment humain, je ne peux pas demander à quiconque de le partager en même temps que moi, de ressentir les mêmes choses. Quand on fait nos trucs, on ne sait pas ce que ça va donner, les gens le prennent comme ils veulent, chacun à sa sauce. Il y a de la continuité par rapport au premier et une rupture aussi. Disons que l'on a continué sur notre voie sans pour autant rester penché sur notre passé. On n'allait pas sortir ''Si Dieu veut nº2'' avec les mêmes instrus. On a trois ans de vécu supplémentaire.

Au niveau des sons justement, il y a une continuité dans le choix de l'ingénieur Mario Rodriguez, il fait partie de la famille maintenant ?

Sat : Au sens large du terme oui. Il s'avère que quand ça se passe bien et qu'il y a un respect mutuel et réciproque entre les personnes, il n'y a pas de raisons de ne pas continuer l'aventure. Il nous apporte son point de vue de la musique, sa connaissance des machines, sa technique. On sait où on veut en arriver avec un morceau et lui c'est un peu une passerelle entre notre cerveau et ce qui sort des enceintes. Je me suis beaucoup plus investi sur cet album que sur le premier, je me suis intéressé au mix... sur le premier, je ne l'avais même pas calculé le mix.

Et est-ce que ''Les rues électriques'' de La Caution vous inspire tant que ça ?

Don Choa : Ceux qui disent ça n'ont qu'à écouter notre freestyle de Cut Killer en 98, je le faisais le refrain : ''B Boy, DJ, Graff''. Je préfère qu'ils viennent me voir en face pour qu'on règle ça, en face.

Djel : La question on nous l'a déjà posé dans Radikal...

Don Choa : Et tu sais quoi ? Le journaliste qui nous a posé cette question, c'est le manageur de La Caution. Et quand il nous a posé la question, il ne nous a jamais dit qui il était. Il a dit : ''J'ai entendu comme ça...'' C'est en face que l'on voit qui est l'homme...

Sat : Pour que les gens qui ne sont pas au courant comprennent, j'explique : nous on fait un morceau, on nous dit : ''Tiens, votre morceau ressemble à un autre morceau'' qu'on ne connait pas. On n'est pas des bibles du rap Français, pas des encyclopédies non plus.

Sat, beaucoup de gens pensent que tu es le MC le plus complet de la FF comme tu l'aurais démontré sur Original Bombattak (les impros), tu assumes ce rôle de leader ?

Sat : Ahhh foutaises ! *rires* Il n'y a jamais eu de leader, la FF c'est huit personnes, tu enlèves un membre et ça ne tient plus debout. C'est comme un canard boiteux d'un seul coup. Je vais me faire coller cette image parce que je me colle beaucoup à la promo tu vois, parce que mes gars me déleguent une part de responsabilités là dedans, ils me font confiance. Sat sans la FF, ça serait une petit merde aujourd'hui. Je sais à qui je dois tout ce que j'ai, ma mère et la FF.

Le Hip-Hop est une drogue pour vous, vous en avez d'autres ?

Don Choa : Le shit c'est une sale drogue. On parle des fois des bons côtés mais il y a aussi beaucoup de mauvais côtés dont on s'est aperçus. T'as vu, pour nous c'est facile de dire ça ! T'as vu les mecs qui se lèvent à midi... A la limite on peut dire que l'on peut se le permettre, on est entre collègues mais après...

Sat : Pour autant, j'aime toujours fumer mes joints d'herbe, mes joints de polène. Ma femme c'est ma drogue si tu veux savoir. La console j'ai calmé, quand j'habitais encore chez ma mère, je passais la nuit dans ma chambre comme un vampire à faire des matchs et des championnats !

Vous êtes présents sur la compilation contre le sida de King Jaid, ''Sur un air positif''. En quoi c'était important pour vous ?

Don Choa : Oui on est concerné depuis qu'on a l'âge. On nous dit : ''mets des capotes'' comme tout le monde. On ne connait pas la maladie, on voit les effets que ça a eu sur les comportements. Maintenant c'est différent aussi. Les jeunes pensent que ça y est c'est fini, que c'était avant mais je ne crois pas que c'est passé. En vérité chacun est face à ses choix en vérité, au moment de tac ! Il n'a pas le disque dans les oreilles, on n'est pas là non plus pour lui dire.

''Si la FF était un seul mec, il aurait les couilles en or, le truc c'est qu'on est huit'' Est ce qu'il y a des projets solos pour favoriser des rentrées d'argent ?

Sat : Non, ça ne sera pas pour le pognon qu'il y aura des solos mais pour le besoin, des envies avant tout. Les temps évoluent, les besoins ne sont pas les mêmes qu'avant, il y a aussi peut être pas autant d'urgence. Je gagne du pognon grâce au rap, je suis pas à l'abris, je loue un appartement et j'ai pas de voiture. Je veux mettre ma famille à l'abris, si je veux fonder un foyer, il faut que je gagne de l'argent pour eux et je ferai tout pour en gagner que ce soit dans la musique ou autre chose. C'est marche ou crève. Mais si tu as la santé, le pognon et que tu es heureux en amour, c'est déjà pas mal ! Je m'en sors comme monsieur tout le monde mais j'ai la chance de vivre de ma passion et c'est ça la vraie richesse. Je m'estime privilégié.

Pour reformuler, pas d'album solo en prévision ?

Sat : Si, je pense qu'il y a des prévisions dans les esprits mais de là à donner des dates... Là il y a un album ''Art de rue'' et la tournée.

Et la tournée justement, vous avez préparé un show ?

Sat, Don Choa : Des danseuses, des éléphants, des girafes, des mobylettes, une tour Eiffel grandeur nature, des femmes en string... *Rires* On n'a pas encore bien préparé, on est sur la promo. Mais on va se réserver du temps pour rôder un gros show, on va pouvoir s'appuyer sur Djel et son compère Soon de Don't Sleep. Entre temps on va pouvoir jouer sur des morceaux du premier album, de celui du Rat, beaucoup de ''Art de rue'', pas mal de freestyles histoire de rappeler les featurings qui nous ont permis de nous faire connaître aux gens parce que si on est connu comme on l'est, c'est aussi grâce aux featurings. Mais voilà, la FF c'est aussi une globalité, pas juste l'agence Française de featurings qu'on appelle quand il faut un MC sur un disque. On n'est pas des produits Skyrock !!!

A propos d'internet ? Les droits d'auteurs vous préocupent ?

Don Choa : Ce qui me préocupent, ce sont les gens qui ont dit sur internet que l'on avait pompé. Qu'ils aillent tous se faire enculer ! *Rires* Les droits d'auteurs je ne sais pas, honnêtement la musique circule, y'a pas de problèmes.

Sat : Moi ça me fait flipper par contre. Me dire qu'il y a des gens qui vont se faire de l'argent sur mon compte et que moi je ne vais pas prendre un franc de mon propre truc pour lequel j'ai bossé... Je ne fais pas ça pour l'argent à la base mais après, une fois que tu décides d'en vivre, il faut tenir ton business parce que si tu ne t'en occupes pas, il y a des gens qui le font pour toi. C'est comme pour la politique, laisse la faire et c'est elle qui te dirige. Sur 70frs du CD que la maison de disque vend aux magasins, on ne prend un franc chacun donc tu veux que je laisse mon franc ?!!! Je ne suis pas un pigeon.

Don Choa : Il y a toujours eu des copies et un jour un mec est venu avec un CD gravé. ''Tu peux le signer ?'', je lui ai signé, tu peux rien faire contre ça.

Avec www.fonky-family.com (vraiment magnifique soit dit au passage), vous ne craignez pas que l'on s'éloigne de la rue ? Internet MCs ?

Don Choa : Je ne vois pas pouquoi on n'aurait pas le droit de faire ça, quand Obispo et tous ces chanteurs le font, personne ne leur dit rien. Pourquoi les gens de la rue n'auraient pas droit aux mêmes trucs que tout le monde ?


Propos recueillis par Pamsiste