DJ Logilo
DJ Logilo : bien loin des clichés de ''pousse-disque'' que le terme de DJ peut véhiculer, ce pionnier multiplie les activités tout en gardant cette fraîcheur propre aux new-comers...

DJ : un paquet de scènes à son actif aux côtés des Sages Po notamment, il réalise 4 mixtapes qui restent des classiques et anime pendant quelques années avec Kaze, Rody et Meexa BB de Respect 2 Architect sur Générations 88.2.

Beatmaker : en plus d'avoir en charge les sons du premier album des Sages Po, ceux de Puzzle et Harcèlement Textuel (les 2 signatures du label), il produit pour Fabe, Sléo, Kohndo ou encore Different Teep et se charge aussi de certains sons de la collection de breakbeats Respect the Architect.

A cela s'ajoute les rôles d'ingénieur du son (il mixe lui-même ses morceaux), de co-gestionnaire du label et de professeur dans l'école de DJ's Hyper-Cut aux côtés de Meexa BB.

Rencontre avec Logilo le DJ, un passionné des platines, qui n'a rien perdu de son enthousiasme et de son envie de bien faire. Retour à ses débuts, il a 16 ans et se lance sérieusement dans l'aventure...


Des regrets de ne pas avoir été épaulé à cette époque par des DJs de renom et d'expérience ?

Mais j'avais vraiment décidé de travailler, avec des remises en question systématiques, dans tous les domaines. Donc par rapport à ça, c'était très difficile, parce que j'étais à la fois en compétition avec moi-même, et avec tout le monde. Donc t vraiment que dans ce fonctionnement de la logique hip-hop où à un moment donné, t'essayes de te dépasser systématiquement, puis après, la maturité arrivant, tu vois les choses différemment. La vie avance, donc à un moment donné, ma réussite, c'est peut-être d'avoir réussi à allier ma vie familiale et artistique. Parce que mon désir, c'était d'arriver à faire de la musique le plus longtemps possible, et d'arriver à vivre dignement de cette activité. Mais j'ai conscience que c'est aujourd'hui un luxe : j'ai le sentiment d'être un privilégié. Mais j'ai aussi fait beaucoup de sacrifices.. Cette vie a quelque chose d'ingrat, donc j'encourage pas non plus les jeunes de mon quartier à ça. Ce qu'il faut savoir déjà, c'est qu'à l'époque où j'ai commencé, c'était quelque chose d'assez innovant...Donc il n'y avait pas beaucoup de gens d'expérience, on était pas nombreux, on n'en trouvait pas dans toutes les villes. Après, au delà de ça, j'ai toujours été un peu solitaire, autodidacte pour apprendre les choses. J'étais un peu acharné dans ma tête ; en plus, j'ai eu une adolescence où j'étais un peu speed, donc quand bien même j'aurais eu la chance de rencontrer quelqu'un d'intéressant à ce niveau-là, je n'aurais peut-être pas réalisé cette chance. J'étais un peu bourrin quoi ;) En plus, j'avais une idée très précise de ce que je voulais faire : je voulais vraiment amener une pierre à l'édifice avec ma personnalité, et c'est pas toujours facile, d'autant que je suis assez excessif.

Mais tu restes fier de ta réussite, de cette exception justement qui te permets de vivre du Djaying ?

Non ! J'ai pas du tout de fierté par rapport à ça ! J'suis le commun des mortels, un être humain avec tout ce qu'il y a de plus basique. Et je n'ai pas de fierté à pouvoir faire exister ça. J'ai la sensation d'être un mec qui est sans arrêt en exercice derrière lui-même. Le regard que les autres vont avoir sur mon travail, c'est presque indécent pour moi. C'est un truc purement personnel, mais j'arrive pas à me satisfaire de ce que j'ai fais. J'suis pas convaincu de l'intérêt que je peux amener. C'est de la timidité sûrement...Autant je peux être expressif, autant ce que je fais, ça m'insatisfait. Je fais ça parce que j'ai besoin de le faire. Il faut que ça sorte, et après je décide de le faire exister. Enfin, c'est bizarre... Y a un truc qui me pousse, peut-être l'esprit créatif, à toujours vouloir sortir quelque chose.. mais après... J'aime bien travailler le tout : j'crois que j'suis un perfectionniste ! A partir du moment où t'as intégré que t'es DJ et que t'as appris à savoir faire danser les gens, parce que c'est quand même ça le but principal du DJ, c'est de se dire que tu arrives dans une soirée à 22H, p'tit début de soirée relax, et quand je démarre mon set, je veux que tous les culs soient sur la piste. Et là, mon challenge, c'est qu'ils y restent. Après, le patron de la boite, il faut aussi qu'il soit content, il faut que les gens consomment. Dans ça, je t'image la démarche artistique, mais je t'image aussi la réalité économique de notre existence. Après, mon objectif, ce n'est pas de voler les gens, c'est essentiellement qu'ils viennent s'amuser. Donc effectivement, à un moment donné, quand tu passes à la production, tu intègres ces données-là, c'est à dire le désir de faire danser et réagir les gens. Pour moi, le hip-hop, je le vis énergique, donc je veux que ça se ressente dans mes prods, alors je garde à l'esprit cette image de DJ qui fait danser les gens. Ca demande une forme d'énergie, de sportivité, dans l'attitude, dans tout. C'est très urbain aussi... Donc ce dynamisme, je veux le retrouver dans mes prods. Je n'ai pas le monopole du bon goût, mais j'essaie de me dire que finalement, si moi, en tant qu'auditeur basique, j'ai une telle réaction, je dois produire ainsi ; voilà, j'ai envie de produire des disques comme j'ai eu plaisir à les écouter. Puis au delà-ça, mon problème, c'est que j'arrive jamais à me rendre compte de l'intérêt ni du désintérêt qu'on peut générer. Je vois des fois que c'est énervant, que ce qu'on fait génère une certaine forme de jalousie , je le constate. Mais alors, j'arrive pas à te préciser sa portée.. j't'avoue que c'est un truc super flou. Sincèrement ! Et j'crois d'ailleurs que c'est peut-être mieux.

Au niveau du Djaying, est que tu penses que les prod que tu fais actuellement t'influencent en tant que DJ ? Concernant les scratchs, constants dans vos prods, est-ce que quelque chose de délibéré, ou de naturel, qui s'insère inconsciemment dans tes morceaux ?

C'est à dire qu'on a la chance de fonctionner vraiment en autonomie, en label indépendant. Donc créativement parlant, on n'a pas tous les soucis que peuvent avoir certaines priorités pour la production d'autres disques, dans des formats ou nous, on ne fonctionne pas. Donc nous, on est simplement poussés par le désir artistique de faire de la musique. Et quand on décide de faire un refrain scratché, on décide de le faire efficacement scratché. Et quand à un moment on n'a pas de scratches, ce qui est effectivement plus rare dans les prod comme tu l'as remarqué, c'est parce que définitivement, on estime que les scratches n'ont pas besoin d'arriver là. Les scratches n'ont pas lieu d'arriver comme ça. Généralement, ils arrivent autrement, parce que de toute façon, le scratch est omniprésent dans la culture hip-hop traditionnelle, et aussi dans celle qu'on aime cultiver. Mais cela dit, il y a eu des périodes où on a mis beaucoup moins d'endroits scratchés, donc y a un retour culturel à ça, parce que effectivement, y a eu un énorme manque en France je pense -moi je me souviens que y a des morceaux comme « Je décompose les mots », dans le premier album des Sages Po, qui est un morceau important pour moi, parce que je crois que sans s'en rendre compte, on a posé un truc important. Et j'aurais effectivement aimé qu'on arrive a avoir pour beaucoup de groupes en tout cas, à avoir cette belle forme d'homogénéité entre MC et DJ, qu'on avait trouvé avec Zoxea Sur ce morceau-là. Voilà, c'est pour ça que c'est toujours des trucs qui m'ont tenu à cœur. Ca peut pas être démodé ça, puisque c'est les bases du hip-hop. A un moment, y a un DJ qui vient interfacer le MC, parce que le MC a fait son boulot quand il a rappé dans le couplet, et qu'a ce moment là, la chanteuse elle a qu'a aller faire de la soul, mais pas nous faire chier, nous laisser scratcher, parce que le rap c'est comme ça qu'on a envie de le vivre. Mais attention, quand je dis ça, c'est pas du tout péjoratif, le retranscris pas comme ça ;) L'idée si tu veux, ce n'est pas de dire que le chant n'a rien à voir dans la musique qu'on a envie de produire. Loin de là même. Mais cela dit, ça doit pas être systématique, comme un élément rapporté tout simplement de glaner un public plus large. Si maintenant il y a une vrai démarche artistique derrière, ok, bien au contraire même, ils peuvent jouer de la flûte même. Si tout est motivé par la démarche de créer quelque chose de neuf, ok. Mais effectivement, la redondance du scratch dans le rap qu'on aime, c'est comme arrête de jouer de la batterie tu vois. Ou alors à Jimmy Smith qu'il arrête de jouer de ?.(l'organone). Y a un truc comme ça qui est lié. La couleur du scratch donne une autre dimension. Et quand on aime le rap de cette façon-là, ça fait toujours du bien d'entendre des scratches dans les refrains, parce que ça reste l'action principale du DJ.

Tu penses que cette symbiose DJ / MC fait défaut dans le rap actuel ?

Ben je crois que la culture hip-hop, en France, et malheureusement dans le monde, est très liée à l'industrie de la musique. Donc la réalité du DJ en France, est avant tout une réalité économique : à savoir que pour arriver dans le Djaying, il faut déjà acheter un certain matos onéreux, puis après, il ne suffit pas d'acheter 20 breakbeats, il faut se faire une culture musicale. Tout ça, ce sont des investissements lourds au quotidien. Et puis tout le monde ne travaille pas en soirée toutes les semaines. Donc pour le DJ, la réalité économique est très difficile, ce qui explique qu'il y ait beaucoup de jeunes qui, dans leur choix d'amour et du hip-hop, s'intéressent plus au Mcing, parce que les débouchés sont différents. Maintenant on se rend compte qu'on entre dans une 2éme phase, ou effectivement le marché du rap est entrain de se modifier, et où il y a un réel intérêt au niveau des DJs français. Maintenant te dire si ces DJ-là intégreront ce qu'on estime nous faire partir intégrante de la culture hip-hop, je ne sais pas. Mais oui, j'aimerais bien que le Djaying prenne la place prépondérante qu'il a au début de la culture hip-hop, c'est à dire la première. Mais alors pour ça, il faut aussi que les niveaux de compétences soient hauts, et que les choses changent beaucoup au niveau de l'industrie musicale, pour que les vraies valeurs saines reviennent se mettre en place. Maintenant je constate quand même que pour beaucoup, il y a un désir, dans ce fonctionnement d'éradication du rap qu'on constate depuis quelques mois, que des vraies racines rejaillissent de tout ça, et qu'on tire leçon de ces 5 ou 10 ans de rap français, en plaçant le débat ailleurs, et qu'on laisse enfin place aux gens, en arrêtant la jalousie, et en arrêtant de s'enfermer dans une espèce d'autarcie réductrice au rap français. Ce n'est qu'un point de vue hein...

Est ce que « la récente éradication du rap », dont tu parles t'inquiètes ? Ou bien est ce que c'est l'occasion d'un bon nettoyage dans le rap en France ?

Oh tu sais, déjà, j'aime pas l'expression nettoyage, parce que souvent, il y a ethnique derrière. Mais à part ça, je vois pas les choses comme un nettoyage. Effectivement, peut-être que les gens qui avaient un pur désir économique dans cette histoire-là vont peut-être être moins intéressés, et donc partir faire leurs trucs ailleurs. Et puis il va peut-être rester que les gens qui sont réellement intéressés. Maintenant je ne peux pas te dire ce qu'il va se passer. Moi ce que je sais, c'est que nous on a décidé d'être créatifs encore plus violemment, et que, s'il y a 5 ans, on avait décidé de se structurer en indé, c'est peut-être qu'on savait qu'il allait se passer un truc comme ça. Maintenant, il va falloir que les labels indé fassent le boulot qui a toujours permis au rap de se régénérer. Et normalement, il n'y aura aucun problème.

Et au niveau des médias ?

Pour moi, les médias, c'est une nébuleuse. Il y a tellement de variétés de médias, qu'on peut se demander ce que ça veut dire médias. Tu parles de ceux qui vont informer les autres quand tu parles de médias ? En tout cas, j'ai connu une époque ou il y avait des médias spés, et d'autres non spés. Et maintenant, j'ai l'impression qu'il y a des gens spé même dans les grands médias, donc c'est assez intéressant finalement. Maintenant, est ce que chacun aura l'éthique suffisante pour comprendre la musique qu'ils vont chroniquer ? Le mec écoute un truc, il porte son jugement, mais a t-il toutes les compétences pour le faire ? Bon, ça, c'est un autre débat. Le problème, c'est que, même s'il n'a pas les compétences, ce sera écrit. Et des gens suffisamment influençables le croiront, parce qu'il n'y aura pas d'écriteau « attention, j'ai pu me tromper ». Et donc, ça suppose une certaine déontologie au niveau du travail, et une certaine forme de réserve. Et j'ai constaté que très souvent, la réserve était au mépris des règles du hip-hop, mais plus simplement, servant le fonctionnement de la promotion et du marketing. Et c'est ça qui m'inquiète, et j'espère que ça va disparaître un peu, et puis qu'enfin, le mec, s'il a vraiment un avis, qu'il le donne, ou sinon, qu'il se taise. Mais qu'il ne fasse plus seulement la moitié du boulot, par exemple en le chroniquant sans l'avoir écouté. Il faut que toi-même, journaliste, tu sois passionné dans ta démarche, comme un artiste, que tu n'aies pas de parti pris, parce que j'aime pas sa gueule ou etc. Il faut qu'on s'élève de tout ça.

Au niveau des radios plus précisément, est ce que tu voies des bonnes portes de sortie à l'hégémonie de Skyrock, avec une nouvelle responsabilité des radios de province par exemple ?

J'constate qu'en France, on a une province vraiment établie dans le désir de faire avancer les choses, mais malheureusement, il y une forme de centralisation médias-musique sur Paris, qui est insultante pour les provinciaux, et au delà de ça, la capacité qu'auront certaines radios à sortir comme tu dis, j'y crois pas une seconde. La radio diffuse du rap, et parfois des morceaux très intéressants, mais elle n'a jamais généré d'état d'esprit de la culture hip-hop. Elle n'a pas fait l'effort de diffuser la culture qui allait avec. Elle l'a sorti de son contexte de créativité. Elle a pris ce produit-là et l'a diffusé tel quel. Puis, par effet d'entraînement, d'autres jeunes l'ont écouté, en ce disant « ben oui, c'est que ça »,et finalement, c'est tout ce méli-mélo qui fait qu'on quitte complètement le truc de base, qui est ultra positif, et qui fait que cette transmission inter-générationnelle est intéressante. Culturellement, le hip-hop devient désuet, à l'image de notre société où on valorise le profit à outrance. Et là, j'avoue qu'j'suis pommé là. Ca m'intéresse pas, j'suis pas là-dedans pour ça. Justement, nous, on a fait ça pour faire autre chose : on a tous commencé par la danse, le machin...etc, puis, à un moment donné, la musique a pris le dessus sur toutes les autres disciplines du hip-hop, en effacement indirectement les autres du fait de son omniprésence dans les médias. Et puis aujourd'hui, je crois qu'il faut que les autres disciplines soient brillantes. J'vois beaucoup d'gens qui me disent « ouais la danse hip-hop c mortel, ouais le Djaying ça tue », sous-entendu « le rap ça pue la merde, parce que les mecs génèrent la violence, etc ». Il y a toujours ce rapport d'opposition, parce que les mecs ont besoin de se positionner pour comprendre les choses. Or je crois que le rap est aussi positif que toutes les autres disciplines du hip-hop. Il demande autant de sacrifice et autant de travail. Simplement, peut-être que pour l'instant, on n'a pas eu les bons exemples devant les yeux... Mais les choses vont sûrement changer, donc j'suis pas inquiet du tout concernant l'évolution du rap en lui-même. Par contre, concernant l'évolution de l'industrie du rap, ça, c'est un autre débat. Un débat qui me concerne pas, donc je t'avoue que je m'en branle un peu. Là, j'essaie juste de défendre et de transmettre ma passion. Je veux qu'on transmettre des vraies valeurs aux jeunes, et moi-même, je vais continuer...parce que j'te le dis tout de suite, j'ai pas l'intention de lâcher l'affaire ! Ca me dérange pas d'être DJ à 80 balais :) Si j'ai encore plus de compos qu'aujourd'hui, y aura aucun problème...Bon, c'est sur, si j'ai perdu la mémoire, ça deviendra compliqué...Mais plus tu vieillis, plus tu acquières de l'expérience, donc tu gagnes un temps fou. Et après, tu sais aussi en tant qu'instrumentiste où sont tes limites, donc tu joues moins avec le feu. T'as beaucoup plus de temps et de méthode, puis tu peux aussi déléguer à des plus jeunes, à condition de continuer toi-même à bosser.

Tu continues donc à bosser ?

Oui !!! Aujourd'hui, j'm'entraine pas dans l'optique championnat et tout ça, donc j'essaie de développer vraiment l'instrumentisme, en étant très accès sur le scratch. La technique, je la travaille beaucoup, même plus qu'à d'autres époques. J'suis moins dans la réa en c'moment, un peu moins dans les prod aussi, parce que j'avais besoin de revenir à une essence basique, très manipulatoire, gymnaste en fait. Ca fait du bien, et il faut toujours se maintenir ! J'accepterai jamais d'avoir été bon à 25 ans, puis de devenir mauvais à 30 ! C'est une carrière, dans le sens où c'est ma vie ; et comme je l'aime, il n'y a aucune raison pour que j'arrête. Et plutôt que d'aller me bourrer la gueule avec des connards, je travaille mes platines. Et puis, je suis heureux quand je le fais, c'est aussi simple que ça. Evidemment qu'a un moment donné, c'est difficile d'être sur tous les tableaux, donc il a des choses que tu vas privilégier. Je le vois à l'école aujourd'hui, beaucoup de jeunes n'ont pas les bases essentielles de cut, donc ils n'ont pas toutes les combinaisons cut-transform, donc toutes les désolidarisations de mains qu'ils n'ont pas, donc automatiquement, quand t'attaques des combinaisons de flair un peu plus poussées, qui vont intégrer des « ciseaux royclik » ou des choses comme ça, ça ne marche pas mieux. Donc on n'est obligé de repasser par toutes les étapes, parce que quelque part, le transform est d'une complexité rarement égalée dans le flair. Parce que le flair si tu veux, c'est très novateur, c'est tout ce qu'on veut, mais techniquement parlant, les décalages de mains, il n'y a que dans le transform qu'ils sont aussi complexes. Chaque mouvement doit ici être différent. Dans le flair, t'as une base sur une main-fadder qui dessine une certaine forme de séquence, et à un moment donné, les « modulations » sont sur la main-vynile. Et aujourd'hui, on voit encore plus qu'on accentue tout le travail sur la main. Donc on a décalé beaucoup le travail. Mais cela dit, quand tu réadaptes toutes ces bases-là, tu les remets en transform, et tu combines à outrance le transform-flair, avec justement même des séquences de décompos mais en flair et pas en transform, là, tu te rends comptes que t'obtiens des coups purs (ou des coupures ?) , d'une rare efficacité et propreté. Et après on accentue tout sur le travail au niveau de la main, c'est à dire vraiment on parle de flow mais moi je préfère parler de tonalité, c'est : ENFIN ON SCRATCHE EN TONALITE, donc on arrive à moduler aujourd'hui à outrance la main sur le disque les tonalités, et c'est ce qui fait que le scratch a dépassé tout l'entendement depuis 6 ans. Les gars de San Francisco ont relégué le truc à un niveau incroyable, et je crois qu'il y aura encore un après San Francisco. Et tout ça c'est une question d'émulation culturelle. A un moment donné, il faut qu'il y ait des soirées, des trucs qui s'organisent, comme il peut y avoir parfois au Batofar, où on va voir le DJ jouer des sets intéressants. J'trouve ça super positif : on va voir le gars parce que vraiment ce qu'il fait, il est le seul à le faire , bref, on développe cette individualité au détriment d'un certaine forme d'industrialisation et d'homogénéisation regrettable des produits. Au contraire, il fait qu'on revienne à l'esprit de base du hip-hop : chaque mec avait un style différent : LL Cool J c'était pas Beastie Boys, Beastie Boys, c'était pas Public Enemy... Voilà, c'est cette variété qui faisait l'intérêt de cette musique. Aujourd'hui, parfois, en écoutant un tel, on finit même par se demander si c'est pas un autre qui rappe à sa place. Donc je crois que c'est bien qu'aujourd'hui, on retrouve une certaine forme de diversité, et puis en même temps, que le public y trouve son intérêt, en pouvant préférer l'un ou l'autre. Que le public prenne enfin du plaisir, et puisse dire « putain les mecs, ils ne se foutent pas de notre gueule, ils font vraiment de la musique ». Donc après, on rentre ou pas dans leur délire, mais qu'on décale au moins a chaque fois cet aspect financier du truc. J'ai jamais vu autant d'artistes du hip-hop à cette époque s'intéresser autant à leur portefeuille, c'est quand même affreux. Donc a un moment donné, on casse complètement le rêve de l'artiste. Même en maisons de disques, les mecs te disent « putain les artistes hip-hop, ils parlent tout le temps de fric ». Alors effectivement, peut-être c'est parce qu'ils ont compris qu'ils allaient se faire niquer, ça c'est sur. Donc quelque part, en tant qu'artiste pur, c'est inquiétant. Mais là, on perd l'image du mec qui est avant tout là pour faire un truc précis. Bon, on va pas aller plus loin ;)

Pour faire un point sur la situation du Djaying en France, comment vois-tu la nouvelle génération qui comprend Audiomicid, ou Netik, ou tous les gens du sud, , genre « siastaz », ralph, bomb, matsa...etc...

J'constate qu'y a un engouement, que le niveau progresse d'année en année, qu'on a maintenant des bons beatjunglers, des bons scratcheurs, et surtout qu'on a, un p'tit peu à l'image de certains sports, qu'on a un VIVER. On sent vraiment que ’est pas le fait d'une ou deux personnalités, mais qu'au contraire, ça arrive de partout. Et avec du talent, du niveau. Alors moi j'suis super heureux. J'espère tous ces gens là vont aller chercher des titres mondiaux, vont amener des techniques nouvelles, parce que moi ce qui m'intéresse, c'est quand même l'invention. Mais les français semblent encore souffrir à ce niveau d'un complexe d'infériorité par rapport aux ricains en ce qui concerne l'invention. Parfois excellent techniquement en imitation, ils ont du mal à inventer, non ? Je souhaite qu'il y ait des gens qui décalent l'aspect « je refais » jusqu'à l'aspect « je crée ». Maintenant, c'est vrai que t'es obligé de savoir refaire, avant d'inventer. Donc je crois que, comme on est entrain de maîtriser complètement cette étape-là, je pense qu'à un moment donné...Et puis, il y a des gens qui ont des vraies démarches d'instrumentistes : j'pense à Coup 2 Cross par exemple., qui sont pour moi des mecs qui font de la musique à part entière. Sinon, en plus d'être super content de cette élévation de niveau en France, je te dirais que le DJ français, techniquement, dans la culture hip-hop, il est au centre du débat, parce que je constate quand même qu'en 20 ans de Djaying, on a quand même eu de dignes représentants, même au niveau mondial. La seule chose maintenant donc, c'est que les choses avancent aussi culturellement. Au niveau de toutes les jeunes générations, je constate aussi qu'il y a beaucoup de Djs qui arrivent aussi à une certaine forme de maîtrise avec toutes les combinaisons du scratch, et pas qu'avec une technique qui a 10 ans. Aujourd'hui, ils intègrent beaucoup de combinaisons cut-transform-flair, et c ce qui donne une variété. Les gens qui sont dans le milieu depuis longtemps se rendent compte que ces 3 techniques de bases sont maîtrisées. Donc automatiquement, il va se passer quelque chose. Avec des gens comme Atrak, on arrive à un solfège de la scratch music, donc on avance. Franchement, le matériel a progressé, mais il reste quand même globalement le même, si ce n'est qu'il est plus souple. Et que l'ouverture est instantanée, et non plus progressive. Mais aujourd'hui, quelqu'un qui maîtrise one click le maîtrise sur une PMX de 93. Y a pas de problèmes hein... Donc quel est le mec qui va nous inventer la prochaine séquence et la façon dont il va la faire, ça, ça va être monstrueux !!!! Là, t'as des générations qui scratchent en traditionnel et en inversé...et tu te dis qu'à un moment donné, il va naître quelque chose de tout ça !!! Et moi je regarde, parce que je suis curieux...Et puis, souvent, en Djaying, chacun doit ramener sa pierre à l'édifice : toi tu ramènes ça, parce que c'est dans tes capacités. Il y a un mec qui va ramener la même chose que toi, un autre moins.. Etc. Et à un moment donné, tout ça, ça fait un beau coup. Et le mec qui est au bout de la chaîne, il va dire : moi j'prend ! Et puis lui, à son tour, il se rend compte qu'il est obligé de faire la même chose, parce que sinon.. c'est ça la culture du wack ou suck MC, c'est que le gars, lui, il peut intégrer, mais il faudra qu'il ramène autre chose de nouveau, parce que sinon, il ne reste pas. Et c'est ça qui est intéressant. Ca, je le vois dans l'enseignement qu'on délivre aux jeunes : première étape, c'est normal, tout le monde veut savoir scratcher avant de savoir mixer, jusque là, tout est logique :). Après, quand tu leur expliques que ça va les bloquer dans la compréhension de pas mal de choses, bon, ils abordent le mixage autrement. Ils intègrent les différentes techniques : cut, transfo, et après, à un moment donné, ils arrivent à intégrer des combos : je leur dis ça c'était le combo de Cash money, 1987, ça c'est 89 Alladin, ça c'est 93 Q-bert, et toi, c'est quoi ton nom, et c'est quand ? Parce que quelque part, le problème il est là. Et on le retrouve dans la prod comme dans le Djaying. Simplement, l'épreuve, c'est que le niveau de maîtrise a augmenté. Donc pour faire tes gammes, tu mets plus de temps. T'es obligé d'intégrer tout ce passif. Parce que sinon, tu vas te pointer croyant que t'as inventé un truc, alors qu'y a un blaireau qui l'a déjà fait 15 ans avant ! C'est ça la culture, quand t'es au courant, c'est toujours mieux. Au moins, tu reproduis pas ce qui a déjà été fait en croyant être un génie !

Pour revenir à des choses plus basiques, vous êtes équipés de quoi ?

Au niveau matériel, on a des MK2 et Technics traditionnelles. On a la chance de bosser avec « Shouk » pour les cellules. On commence aussi à bosser avec Gemminy pour les mixettes, parce que je trouve que la mixette gemminy est intéressante au niveau qualité prix, surtout pour les jeunes DJ. Y a beaucoup de gens qui ont connus les étapes de Gemminy .. et les premières G. quand elles sont arrivées en Europe, tout le monde se ... tu vois, y avait la G. de Jazzy Jeff en 1986, puis après, celle de Cash Money... donc G. a tjs eu un pied dans le Djaying et le hiphop. Puis après, il y a eu l'arrivée en masse de Vestax, et Newark par la suite... Mais là, G, je trouve qu'ils ont trouvé un produit qui allie a la fois un prix intéressant et une qualité intéressante. Maintenant, c'est vrai que j'ai eu la chance d'essayer l'ISP Vestax, qui est une tuerie de console...mais pour une comme ça, t'en achètes 4 G...Donc c'est vrai qu'à partir du moment où t'en as une qui a un potentiomètre qui a une ouverture rapide, c'est à dire non progressive...Le défaut de celle là je crois c'est qu'ils n'ont pas intégré les ouvertures de « K verticaux ». Après, au delà de ça, ça n'empêche pas un jeune de progresser...

Pour te tenir au courant des nouvelles techniques, comment fais-tu ? Les vidéos, le net ?

Nous, en tout cas par rapport à l'école de Djaying, on a quand même un support vidéo important, parce que ça permet aux jeunes à la fois de se rendre compte des écarts, et de se fixer des objectifs. Mais il ne faut pas non plus que ça devienne systématique. Alors il y a des déclenchements ... par exemple, moi je le vois, j'aime beaucoup, surtout sur des sessions de mix, par ex je sais pas si vous l'avez vu mais sur cette vidéo (nom de la vidéo ? ) , il y a une cession DJ Shadow / Cut Chemist qui est très intéressante, car elle intègre vraiment tout ce que je crois être une culture au niveau du mix, c'est à dire des techniques à la fois basiques et complexes, et en me^me temps il y a le duo des 2 DJs, et ça le fait parce que c'est vraiment musical. Et franchement, c'est ce que je me fais comme image du DJ, parce que si le gars est capable de faire ça, moi, je vais danser tous les soirs ! Sinon, qui n'est pas fan de Q-Bert aujourd'hui ? Perso je ne sais pas. Pour moi, il a une dextérité monstrueuse, il a compris les choses avant tout le monde, c'est un aspirateur, j'suis content qu'on l'est !! Après, au niveau européen, matter les sets de Scratchs Perverts, c'est impressionnant de créativité ! Y a toutes les compos. Tu vois, en voilà qui ont inventé leur scratch ! (le combo botter vertical). Ce gars là, il laisse un truc !!! C'est monstrueux ! C'est con a dire, mais moi, je kiffe de plus en plus matter ces mecs ! Y a énormément de choses intéressantes à voir. Les sets de Djs sont de plsu en plus aboutis, en finesse : les décalages sont systématiques, tu vois, il n'y a plus rien de bourrin en Djaying. Sincèrement, je vais te dire que jamais j'aurais pensé qu'on arriverait là ou on en est aujourd'hui...alors à partir de là, c'est que du bonus ! ;)

Pour revenir à l'aspect plus musical de la chose, et ne pas trop saouler les gens avec le Djaying, comment s'est fait la connexion puis le travail avec Puzzle et Harcèlement ?

C'est bizarre mais la vie est faite de rencontres.. c'est aussi simple que ça... On partage la même passion, les mêmes objectifs, et après, on donne tout ! Pour moi, j'avais besoin de ça, et puis, c'était vraiment lanaissance d'un truc ! On a vécu de bons moments en studio, en concert, pour Puzzle surtout. Après, avec Harcèlement, c'est différent... ce sont des gens complètement portés sur l'humour, donc faire une séance normale avec eux, c'est pas possible. Et là ou je vois des gens s'enfermer dans des délires que je ne partage pas -drogue, alcool, etc-, nous, notre drogue, c'était de se fendre la gueule ! Donc à un moment, t'arrêtes les machines, et tu t'lâches ! Et Puzzle c'est pareil, ils ont une approche complètement humaine du truc. Une vraie confiance s'est installée. Artistiquement parlant, c'est vrai que personnellement, je suis quelqu'un d'assez rigide. Je met la pression pas mal.. et des fois c'est vrai que c'est difficile. Les prises durent le temps qu'elles durent, et si ça va pas dans la musique, tu changes. Donc c vrai que je suis assez excessif là.. L'objectif pour moi, en enregistrement, c'est de mettre la personne dans des conditions telles qu'elle tire d'elle même ce qu'elle croyait ne pas pouvoir être capable de tirer. Et c'est à moi de m'arrêter au bon moment pour savoir ce qu'il faut garder. Mais c'est vrai que très souvent pour les artistes, je suis un mec énervant. Et je peux te dire qu'en session scratch, c'est pareil : ça peut être du premier coup comme ça peut -être...C'est comme ça ! Quelque part, je trouve que c'est de l'honnêteté par rapport à soi : je ne maîtrise pas ça, donc je bosse, je progresse. Mais après, je suis conscient aussi que t'arrive à un niveau, ou après, c'est difficile de progresser. C'est un peu le fonctionnement du judo...entre ceinture blanche et ceinture noire, tu vois la différence, entre premier et 2éme dan, déjà moins, alors que souvent, il y autant de travail avant qu'après. Et le problème, c'est qui c'est qui voit la différence après ? Alors on va te dire « pff, tu travailles pour les 15 mecs qui voient la différence » ! Mais non, je travaille pour moi surtout. Eux font ce qu'ils veulent. Je travaille parce que j'en ai envie. Je me sens pas bien si je le fais pas, c'est aussi simple que ça.

Perfectionniste ?

Aux yeux des autres oui, mais moi j'ai pas l'impression. Le truc que je redoute le plus, c'est que quand tu bosses sur un morceau, tu te prend la tête, et à la fin, t'es complètement stérile ! Et le lendemain matin t'arrives, t'écoutes le mix...et tu t'dis « pfffff là, c'est pas possible ! », alors que tu t'es trop fait chier la veille. Mais tes oreilles ont entendu du entendu de l'entendu du entendu ..etc, et à la fin, c'est n'importe quoi ! L'essence même du truc, elle est perdue ! Donc ça, c'est le truc affreux qui peut m'arriver...Y a cette phrase mortelle qui dit « dans la spécialisation, tu connais de plus en plus de choses sur de moins en moins de choses, et à l'arrivée, tu finis par tout connaître sur rien » ! C'est exactement ça !!! Parfois, ça m'est même arrivé de me pointer au mastering avec ça, et quand on écoute...euh...le gars me dit « là, sincèrement, c'est pas possible ! T'as pas pu me faire ça, c'est impossible ! » ... et là tu t'dis « meeeerde, si, je l'ai fais !!! ». «Mais par contre, j'vais repartir chez moi maintenant !» Ca m'est arrivé ..et y a pas si longtemps que ça ;) Mais bon, le problème du perfectionniste, c'est d'accepter ces erreurs-là. Et là où c'est le pire, c'est dans l'instrumentisme du Djaying, parce que finalement, la nature est assez sélective, et ça, t'es obligé de le comprendre, que tu le veuilles ou non. Tu pourras travailler comme tu veux, avec la méthode que tu veux, mais l'information entre ton cerveau et ta main, eh bien y a des gens qui ont un S16i, et y a des gens qui tournent avec un vieux disque dur, et là, t'y peux rien ! Par contre, là où la nature fait bien son boulot, c'est que ces gens qui ont cette rapidité seront peut-être moins créatifs. Alors ce sera des bons clones pour refaire ce que d'autres font bien, parfois ils le feront même mieux que les originaux, mais par contre, ils vont rien inventer. Mais je crois qu'il n'y a pas de secret de toute façon, il faut être dur avec son propre boulot : tu es le seul à pouvoir te violenter, car de toute façon, t'accepteras que ça soit un autre qui le fasse.

Au fait, pourquoi Logilo comme nom ?

Ça vient de Logistik ! De l'époque Sage Po ! j'entendais souvent le condensé « logilo », et ça m'a bien plus, alors je l'ai gardé ! Je trouve qu'il sonne bien. En plus, il termine en o, et comme je suis d'origine hispanique, voilà. Ca allait dans tous les domaines ;) Le k de Logistik sonnait trop nordique pour ma tête ! En plus, il se retient assez facilement... Mais c'est vrai que finalement, son blaze, c'est important ! mais j'ai eu la chance que ça soit d'autres qui le trouvent à ma place.

De ton point de vue à la fois de producteur et de DJ, que penses-tu de cette mode de sons « branchouilles », « d'abstract hiphop », même si je ne sais trop comment l'appeler ?

En fait, pour moi, dans le rap, la mise en musique instrumentalement parlant, elle est toujours basée sur la qualité de la prestation vocale, donc bizarrement et paradoxalement, t'as des bits qui sont très majeurs, ça veut dire que quelque part, ça aurait tendance à évincer une prestation de MC, alors que moi je trouve pas : c'est toujours qu'un bit de support, et donc simplement parfois il est plus entraînant ou plus gimmick. Alors au delà de ça, perso, je me concentre tout le temps sur la performance vocale quand j'écoute un morceau de rap, parce qu'en fait, j'ai une culture très MC au départ... J'ai rappé pendant longtemps, donc. Malheureusement je n'étais pas très prolifique en la matière. Enfin, j'ai eu la chance de rencontrer des gens comme Zox ou Dany Dan qui ont un talent incroyable, et donc ça m'a permis de comprendre que j'avais pas le talent suffisant pour pouvoir m'exprimer. Bref, et donc, à ce moment là, c'est vrai que c'est important que la forme soit là. Parce que je pars du principe assez simple mais important, s'il suffisait de ne dire que des choses vraies, voire de dire des choses bien, clairement, eh bien il ne faut pas faire rappeur mais journaliste. Ou alors encore écrivain. Mais rappeur, c'est rapper. Donc j'estime à un moment donné que si tu n'as pas de style, de technique propre, ça m'intéresse moins. Ce que je veux, c'est que quand je mets le disque, ça fasse BOUM. Donc dans la notion d'abstract, c'est surtout des gens qui ont une autre démarche artistique. Et par rapport à ça, ils sont entrain de chercher un style différent, parce que justement, par rapport aux bases essentielles du hip-hop, ils veulent amener quelque chose de différent des autres. Donc par rapport à ça, je respecte beaucoup la démarche. Après, je vais me demander si c'est réussi. Et le débat, je pense qu'il est beaucoup plus là. Donc, si c'est différent, est ce que c'est suffisamment efficace pour que je retienne le fait de la différence ? Parce que le fait de vouloir inventer, c'est tout a fait noble. Mais part contre, inventer pour inventer, faut pas me prendre pour un abruti non plus ! Mais quand quelqu'un fait de la musique de façon très aboutie, très efficace, parce qu'il sait définitivement où il va, qu'il touche le 1000 a chaque fois, et que l'efficacité dans son genre il l'obtient, alors là par contre, je dis bravo. Moi ce que je recherche avant tout dans la prod, je ne te le cache pas, y a une notion d'efficacité dans les rythmiques, et une notion d'entraînement, parce que mon fonctionnement de DJ m'a fait comprendre que les gens raisonnaient souvent tous sur des codes, codes entretenus dans notre culture occidentale, avec des fonctionnements rythmiques très binaires. Maintenant, peut-être que cette culture va changer, et que ça permettra à certains, dont ceux-là, de s'installer. Mais c'est vrai qu'on est quand même des adeptes du fat beat traditionnel, lourd.. etc. Moi, c'est mon kiff, j'avoue, j'suis comme tout le monde ! Mais j'aime absolument toutes les formes de diversité ! J'suis pas un mec figé, j'suis pas un mec qui entretient un rituel du style « alors, le beat doit être comme ça .. »au contraire, j'ai envie de produire plein de choses. Mais par exemple, j'ai commencé en 90, je faisais des trucs justement très différents, à l'opposé de tout le monde, et je me disais « putain les mecs, ils n'entrent pas dans mon univers », mais en fait, j'avais pas compris un truc : c'était que je voulais tellement être différent que j'avais oublié d'être efficace. Et je me suis rendu compte que finalement, ce qui était efficace était déjà passé par ce truc-là. Et donc à un moment donné, quand la créativité, elle est utilisée comme un simple poids marketing pour dire « c'est différent », là, par contre, ça commence vraiment à me faire chier. Ce qui m'intéresse, c'est le résultat. Et il est clair que celui qui achète du rap depuis 20 ans, ou le DJ qui a 15 ans d'expérience, je crois que ces gens-là sont aptes à comprendre ce qui est efficace et ce qui ne l'est pas, ce qui est nouveau et ce qui l'est moins...etc. Donc par rapport à ça, la notion d'abstract hip-hop, c'est : 1/ à mettre entre des mains très précises, de ne pas dire n'importe quoi, de voir un peu ce que fait chacun, parce que là, c'est la personnalité de chacun qu'il faut juger. Du moins, je n'aime pas tellement la notion de rassembler tout dans un saladier « abstract ». Parce que souvent, c'est aux couleurs sonores qu'on réagit, mais techniquement parlant, les MCs ne rappent pas tous avec le même niveau, ils n'ont pas tous le même truc. C'est plus ça qui retire mon attention !


Propos recueillis par Madrias & Pamsiste