
''Aujourd'hui voilà, le rap, c'est devenu de la phonétique, des gens qui braillent au micro, des morceaux qui tournent pendant 3'30 et au final desquels tu ne retiens rien. Nous, on a voulu dire quelque chose, avec un fond traité de la façon la plus précise et exhaustive qu'il soit''.
Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Kimto : JP et moi, on s'est rencontré en 1987, avant de se mettre à rapper. On a un parcours similaire, c'est à dire qu'on est arrivé la même année en France, lui du Cameroun et moi du Portugal. On a atterrit dans le même quartier. Et puis quand nous avons '' reçu '' ce nouveau phénomène qu'était le rap, nous étions déjà potes, donc nous l'avons vraiment découvert ensembles. Et puis ça fait 10 ans qu'on mûrit l'album, et aujourd'hui voici Le Temps d'une Vie.
10 ans donc pour faire un album
. Est-ce que ''lentement mais sûrement'' pourrait être le proverbe qui définit le groupe ?
Kimto : Oui. De toute façon, il vaut mieux être convaincu de ta démarche, et prendre le temps pour. Et puis, c'est délicat de prendre la parole comme ça, de s'afficher. Nous ne sommes pas nés avec. C'est arrivé comme une passion, et aujourd'hui, on se réalise par le rap. Puis on est issus de l'immigration, et on a mêlé ce qu'on est, d'ou l'on vient, à notre passion qui est le rap. On voulait donc faire un truc propre, personnel, qui ne suit pas la mode hip-hop.
Comment jugez vous l'accueil de l'album ?
JP : On est très satisfaits : on se rend compte que tout ce qu'on a pu se dire pendant qu'on enregistrait l'album ou qu'on faisait des concerts, eh bien tout ça, les personnes qui l'ont écouté l'ont ressenti. C'est à dire que la plupart du temps, les gens comprennent que c'est un album qu'on a voulu faire sur la durée, et non un album qui se vendrait simplement sur trois mois. Ils ont aussi compris pour la plupart le pourquoi de la présence des titres d'égotrip, et des titres plus personnels, et nos remises en questions, comme sur Technique Intellect. Donc super satisfaits
Kimto : de toute façon, on n'a pas menti dans cet album et ça les gens l'ont senti : on n'a pas dévoilé seulement une de nos facettes, comme JP le dit : il y a aussi bien des égotrips que des titres plus rageurs, où l'on s'adresse plus au microcosme du rap, des titres plus universels, qui sont à même de réconcilier les générations avec des morceaux qui peuvent par exemple parler à nos parents.
JP : pour nous, le rap est une musique personnelle. L'important, c'est l'écriture des textes. Le rap, c'est pas un cerveau pour dix. Quand on pense, c'est pour soi. Maintenant, ça peut concerner d'autres personnes, mais avant tout, ça nous concerne. On ne cherche pas à atteindre un esprit militant, à faire de fausse démagogie.
Kimto : on a des choses à cracher. Et on se rend compte, au fur et à mesure qu'on rencontre des gens, qu'il y a pleins de gens que ça touche, alors que pourtant, c'est de nous dont on parle. Et c'est à ce niveau là aussi qu'on est content de l'accueil. Et puis, on est content de la démarche qu'on a, d'aller vers les gens, petit à petit, et d'être convaincus des choses avant de les faire.
Inviter Ekoué et Akh, c'était réunir sur un même album les frères ennemis
Vouliez-vous jouer les réconciliateurs ?
JP : Non, on a une force qui nous a pris dans le rap a un moment donné, et Akh fait partie de ces personnes là. Nous, on a senti qu'il y avait un énorme fossé dans le rap, entre une première génération et une deuxième -la nôtre. C'est pour cette raison qu'on a appelé Akh pour Douce France : à l'époque, il nous a fait ressentir des émotions, et on voulait les retrouver sur notre album, en 2002.
Kimto : C'est surtout que Akh et Ekoué font partie de notre parcours. JP vient de l'expliquer pour Akhénaton. Pour Ekoué, je l'ai rencontré à la fac en 1995, et je n'avais personnellement aucune raison d'avoir des animosités comme celles que Sheryo et Ekoué peuvent avoir avec Akhénaton. Maintenant, il faut savoir qu'on est tous des êtres humains, et que c'est facile de s'égarer dans ce monde de musique. Mais l'important, c'est d'y continuer à débattre, et c'est une chose qu'on fait, autant avec Ekoué qu'avec Akhénaton. Nous, ça nous est arrivé, par rapport à la flamme qu'ont pu nous donner IAM, NTM ou Assassin au départ, quand on avait 15-16 ans, et la direction artistique qu'ils ont pris aujourd'hui, c'est dur à cautionner pour nous. Très dur même. Mais Akhénaton reste celui qui parle à nos parents. Je veux dire, mon père, quand il écoute Akh, il le trouve crédible. Pour toutes ces raisons, c'était vraiment un atout de l'avoir sur Douce France. On est contents d'avoir fait ce titre là, même si on ne cautionne pas pour autant les directions artistiques que les gens prennent aujourd'hui.
JP : notre camp aujourd'hui, c'est La Rumeur, Casey, Ekoué, Sheryo
Ils étaient là à Doon Damage au début et c'est même Ekoué qui nous a fait rencontrer Maurice. Donc notre camp est de ce coté. Maintenant, quand Ekoué parle d'Akhénaton, il parle de la déception qu'il a eue. Il était fan d'Akh a l'époque, et aujourd'hui, il se rend compte qu'Akhénaton se fout de la gueule du monde. Nous, on a eu presque la même démarche, mais dans l'autre sens : on n'a pas voulu l'inviter sur notre album pour que ça fasse le n-ième featuring d'Akhénaton. Non, c'était : Akh, tu viens, il faut que tu dises des trucs, parce que y a des gens qui ont besoin de t'entendre parler de cette manière, plutôt que de t'entendre parler avec des flows ou de la phonétique qui ne mènent nulle part. Aujourd'hui voilà, le rap, c'est devenu de la phonétique, des gens qui braillent au micro, des morceaux qui tournent pendant 3'30 et au final desquels tu ne retiens rien. Nous, on a voulu faire un morceau qui veut dire quelquechose, avec un fond qu'on a voulu traiter de façon la plus précise et exhaustive qu'il soit.
Tout dans votre parcours indique que vous prenez le temps de faire les choses, que vous ne laissez pas de place au hasard.. Que pensez-vous des freestyles ?
Kimto : la compétition peut être saine quand elle rime avec émulation, envie d'exister, d'être toujours meilleur, de progresser. Maintenant après, marcher sur la tête des autres, c'est autre chose
et insulter gratuitement aussi.
JP : tu vois, les freestyles à but commercial, très nombreux en ce moment dans le rap, que ce soit à travers les clashs, les impros
, non ! On n'adhère pas. On sait que les vrais freestyles existent, mais qu'ils ne se passent pas en radio. Du moins pas forcément. Ca s'passe dans le métro, dans le quartier : on met le poste et on improvise. Ca oui. C'est une réelle compétition. Parce que tu as sorti des disques, tu rappes, il y a des jeunes qui te connaissent dans le quartier, donc à toi de leur montrer que tu es toujours là. Y a tellement de groupes qui perdent de leur crédibilité avec le succès, quand ils sont amenés a faire des freestyles et clashs commerciaux ! Ca devient un truc qu'on te jette comme ça, alors qu'une vraie impro, un vrai freestyle, c'est vachement intime finalement, ça doit se passer entre copains, sur un banc ou dans un métro. Le freestyle, ce n'est pas une attitude. C'est pas une manière d'être ; c'est un truc qui sort des viscères. Il faut réellement avoir beaucoup vécu et rappé dans sa tête pour être capable de clasher quelqu'un comme ça, en direct.
Kimto : quand je viens en radio, je ne viens pas pour faire une impro, pour que les gars se disent ''oh il est en forme aujourd'hui, il a fait une bonne impro''. Moi je m'en fous, je sors mes textes, j'ai envie de leur dire des choses ! Je ne suis pas là pour faire na na ni na na na ! A la rigueur, ça, ça appartient peut-être aux cainris, tu vois, ces flows na na ni na na na. En plus, c'est pas dans le caractère de toutes les personnes d'ouvrir leur bouche comme ça. Y en a qui préfèrent réfléchir
Vous êtes donc des hommes de réflexion ?
Kimto : rires
Voilà !
JP : des hommes de réfléxion ET d'expression
voilà le leit-motiv de Less Du Neuf !
''fonction putain de poète''...pour vous, le rap, c'est de la poésie ? Que faites-vous passer en priorité : les lyrics, le flow, le son ?
JP : les lyrics bien sûr, parce que c'est ce qui donne la couleur, la position et le sens d'un album tout entier. S'il n'y a pas un rappeur, c'est un album instru ! Ou bien si il y a un rappeur qui est léger, comme ce qui tourne en ce moment (NdPam : l'instru de Craziest de Naughty by Nature), ça devient tout de suite un truc yéyé, pin-pon, et ça dure pas très longtemps. Si il n'y avait pas de rappeurs qui écrivaient des vrais trucs underground bétons, le rap n'existerait pas aujourd'hui, parce que c'est pas avec les morceaux qui passent tout le temps en radio que je pense que le rap aurait tenu 15 ans.
Kimto : après, l'artistique est propre à chacun. Nous, on a envie que l'artistique accompagne la vie des gens. Si le son passe bien, si le truc est en cohérence avec ce qui est dit, si le tout va ensemble, bah voilà, c'est de la musique, et c'est ça qui accompagne efficacement la vie des gens. On est pas là pour enregistrer des discours politiques non plus hein. On est des passionnés, on est des musiciens. C'est un équilibre. Il ne faut pas que le rap nous aliène, pour pas qu'on soit victimes de toutes les modes, de toutes les tendances du rap. On veut pouvoir faire quelque chose de personnel, on veut que notre rap soit nous.
JP : une revendication qui a un sens
La chance qu'on a, c'est qu'on travaille avec des gens qui n'ont pas eu besoin de la musique pour gagner de l'argent, ils ont 35 ans, ils ont eu un passé que certains rappeurs rêveraient d'avoir, mais voilà, ils ne s'en vantent pas, et aujourd'hui, ils font des sacrifices. Nous, on recherche ça, la vraie vie, et non les exploits que tu fais à chaque coin de rue. Ces exploits là, ce sont des trucs qui ne te font pas dormir la nuit, par expérience, c'est pas rassurant du tout. Que ce soit la personne qui vit de ça ou pour son entourage. Et c'est pas le meilleur exemple à donner pour les gamins et aux mamans qui ont besoin d'acheter des CD de rap pour leurs gamins. '' Moi je fais du rap parce que tous les matins quand je me lève, je vais piquer le sac de la vieille d'à coté ''
Non, c pas ça ! On se doit de donner comme un espèce d'avenir dans ce qui est le rap, dans ce qui est la vie de demain, parce que moi, je ne tend pas à mourir aujourd'hui. Donc si nous on prend le temps aujourd'hui, avec Nico, Doon Damage etc.. c'est parce que ces gens-là nous ont fait comprendre que la vie valait la peine d'être vécue. Nous, avec le peu de vécu qu'on a eu, on l'a compris, et c'est ce message là qu'on veut vraiment faire passer aux gens, qu'on a essayé de faire passer dans l'album, vraiment simplement, en parlant de nos vies
''Je ne tends pas à mourir aujourd'hui'' dis-tu
on a constamment l'impression dans l'album que la mort vous fait peur. A quel moment intervient la religion dans l'appréhension de la mort ?
Kimto : tu sais, on a perdu des proches. La mort, c'est quelque chose que tu côtoies, donc tu y penses souvent, c'est clair. On a beau être très énervés, on a beau avoir toutes les raisons du monde d'en vouloir à tout le monde, mais finalement, parfois, tu te retrouves heureux, à sourire dans des conditions tellement simples, parfois, t'as des trucs qui te reviennent à l'esprit qui t'obligent à tout relativiser. Je sais pas, c'est peut être aussi justement parce qu'on est croyants
on est tout petits, on ne va peut-être pas changer grand chose, mais si on arrive à transmettre un peu de bien, à rester nous-mêmes, à ne pas mentir, et maintenant qu'on a la parole, à ne pas insulter la misère, les gens qui vivent des choses pires que nous, ce sera déjà bien. C'est ça qui est super délicat dans ce rap finalement : c'est arrivé en France comme un phénomène social alors qu'en vérité, c'est qu'une mode importée des Etats-Unis. Et toi, c'est le phénomène social, c'est la prise de parole qui t'a touchée, tu vois, c'est quelque part comment toi, la petite merde que tu es, comment tu peux exister, comment tu peux faire peur, comment tu te retrouves face à des réalités : au début, t'es juste un gars qui écrit des lyrics, tu réfléchis, tu ne fais pas grand chose pour que la terre tourne, mais au fur et à mesure, en grandissant, tu essaies d'être en cohérence avec ce que tu dis, tu essaies de t'intéresser à pleins de choses. Et c'est pas que de a parlotte , c'est aussi une école de vie, c'est là-dedans qu'on a décidé de s'investir, de réfléchir. On a décidé de ne plus faire la Fac, mais finalement, on la fait à travers le rap, dans toutes nos réunions, on mûrit, et c'est ce message qu'il faut véhiculer, c'est pas toutes les conneries genre '' On est des cailleras , on croit pas au futur, on baise tout le monde ''. On ne sauve pas dans ce discours là, on sauve plutôt à s'organiser, à voir comment chaque ville peut s'organiser, comment on peut se mettre en réseau, et dialoguer de quartiers en quartiers dans toute la France. Et on va tout faire pour qu'aujourd'hui, tous les réseaux que le rock a pu créé et a mal géré parce que les tunes et les maisons de disques sont arrivées, eh bien que le rap le gère mieux. Malheureusement, aujourd'hui, le rap tient à Skyrock. Sans Sky derrière, personne ne fait de rap parce que si il n'y a pas de sous derrière, on ne va pas pouvoir en manger. Alors qu'il y a pleins de radios, il y a pleins de gens qui ont envie de bouger les choses, il y a pleins de trucs à créer, pour qu'on est une vraie indépendance, une vraie autonomie, y a pleins de trucs qui pourraient tourner sans qu'on ait besoin de fricotter avec tout ce qu'on montre du doigt. Aujourd'hui, le rap se retrouve avec tous les défauts qu'il pouvait pointer du doigt à l'époque. C'est ça qui fait super mal, qui te donne envie de créer une alternative, de te mettre à côté. C'est pour ça qu'on est à fond avec La Rumeur et Casey, parce qu'ils ont du recul sur ces choses là.
''C'est le genre de trucs que t'écris et après t'es dans la merde pour les rapper''
jusqu'où vous pouvez aller dans l'écriture ?
Kimto : Pour t'expliquer, j'ai écrit ce texte moins d'une semaine après l'enterrement de ma voisine ; c'est un truc qui marque
Après tu sais, le truc, tu le gamberges. Parfois, c'est vrai que tu te dis ''est ce que j'en dévoile pas trop, est ce que je manque pas trop de pudeur ?''. Mais pendant l'enregistrement, le fait de m'être dit la phrase que tu cites avant ma prise, ça m'a libéré, ça m'a permis de finir mon texte, chose que je n'ai pas réussi sur les prises précédentes. Avant, je bafouillais, j'étais trop dans l'émotion.
JP : c'est vrai qu'il y a toujours une certaine pudeur quand on aborde certains thèmes, mais on n'a pas pour autant de réelle limite : on ne va pas se dévoiler, on ne va pas se mettre complètement à nu, sauf quand ça devient vraiment personnel, où là, c'est à chacun et non au groupe de s'imposer des limites. Sans le faire exprès, on réussit presque à avoir une directive qui nous discipline dans le groupe.
Kimto : rapper et pouvoir cracher des trucs comme ça, c'est vraiment une thérapie. Par exemple, JP a pu faire son deuil par rapport à la perte de son père. Quant à moi, j'ai pu cracher mon truc sur ma vision de blanc dans L'Etranger, à une époque où j'avais besoin de me sentir entouré, parce que je sentais qu'on me mettait de coté. Quand j'ai voulu rentrer dans le pera, j'étais un blanc. C'était difficile pour moi à l'époque.
Kimto, tout à l'heure tu disais que Less Du Neuf avait la chance d'être bien entouré
Il me semble que c'est donc le moment de présenter MC Jean Gab'1 qui est là
Gab'1, je te laisse te présenter
Gab'1 : Non, vas-y, fais ton job !
Donc Jean Gab'1, un MC que beaucoup ont découvert sur Les Liaisons Dangeureuses de Doc Gynéco, qui a aussi fait des apparitions sur mixtapes, et dont l'actualité, en attendant l'album, est la présence sur les albums de Less Du 9 et de Fdy Phenomenon... Présence qu'il revendique jusqu'au bout de la nuit, n'est ce pas ?
Gab'1, rigolant : ouais ouais ouais
Elle dit ça parce qu'elle me reproche d'être allé aux Bains hier soir, à la soirée pour le lancement de l'album de Fdy. Quoi, c'est bien Les Bains, non ? :) Non ? bon d'accord, c'est vrai, Les Bains c'est pourri. Mais la soirée pour Fdy était bien.
Soit...Revenons en quand même à Less Du Neuf
tu te dis ''bouffé par le système'' sur ton titre aux côtés de JP et Kimto... Quels remèdes pourraient empêcher ça ?
Gab'1 : j'en sais rien du tout
JP : si y en a un, c'est tourner sa langue 7 fois dans sa bouche avant de parler.
Gab'1 : oui bien sur, mais avec des si, on coupe du bois. Je n'ai pas la science infuse. Ca serait prétentieux de ma part de pouvoir trouver une solution alors qu'il n'y en a pas.
Peut-être qu'avec ton âge
Gab'1 : Avec mon âge ????!!!!!
Pardon
Peut-être qu'avec le recul que tu as sur la vie (NDPam : 35 ans quand même
) , tu as des conseils à donner aux plus jeunes, sans tomber pour autant dans le moralisme ?
Gab'1 : moi, le seul conseil que je donne aux jeunes, c'est de se démerder. Qu'ils prennent le taureau par les cornes -ou par les boules, c'est comme ils veulent, mais ils ont intérêt à se remuer eux-mêmes. Je ne peux pas donner de leçon aux jeunes tu vois, parce que moi-même, je n'ai pas toujours été clean, mais la seule chose que je peux leur dire, c'est que s'ils veulent faire quelque chose, qu'ils pensent que théoriquement, rien ne doit pas pouvoir les arrêter, à moins que
parce qu'y a deux choix, le bon et le mauvais, mais le bon et le mauvais, ils se situent du côté où tu te trouves, tu vois, moi je pense que ce que j'ai pu faire ou ce que les jeunes font, que ce soit pour l'oseille ou pour l'ego (NdPam : pour l'ego ou pour les go ?
), pour toi, c'était les bonnes intentions
Donc je ne fais pas la morale, je dis juste '' essayez, qui ne tente rien n'a rien ''. Avant de prendre toute décision qui risquerait de te faire regretter quoique ce soit, réfléchis. Et si t'es capable de sacrifier, eh bien, va jusqu'au bout. Si tu ne l'es pas, eh bien, fais comme tout le monde ;
Kimto : que ce soit honnête ou malhonnête, c'est exactement la même chose. Que tu décides de prendre le bon ou le mauvais chemin. Et Bouffés par le Systéme, ça explique ça : JP se met à la place de quelqu'un qui paie des impôts, qui a une famille, et qui attend, résigné. Moi c'est une réflexion un peu plus jeune, où je tend à l'expression de ma révolte, mais je me rend bien compte que t'as beau réfléchir, on vient vite te casser la gueule. Et Gab'1 amène le truc au niveau des gens qui ont décidé de faire des conneries, et il dit qu'il faut les assumer quand même, pour consommer, pour avoir de l'argent etc, parce que tout ça, c'est le système.
Gab'1 : ce que j'ai essayé d'exprimer dans mon lyric, c'est que quoique tu fasses, t'es une victime du système tu vois. Quand j'ai parlé de cette personne qui travaille jusqu'à s'en briser les gambettes, c'est ça : toute sa vie elle va travailler pour l'état, et elle va peut-être se retrouver, si elle a de la chance, avec une sécu mais la sécu dans 15 ans elle aura disparu. Imagine toi tous ceux qui ont bossé légalement pendant 40 ans, ils vont se retrouver en ayant donné 50% de leur temps à l'Etat, alors que l'Etat leur aura pas du tout forcément donné 50% de ce qu'ils attendaient. C'est pareil pour un mec qui va en cabane ou qui fait des conneries, il y a des moments, ça va marcher, d'autres non, donc si tu as choisi la voie de l'illégalité, il va arriver un moment ou tu vas fêter les sorties de zonzon.
Est-ce que vous votez ?
JG : Non, moi je ne vote pas, pour 2 raisons : 1. je n'ai plus de droits civiques. 2. que ce soit Jean Marie Le Pen ou Chirac ou je ne sais quel trou du cul qui devienne président, ça ne changera absolument rien du tout à ce que je serai plus tard. Je n'aurai aucune influence sur leur délire. Dés qu'ils seront présidents, ils seront présidents, et tu sais très bien que c'est pas le président qui gouverne mais le premier ministre. Lui, il en a strictement rien a foutre, dés qu'il est en haut, il prend son oseille et puis basta.
Kimto : moi je vote parce que mes parents n'ont pas pu voter. Même si c'est vrai que c'est dur de se laisser bluffer par cette pseudo démocratie, par le coup des votes blancs qui comptent pour rien, que tu n'as pas l'impression que la démocratie est participative, que toi, tu y amènes personnellement quelque chose. Tout est trop centralisé dans notre pseudo démocratie à la française. Encore, nous, tu vois, on est dans le 92, c'est le département le plus riche de France.. mais voilà, quand tu t'intéresses à la manière dont ça se passe dans d'autres banlieues, tu te poses de réelles questions
Mais bon, faut pas lâcher l'affaire, faut pas qu'on abandonne la responsabilité qu'on a en tant que citoyen. Je pense que nos parents ne souhaitent pas ça ; Mais faut pas se mentir, on n'est pas mieux au bled, on n'est pas plus accepté qu'ici. Encore bon, moi, portugais, ça va tu sais, je m'en sors, en plus j'ai vécu là-bas et tout. Mais tous les algériens d'ici qui souvent revendiquent très blédards, ils se font souvent insulter là-bas, c'est encore plus sévère que ça peut l'être chez moi pour certains.
Gab'1, tu parlais tout à l'heure de Garches comme d'une ville pire que Los Angeles
Penses-tu que les banlieues se soient sur-américanisées ?
JG : Ouais, mais c'est pas que c'est pire que L.A
. Mais depuis qu'on est américanisé, il faut le savoir : il y a les New Yorkais qui sont soit disant Paris, et la West Coast, c'est Garches, Sarcelles
Vous les Lillois, vous avez la chance d'être écarté de tout ce délire à la con.. Nous, on est encore plus américains que les américains !
Kimto : c'est pareil pour l'américanisation de l'industrie musicale
A partir du moment où tu laisses des industriels vendre ta musique, tout ce que tu dis à l'intérieur de ta musique s'annule. Plus tu privilégies la proximité et un vrai échange, plus ça reste un truc que tu contrôles, qui peut mûrir tranquille.
JP : pour finir sur ce que disait Gab'1, c'est vrai qu'on est plus américains que les américains parce que c'est ceux qui parlent qui ne foutent pas forcement la merde. Et ceux qui foutent réellement la merde, ils se font jeter, maltraiter par ceux qui ont soit disant la parole, par les groupes de rap qui ont la chance de pouvoir aller en province, parce qu'eux n'ont pas les mêmes trips que ceux qui sont vraiment dans la galère
Et c'est ça le problème du rap en France
Et c'est pour ça que Gab'1 peut dire qu'à Paris c'est trop des américains, parce qu'en France, on n'a pas du tout la même vie que les Américains : nos parents, c'est pas des toxicos : pour la plupart des immigrés aujourd'hui, 9 parents sur 10 sont sérieux, carrés. Le seul truc c'est que socialement, ils n'ont pas le statut qu'il mérite comparativement aux efforts qu'ils ont faits, mais ce sont des gens respectables.
Kimto : ils ont accumulé les générations de gouffres aux Etats-Unis, alors qu'en France, nos parents y sont venus en sachant pourquoi, ils ont rêvé de quelque chose pour leurs enfants
Bref, ici, ça se passe dans un esprit de construction de quelque chose, alors que là-bas c'est de la survie. Nous, on tend à vivre, alors qu'eux, c'est une optique de survie. Et par dessus le marché, ce sont les rois des capitalistes : ça a beau être des noirs, des gens du ghetto, ça en reste des ricains et des capitalistes. Le but et la culture, même si on fait tous les deux du rap, ne sont pas les mêmes.
JP : les français en viennent même à pourrir l'identité qu'on avait des ricains, parce que maintenant les rappeurs américains ont compris la stupidité des rappeurs français, et pour faire un featuring avec un ricain, il faut pas moins de 200 000 francs. Et t'as des rappeurs français qui l'acceptent, sans même rencontrer le cainri ! Moi le premier je suis fan de rap cainri, mais je me vois mal raquer le cainri pour qu'il fasse un featuring avec moi, je serais trop vénère. Et c'est ça le souci, on est trop trop trop américains...
Gab'1 : ouais, on est des suce-bites ... On est exigeant pour un rappeur français qui doit faire un super truc balaise, alors que c'est vrai, un ricain qui vient en France, il se moque de ta gueule pendant tout le long, il ne fait qu'insulter ta femme, ta mère la pute et tout ce que tu veux, et il finit par baiser ta sur ou ta cousine, et tu vas trouver ça terrible. Et s'il te met les deux pieds dans la gueule quand il va sauter dans la fausse, tu vas les prendre avec honneur '' ohhhhh, c'est Methooooood ''. Ce que je trouve déguelasse dans le pera, c'est que les keumés parlent du ghetto, de ci, de ça, mais tu m'excuseras, si t'es assez con pour pouvoir faire des sous et rester dans le ghetto, c'est que t'es trop un crétin, un têtard ! Tu fais de l'oseille pour sortir de la merde où tu es, pas pour y rester. Si tu habites dans un quartier où on fait de l'oseille, et que toi, tu n'en fais pas, casse toi, casse toi ou vas en prison, parce qu'il y a d'autres gens qui aimeraient bien prendre ta place. Donc arrêtes de pleurer, ce quartier de merde te propose de l'oseille, prend la et tires toi de là. Et si y en a un autre qui arrive derrière, c'est pas grave, c'est des travaux de proximité, c'est pas moi qui les ai inventés, ils sont arrivés bien avant nous. Donc pour en revenir aux politicards, la politique est une connerie. C'est un éternel recommencement ; les enculés qu'il y a maintenant, c'étaient des ex-68tards, et le pire , c'est que c'était les plus révoltés qu'il n'y a jamais eu en France. Donc les connards qui vont arriver dans 20 ans
Kimto : Mais y en a avant
Attends, les
.
Gab'1 : les 68tards ils ont 50-60 berges
Kimto : ben oui mon pote, mais Chirac il a plus de 60 ans ! Tu vois
Gab'1 : MAIS CA A JAMAIS ETE UN REVOLTE CHIRAC !!!
JP : Non, mais Kimto parle des Kohn Bendit et tout ça
Kimto : Non, y en a pleins qui ont retourné leur veste, ok, mais y en a aussi pleins d'un autre âge
Ta gueule.. bref
..Oui
.tout à fait
. !!
Gab'1 : Bref, la politique, c'est un métier
ça s'apprend. En fait, les politicards, ce sont des rappeurs, sauf qu'ils s'adressent à des gens qui sont soi-disant nettement plus sérieux.. Nous, les rappeurs, théoriquement, on s'adresse à des teubés, parce qu'on a des textes qui sont simplistes et dégueulasses. Sinon, les politiciens ont aussi un auditoire, des micros, et font des la la la la la la la , et nous on est derrière.
Kimto : Non !!
Gab'1 : Siii.
Kimto : derrière, il y a des grosses influences financières, des gros patrons.
Bon, allez les gars, on va s'détendre, oublier la politique et aller faire un p'tit gang bang
Gab'1, à bloc : ah non, une question, encore encore !
Est-ce que tu ne penses pas que depuis l'arrivée de Bush aux Etats-Unis, dont l'incompétence est unanimement reconnue, et en plus avec leur gestion ambiguë des problèmes diplomatiques, que ce soit les Afghans ou les Cubains, ce phénomène de '' baissage de froc '' devant les ricains s'est marginalisé en France ?
Gab'1 :Bien sûr que non ! Il y a un périmètre que les gens n'ont pas trop capté, c'est que le 11 septembre est incroyablement bénéfique pour les Etats-Unis : les ricains, grâce à ça, sont capables d'aller où ils veulent, quand ils veulent, pour des raisons d'Etat. On appelle ça de l'ingérence mais elle est acceptée au nom du Droit. Maintenant, ce qui est arrivé aux Etats-Unis est arrivé, mais quand tu as un peuple qui a été bâti dans la violence, tu ne récoltes que ce que tu sèmes. Et encore, la vérité, ils ont rien pris dans la gueule.
JP : faut arriver à relativiser, à rendre humains des gens comme Ben Laden ou George Bush. Maintenant, bon, tu as un président qui vient d'être élu aux Etats-Unis alors que personne ne l'aimait : le monde entier disait que c'était un gros naze, alors il avait besoin d'être soutenu par son peuple ; et le seul moyen, c'était de se défendre en bloc contre l'attaque.
Kimto : oui, la riposte américaine n'était que propagande. Mais dans les deux sens il y a de la propagande : d'un coté les cainris qui veulent contrôler le monde, et de l'autre les saoudiens qui font double jeu, en voulant imposer l'islamisme non seulement comme une religion mais aussi comme un système économique et politique. Les deux en jouent chanmé, mais c'est pas les petites gens qui en bénéficieront, ce sont les gros intérêts.
JP : par exemple, la famille Bush était actionnaire de Enron, mais si on l'interrogeait sur cette affaire, elle serait incapable de te répondre : tu sauras jamais !! Nous par contre, on fait une connerie, tout le monde le saura, on nous demandera des détails ; si Doon Damage ne dit pas la vérité sur ses comptes, elle va au trou. Maintenant comme eux sont des patrons, ils laissent toutes ces histoires entre eux. Tout ça, ça se négocie dans les hautes sphères privées : qui avait les armes en premier, qui ? ce n'était pas les terroristes, c'était les cainris.
Kimto : bon, maintenant on le sait, c'est devenu public,on sait très bien que Ben Laden a bossé avec le CIA etc...Mais c'est pas normal que ça soit su seulement maintenant...
Propos recueillis par Pamsiste