
Salut… ! Bienvenus dans le Grand Nord…Alors, est-ce que le demain attendu hier s’est aujourd’hui réalisé ?
Boss One : Oui, parce qu’on a la chance de sortir un deuxième album. Oui aussi parce que le premier a bien marché. Il y a eu, dans l’ensemble, un bon accueil. Mais j’espère aussi que ce n’est que le début de demain !
Parmi tout ce que vous a apporté le succès de votre premier album, qu’avez vous préféré ?
(Jo Popo me montre sa bague en or en rigolant… )BO : Pour ma part, c’est la reconnaissance de certaines personnes, et de certaines personnes seulement. Je veux dire par là que j’apprécie qu’il n’y ait pas un gros tapage sur le Troisième œil. Ca nous permet d’être sereins, de garder la tête froide, sans se prendre la tête. Et donc, ça, c’est un truc positif ; nous avons eu une reconnaissance d’un certains nombre de personnes seulement, mais des personnes les plus importantes à nos yeux, plutôt qu’une reconnaissance globale qui nous aurait fait perdre la tête.JP : Oui, moi, ce que j’ai le plus apprécié, c’est que ce succès ne soit pas médiatique, mais plutôt populaire. Tu ne nous entendras pas de partout, c’est vrai, mais pourtant les gens qui écoutent du rap français connaissent Troisième œil.BO : Oui, après, ils aiment ou ils aiment pas, là n’est pas la question. Mais ils connaissent, et c’est bien.
Il y a trois ans, vous disiez «On s’fout complètement des maisons de disques !!» (The Truth, 1998), aujourd’hui, vous êtes signés en Major… Pourquoi avoir signé si vous ne tenez pas à médiatiser votre rap ? Que vous apporte Colombia ?
BO : A la base, on était en licence chez Côté Obscur et cette société a cessé toute activité ; on a donc été rachetés par Colombia. Et ce qu’il se passe, c’est que quand t’es dans un label et que ça se passe pas si bien que ça, ton souhait, ce n’est pas forcément de retourner dans un label affronter les mêmes choses. Un label, c’est limité. Et dés l’instant que t’es limité et que t’as des artistes qui vendent un certain nombre d’albums et qui ont besoin d’un certain confort de travail, ça coûte cher. Par exemple, faire mixer ton album par la personne dont tu as envie, ça a un prix que le label ne peut pas payer. Sinon, on n’est pas dans le système des maisons de disques. Tu vois, chez Colombia, on est à part de tout ce qui se fait : on a des gens qui ont été embauchés juste pour bosser sur le produit Troisième œil, chose qui ne se fait pas en maison de disques. Y a des gens par exemple qui ont bossé au double H et qui ont bossé sur notre street promo, parce qu’ils savent comment bosser un groupe plus proche de la rue que du tapage commercial. Et on a aussi longtemps négocié pour avoir des garanties sur la production exécutive, sur tout ce qui est site Internet.. On veut conserver un droit d’image. Donc certes, tu vois aujourd’hui peut-être un tapage dans la rue, mais tu n’en verras pas non plus n’importe où, à la télé par exemple. Et, sauf si ça cartonne, tu ne verras pas non plus un gros tapage dans les radios nationales.JP : Mais c’est bien aussi pour ça qu’on est dans les Blacklists, ce qui n’est pas le cas de tous les artistes, puisque beaucoup miseront sur Skyrock uniquement. Nous, on pense que les gens en province ont besoin de… et puis, nous aussi, nous avons besoin de savoir comment les gens en province perçoivent l’album, et c’est pour ça qu’on est là.BO :Donc en résumé, on est dans une Major, mais on a des garanties pour gérer notre image derrière.
Pour résumer aussi, que Bouneau rentre vos morceaux sur Skyrock n’est pas une priorité pour vous ?
BO : C’est pas que ça soit pas une priorité, faut pas se leurrer aujourd’hui…mais ce n’est pas LA priorité. Mais à un moment donné, il ne faut pas se leurrer : des gens -dont les artistes- ont donné les pleins pouvoirs à Bouneau, et il se fait pas chier. Il fait ce qu’il veut. Donc aujourd’hui, un artiste signé en Major qui ne passe pas sur Skyrock, c’est difficile. Bouneau, et c’est malheureux, fait et défait des carrières. Il est dans cette optique là, alors même si nous, on lui dit « on ne veut pas passer chez toi », c’est ridicule. Tant que t’assumes ton produit, moi je considère que tu peux passer n’importe où. J’assume complètement à la fois notre image, et à la fois le contenu de mes textes. C ’est surtout un souci d’image avant toute chose. Du temps que tu restes toi-même, que tu assumes, que tu ne regardes pas les gens de haut, tu peux passer sur Skyrock.
Vu que t’assumes….on pourrait te voir aux côtés de Doc Gynéco chez Fogiel entrain de défendre ton « produit » ?
BO : Franchement, moi, je pourrais défendre mon produit partout….SAUF certaines émissions de télé. Parce que le problème, c’est que ce n’est pas du direct. A la limite, les émissions de vrai direct, je suis prêt à y aller, parce que bien sur, tu défends ton produit, tu sais de quoi tu parles.Maintenant, que ça soit Fogiel ou Ardisson, y aller peut donner une mauvaise image parce que le mec découpera l’émission., en insérant des moments drôles aux mauvais moments..etc. Il te fera passer pour un pitre dans l’histoire.
Avec votre Troisième œil, que voyez-vous que nous ne voyions pas ?
JP : tout ce qu’il se passe un peu dans le monde et que les gens voient mais s’efforcent de ne pas voir.BO : Je pense qu’en tant que groupe avec un tel nom, on essaie de souligner que les gens ne mettent pas assez le doigt sur certaines choses. Le problème Afghan par exemple, c’est un problème qui existait déjà mais que personne n’a calculé.JP : Y a eu un déclic qui fait qu’on en parlé, et que malheureusement c’est arrivé au grand jour. Mais nous avons la chance d’en avoir aussi parlé avant…
On doit beaucoup aux Etats-Unis pour le hip-hop…pourtant, l’heure semble être à l’anti-américanisme, et peut-être encore plus pour les musulmans…vous n’avez pas envie de nier tout le hip-hop en bloc ?
BO : premièrement, moi ce que je nie dans l’américain déjà, ce sont des attitudes qui ne conviennent pas à la France. A un moment donné, il faut vivre en harmonie avec l’endroit dans lequel tu vis, et ne pas tout mélanger. Après, la musique et la religion sont deux choses différentes. Deuxièmement, bien sûr, ça vient de là-bas, donc automatiquement j’écouterai. Mais après, aller prendre des exemples qui ne sont pas forcément les bons, comme « je suis au coin de la rue, je viens d’en tuer un hier.. », je trouve ça complément bidon. Je sais que, parmi mes connaissances, il y a beaucoup de flancs comme ça. Moi, mon rôle, c’est de donner à réfléchir, parce que je pense qu’on est dans une situation dramatique au niveau des quartiers. Enfin, c’est une longue histoire, qui vient de plus haut.. mais à un moment donné, où est la logique quand tu es dans des villes et que tu défends des gens, alors que c’est eux qui foutent le bordel ? Par exemple, tu fais ton émission, tu interviewes des artistes locaux, et tu fais une soirée pour les lancer. Et puis ça va être le bordel. Donc je pense que ces attitudes là, qui sont américaines, on devrait les laisser là-bas. Le rap n’a pas besoin de cette image là. Vivons avec notre temps et notre lieu.
Au niveau des productions françaises récentes, tu as constaté aussi cet anti-américanisme ?
BO : non, parce que je ne pense pas que, jusqu’a aujourd’hui, il y ait un son typiquement français. Il y a toujours une référence qui fait que c’est un américain qui l’a fait avant ; Mais soit, il ne faut pas nier l’évidence : c’est eux qui ont les machines, les ingénieurs, les têtes. Le rap vit là-bas, ce qui n’est plus le cas en France : à un moment donné, et on en parle dans « Planéte Hip-Hop », le rap s’est mis à vraiment vivre en France, et une unité était là. On parlait de Mouvement au singulier. Mais aujourd’hui, tout s’est éparpillé.JP : Avant, c’était un cri pour se faire entendre…BO : …et maintenant, c’est devenu chacun pour sa gueule. Et quand c’est chacun pour sa gueule, il faut penser à soi et à ses proches, mais c’est tout. Et même au niveau national, le rap a perdu de son ampleur…
Vous étiez à New York en septembre…Comment avez-vous vécu ces tragiques événements ?
JP : on était attristés pour les familles des victimes, parce qu’elles étaient innocentes et n’avaient rien à voir avec ça. MAIS il faut vraiment se dire que l’histoire est plus ancienne. Il y a eu pleins de pertes au Moyen Orient aussi… Tout est politique à ce niveau.BO : en vérité, le problème pourrait se régler si les gens concernés s’en donnaient la peine. Le problème de New York, à nos yeux, vient entièrement du problème Israël/Palestine. Dès l’instant que ce problème ne sera pas réglé, rien ne le sera. Comment tu peux venir au pouvoir comme Bush, et affirmer que tu ne veux pas entendre parler du conflit israélo-palestinien ??? Il a été ELU, et il ne veut pas en entendre parler !!! Donc cette histoire de New York me fait mal au cœur. Mais aujourd’hui, je regardais la télé et je voyais de nouvelles victimes en Palestine, et ça me fait encore plus mal au cœur…Mais je suis Humain avant d’être citoyen, avant de prendre politiquement parti.
Est-ce que vous votez ?
BO : tu sais, on a pris beaucoup de recul depuis quelques temps…On s’est mis à voter, et à faire d’autres choses qu’on ne faisait pas avant, parce qu’on s’est rendu compte que partout où on allait, il y avait une force vive qui se battait, mais qu’elle était trop minime. Donc à un moment donné, c’était important qu’on vote. En plus, tu ne peux pas donner un message aux gens, et faire le contraire. On se doit d’être cohérents. Et puis ceux qui déconseillent les gens de voter ont tout faux, parce que nos parents ont morflé pour qu’on ait le droit de voter. Avant, obtenir une carte de vote était un jour de fête, il faut s’en souvenir…On peut être frappés par le très grand nombre de réalisateurs sur ce nouvel album …pourquoi autant ? Comment avez-vous évincer le risque d’éparpillement ?JP : A la base, notre unité n’a jamais été la musique : ce qui nous unit avant tout, ce sont les textes. Et ce qui fera la force de ce nouvel opus du Troisième œil, c’est si les gens se retrouveront dans nos propos. Musicalement, c’est vrai que par rapport au premier album, nous avons élargi nos choix de réalisateurs. Mais on a aussi repris les mêmes compositeurs, les gens avec qui on a toujours aimé bossé. Par exemple, tu retrouves une prod avec Joe Di Marco (Ndlehh : ancien guitariste des Fugees et remixeur pour Faudel et Ménélik), c’est une prod pour moi qui colle avec Troisième œil. De même, la prod de Pone colle avec nous. Donc avoir DJ Bomb et DJ Ralph, c’était une bonne chose, mais on a voulu élargir la palette et expérimenter, pour voir ce que nos affinités pouvaient apporter au Troisième œil.
Qu’aimeriez-vous que le public retienne de votre album ?
JP : Moi j’aimerais qu’il retienne qu’il a été fait avec le cœur. Le titre n’est pas là par hasard. Nous sommes un groupe qui, même dans la vie hors musique, essayons de tout faire avec le cœur. Et cet album, on a mis le temps qu’il a fallu, et tout le cœur qu’on a pu.
Dans « Planet Hip-Hop », un des 18 titres, on a l’impression d’un « on fait le bilaaaan, calmement » de votre parcours, avec des phrases comme « j’ai en mémoire des moments intenses »… Déjà nostalgiques ? Quels sont précisément ces moments intenses ?
JP : Y en a beaucoup. Pour moi, un en particulier, c’est celui où j’ai joué pour la première fois dans un zénith, en première partie d’IAM. Alors certes, ce n’était qu’une première partie, mais c’était très impressionnant, et chargé d’émotions.BO : moi je retiendrais plutôt le fait de voir un groupe comme la FF avancer…et de nous voir avancer en même temps, tout en nous rappelant d’où on est tous partis. Et ça, je pense que ça crée des liens supplémentaires. Et c’est une belle preuve que tout peut arriver si on le veut vraiment.
Vous voulez marquer l’époque, comme Bernard Tapis, Gad Elmaleh ou PPDA . Pourquoi ces références ? Qu’est ce qui vous attire chez ces trois personnes ?
JP : rien. Ce n’est pas qu’ils nous attirent, qu’on les admire. C’est juste que pour moi, ils ont marqué ma jeunesse. Plus tard, quand on te demandera qui présentait le 13heures, tu répondras PPDA. Et puis Tapis pour ce qu’il a fait pour Marseille, et Gad, parce qu’il m’a marqué. Marquer, c’est à long terme.BO : ces trois noms sont plus des symboles que trois noms en fait. C’est juste des noms que tout le monde connaît.
Terminons avec un sujet plus léger, une expression que l’on retrouve dans votre album : « Rap Story » …Si vous dirigiez le casting de Rap Story, et qu’il faille 8 candidats, qui auriez-vous sélectionné ?
BO, les yeux pétillants de perversité : moi je mettrais un peu de marseillais et un peu de parisiens... !JP : on va t’en donner un chacun. Moi je commence à Paris héhé : je verrais bien Stomy..BO ; Def Bond pour Marseille !JP : pour continuer à Marseille, je pense que Booga pourrait jouer un pur rôle.BO : Solaaaaar !JP : Akhénaton tiensBO: eh bien Joey Starr :)JP : il faudrait un DJ pour les soirées…donc Khéops !BO : et puis Cut Killer pour les battles avec Khéops, et Abdel aussi allez !
Pas de Troisième œil… ?
BO : ah non, nous, on serait le présentateur et le directeur, et on noterait tout ça !! :) Je te ferais un rapport tous les jours sur leurs comportements.
Pour revenir à la réalité.. de telles émissions, que ce soient Popstars, Loft Story ou Star Académy, ça vous fait rire ou pleurer ?
BO : ça fait pitié mais ça fait rire. Pitié parce que tu te rends compte qu’il y a une force de vente hallucinante. C’est un truc de maison de disques et de télés. Pitié aussi, parce qu’à mon sens, ces gens-là sont les futurs toxicos de demain. D’un coup, ils vont se retrouver dans des endroits où ils ne vont rien comprendre, et ils vont péter les plombs.JP : ce qui me fait rire, c’est quand je les vois faire de la promo, devant 1500 minots, et ils flippent comme des fous, ils cherchent la sécu pour se rassurer : hey les mecs, pourquoi vous flippez, vous ne faites pas une musique de sauvageons hein ! C’est pas une petite de 5 ans qui va te casser la gueule…
Propos recueillis par Pamsiste