Feross
Feross, nouveau punk des temps modernes, signe avec Mon Hiphop une entrée remarquée dans l'héxagone hip-hopistique. Un maxi solo abouti aux influences diverses et variées, qui nous fait voyager dans son monde, son hiphop. Pour nous il revient sur ses activités de MC, mais aussi sur les expériences ''hors-rap'' qui l'unissent à cette culture...


Raconte-nous un peu ton parcours ?

Il est récent dans le sens ou je rappe sérieusement depuis seulement 5/6 ans. Mon premier groupe s’appelait 15/35, mais rien ne s’est fait puisqu’on va dire que j’avais du mal à travailler en collectivité, et j’ai laissé tombé. Ensuite, j’ai rencontré Dasso, et on a monté Les Fauves. On a sorti un maxi en 99 qui n’a pas trouvé beaucoup d’échos. D’ailleurs, c’était justifié : les sons, la promo, les gens avec qui je travaillais, bref, rien a marché. J’ai donc fait une grosse mise au point, et j’ai décidé de partir en solo. De là est née l’envie de faire un maxi. Et j’ai rencontré Madrias entre temps, et ça donne le maxi qui vient de sortir.

Tu as aussi un parcours culturellement hip-hop, hors rap, non ?

J’ai vécu a New York 2 ans avant de monter Les Fauves. J’en avais marre de la France, du pseudo-mouvement, des gens qui salissent le truc, qui parlent de cité, de ghetto, de joints et de machins… Bref, je suis parti, j’avais envie de rencontrer des gens, de capter d’autres vibes, de chercher une certaine simplicité à tous niveaux. Mes parents étant malades, je suis revenu en France. Et puis là, je n’avais pas d’argent, mais un ami, à savoir Tekilatex, était démissionnaire a Radikal et m’a proposé sa place. Ce que j’ai fait, en donnant 1 an ½ de ma vie à Radikal. Entre temps, parce que je suis quelqu’un qui n’aime pas se limiter à une seule activité, je travaillais à Sound Records, et j’entendais beaucoup les clients de la boutique se plaindre du fait qu’il n’y ait pas de concerts…Et comme je connaissais du monde, j’ai essayé d’établir des connexions. Je suis donc à l’origine de la structure HipHop Resistance, avec Awer et d’autres personnes, structure que j’ai quitté au bout de 3 concerts à cause de disortions internes. Et puis après, je les ai organisé à ma propre sauce (Concerts de Can Ox..etc).

Comment as-tu choisi et établi tes connexions pour ce maxi (Drixxxé, Tacteel et Saneyes) ?

Drixxxé, je le connais depuis 4 ans. On avait déjà le souhait de travailler ensemble, mais il avait son album, et puis il était busy. J’ai donc attendu mon heure, et voilà. Beaucoup de gens m’ont dit que ce son là du maxi n’est pas le meilleur de Drixxxé, et je le sais très bien.

Mais je sais aussi qu’il me fallait un morceau radio, pas trop putassier non plus, et Drixxé sait bien faire ce genre de choses. Après pour les autres rencontres, il y a eu Fab, que je connais depuis la nuit des temps, donc la collaboration était évidente. Même si au final, le morceau n’est pas dans le maxi, parce qu’il s’est avéré plus faible que les autres. Pour Tacteel, c’est Fab qui me l’a présenté en me disant qu’il faisait des bétes de sons, et c’était vrai. Donc après 4 mois de galère pour le maxi, j’avais besoin d’apporter un peu de fraicheur au maxi, et de dégager d’autres sensibilités : j’avais pas envie de rester dans le créneau gros son, j’avais besoin de sons plus jazzy, plus mélo…donc j’ai rencontré Saneyes (de Synopsis).

Un morceau radio et vendeur donc ?

Non ! Peut-être que toi t’as pu le saisir comme ça, mais pas moi ! Parce que chez moi, il y a peut-être Slum Village et Cie qui tourne, mais je kiffe aussi D Angelo, Bilal Et là, j’avais LE chanteur pour pouvoir exprimer ce que j’avais dans la tête -parce qu’il faut savoir que c’est moi qui ait composé les mélodies et écrit le morceau- donc voilà, il a été un parfait instrument ! En tout cas, je ne l’ai pas fait dans le but de radio machin… même si maintenant, Générations le joue 3 fois par jour, j’y peux rien ! Ils le kiffent, ils le kiffent ! Faut savoir qu’on l’a laissé aussi à Nova et qu’ils n’en voulaient pas : ils le trouvaient trop classique, trop nu soul. Mais bon, ça fait partie de mes influences...

Ca fait surtout partie de la tendance ?

Mais des morceaux comme ça j’en entends pas ! A la limite, si y en avait 50 millions, je me dirais que je suis un suiveur, mais j’en entend pas ! Sinon donc, au niveau des collaborations, il y a aussi Asco : c’est un coup de cœur ! Je kiffe comment il rappe, et humainement, je le trouve sympathique comme pas possible. Donc il est venu à Sound Records, et je lui ai dit « je veux faire un morceau avec toi ».

Pourquoi cette pochette pour le maxi ?

Parce que le titre du maxi, c’est «Mon Hip-Hop», donc logique que tu me voyes avec un casque. Et si t’as envie de savoir ce que j’écoute, eh bien, tu mets le maxi ! Mon hip-hop, c’est plusieurs influences...de la nu soul aux sons fat. Et d’ailleurs, c’est aussi ça que je repproche au rap français : d’être monolithique ! Quand t’écoute un artiste, c’est un son ! Moi c’est pas ça ! J’écoute pleins de trucs en même temps ! Ca se voit même dans mes activités cet éclectisme : je suis journaliste, rappeur, organisateur de concerts. En France, on pige pas ça ! Aux States, c’est normal, mais ici, c’est pas bien ! Donc je dis «fuck» et je fais ce que j’ai a faire : je kiffe faire plein de choses en même temps, écouter plein de sons, de beats différents, et advienne que pourra ! Je sais qu’on est en France, mais ce n’est pas la culture dans laquelle j’ai grandi.

Avec ta double culture justement, tu n’as pas eu envie de rapper en anglais ?

J’ai déjà rappé en anglais, mais encore une fois, j’ai quelques réserves par rapport à ça. Parce que rapper en anglais, c’est prendre les gens de haut : et j’entends déjà la floppée de critiques. Donc ça, je le garde plutot pour l’album. Et éventuellement, je rapperais en anglais avec des cainris et non avec des français. Mais en même temps, ce n’est pas ma priorité. A la limité, j’suis dans l’kiff total, je le ferai ! Mais là, j’suis en France donc voilà.

Ce maxi, c’est un moyen ou un but pour toi ? Qu’en attends-tu exactement ?

Le but, c’est juste que la musique se propage. Apporter une pierre à l’édifice, pouvoir dire «voilà, Feross apporte son truc». Et c’est kiffer ! Tu vois, Madrias, il est venu me proposer un coup de main, pour le kiff, pas pour l’argent ! J’galère comme un chien, j’vais toucher le RMI, mais voilà, je le fais pour le kiff ! J’attends aussi un peu de respect de la part de mes pairs. Tu vois, moi, ça me fait plaisir quand quelqu’un me dit qu’il kiffe Soul, qu’il n’a jamais entendu un morceau comme ça ! Et enfin, mon but, c’est de surprendre les gens, parce que je sais qu’ils ne m’attendaient pas là, mais plutôt dans un truc fat, avec ma grosse voix, avec pleins de scratches...et en fait non ! Faire ça, c’est facile, mais faire Soul, c’était dur ! Donc, c’était un challenge ! Les maxis pour moi, ce sont des challenges. T’en chies, mais c’est ça la musique !

Le morceau «Nouveaux Punks» contient une bonne dose de démagogie («J’ai ma place nulle part / Jeune noir j’en mène pas large» etc) alors que toi, tu es l’emblème du gars qui a su se créer de la place justement, avec ton esprit d’initiative et de débrouillardise...Ce discours pénible, c’est la Street Credibility ?

Non, je ne suis pas d’accord avec toi ! Je n’ai pas réussi : je vis dans un 24m², on me refuse un appartement quand je vais en demander un. Ce que je demande, c’est la base. Là, je demande un appart, on me dit «Vous vous appelez comment ? Vous savez, les Africains, ils ne sont pas très propres». Tu sais, ce morceau, c’est une autio-biographie ! J’étais avec un pote, on s’est fait controlé 4 fois en 2 heures ! Tu vois ce que je veux dire ? La réussite dans la musique, ok. Mais dans la vie de tous les jours, je suis personne ! C’est pour ça qu’on l’a appelé Nouveaux Punks, parce que dans la vie de tous les jours, on nous regarde bizzarement. Tu vas dans un bureau pour faire des démarches administratives, le gars te prend pour le dernier des crétins…ouais, des nouveaux punks quoi ! Asko m’a dit «Tu t’rappelles les punks dans les années 80 ? Les mecs avec les grosses crêtes qui rentraient dans les magasins ? Ben c’est nous aujourd’hui» !

Madrias, toujours très poli : Si je peux me permettre, je ne pense pas que Nouveaux Punks, ça ne s’adresse qu’aux blacks, c’est pour tout le monde ! Moi je l’ai pris pour moi aussi ! Hors artistiquement, j’ai un travail, et je sais que calque avec personne ! J’ai le crâne rasé, j’ai des boucles d’oreilles, des bagues…eh bien rien que ça, rien que sur un aspect physique, parce que tu vois, j’ai rien de…j’suis blanc, grand, j’ai plutôt la tête d’un bon aryen (d’un bon à rien ? ;-).

Feross : Si tu comprends bien, dans le premier couplet que je lâche, j’en appelle à l’unité des peuples. Je n’ai pas de théorie afrocentriste ou machin, non, c’est pour tout l’monde. J’dis bien «rassembler les peuples», je parle de mixité. Bon, après, il est vrai que le couplet d’Asko peut prêter à confusion. Il est vrai, on est d’accord. Mais c’est sa vision, pas la mienne ! En tout cas, ça me dérange pas de me justifier, parce que pour moi, c’est un morceau universel, à tous les gens qui se sentent marginalisés, même aux gays.

La Huitième dimension a un air des Rues Electriques de La Caution… Est ce une comparaison qu’on te fait souvent ? Qu’en penses-tu ? Aimes-tu ce groupe, cette nouvelle scène française ?

J’ai eu droit à tout : on m’a dit que ce morceau sonnait très Def Jux. Mais ouais, peut-être, ben, ok ! Qu’est ce que tu veux que je te dises ! Mais tu vas te marrer, parce que l’album de La Caution, je ne l’ai pas écouté ! J’écoute pas de rap français, j’en ai que 2 CDs. Le premier album c’est Microphonorama. Et le deuxième, c’est Hocus Pocus. Sinon, Nikkfurie lui-même m’a dit que mon morceau était mortel donc...

En ce qui concerne les concerts rap en France, pourquoi selon toi la situation est-elle aussi difficile, et surtout bien plus difficile qu’aux Etats-Unis ? Le problème vient-il des salles réticentes à accueillir du hip-hop, du public français, des artistes ?

A mon avis, c’est à la fois le public et les promoteurs les responsables ! Les promoteurs sont frileux parce que, comme tu le sais, ça se passe plutôt mal en général. Le truc, c’est que la plupart du temps, les groupes qui tournent sont des pointures de maisons de disques, genre 113, et à chaque fois, on entend ça dans les faits divers. J’pense notamment à un concert en Suisse où ils ont retourné des voitures, où les gens se sont fait planter, etc... D’ailleurs, Hostile a stoppé la tournée Arsenik + Psy4 parce qu’ils étaient en panique totale. Mais en même temps, je pense aussi que le public n’est pas très éduqué : parce que s’il savait que c’est aussi dur pour les artistes de tourner, il ferait en sorte que le concert se passe bien, parce que tu vas aux Etats-Unis, j’ai l’impression d’être dans une bergerie !!! Les gens y sont alignés, sages. Y'a une grosse différence de mentalité : nous, ici, c’est la sauvagerie totale, les gens ne respectent rien !

Madrias : Il faut différencier aussi le public hip-hop, qui a l’esprit, et le public rap. Y a des gens qui vont écouter du rap sans pousser leur curiosité ! Alors que le public hiphop, il va peut être essayer, au delà du rap, d’aller voir le DJ, de capter les phases du breakeur, de voir comment le MC se place, d’aller tagguer un train.

Feross : En fait, pour les gens qui foutent la merde, c’est vraiment le coté événementiel qui les attire, genre tout le monde se capte, si y a moyen de foutre la merde, on le fait, si y a moyen de serrer de la meuf au passage, tout va bien…bref, t’y vas pas pour kiffer l’artiste qui s’est déplacé pour toi et qui essaie de défendre sa musique.

Est ce que cette situation peut s’améliorer alors ?

J’pense pas non ! Ce qu’on a besoin, c’est triste mais c’est qu’il n’y ait plus de concerts du tout ! Là, les gens vont commencer à grandir, à se dire «merde, on n’a plus rien ; Mea Culpa, c’était au public de jouer !». Mais je pense aussi que le fait qu’il y ait une scène underground qui grossit, que les mecs soient carrés et qu’ils travaillent le truc, avec des DJs ou des musiciens, ça aussi ça peut changer la donne : ça peut redonner confiance aux promoteurs et relancer la machine. Maintenant, ça prendra du temps et en même temps, je ne suis pas sûr que tous les artistes soient prêts : parce qu’il y a aussi ce côté là, c’est que la plupart des artistes hip-hop français ne travaillent pas du tout la scène, la négligent. Donc c’est dur.

Justement, à propos de ce travail scénique, tu parlais d’Hocus Pocus tout à l’heure… D’eux à Pit Baccardi, les formations live avec des musiciens se multiplient en France. Tu penses que c’est une bonne alternative pour tourner plus facilement ?

Oui, mais du côté de Pit, c’est plus de l’opportunisme qu’un souci artistique. Parce que je ne l’ai jamais vu à un concert de The Roots ou machin. Autant 20Syl est à fond depuis longtemps, autant Pit a pris le train de marche, parce qu’il sait que s’il n’a pas de musiciens derrière, il ne tourne pas, c’est clair et net : il a vu Arsenik se casser les dents sur 3-4 dates, et il s’est dit « Non, moi je veux pas ». En plus, il sait aussi que c’est chaud pour lui au niveau de son album, donc il n’y a pas à chier. Pour être sur scène, soit t’as un show carré, soit t’as des musiciens qui défoncent, et t’assures le show : il a choisi l’option musique, il a fait ça dans le speed, ils ont travaillé d’arrache pied, Hostile a lâché un budget pour pouvoir réadapter les morceaux, donc il le fait ! Mais bon, personne n’est dupe, c’est de l’opportunisme total. Contrairement à Hocus Pocus, où je sais que les gars tournent depuis longtemps, que le show est travaillé…Etc…Et je suis très content ! Maintenant, il en faudrait un peu plus comme ça, avec une vraie démarche artistique. Et Pit n’a pas de démarche artistique, même s’il tente de le dire dans Radikal.

Les écarts de ventes avec les Etats-Unis, c’est donc, selon toi, dû à la différence d’exposition radio ?

Oui je pense. Parce que malgré tout, en France, il n’y a que Skyrock qui diffuse du hip-hop, et après, il n’y a que des radios associatives. Aux Etats-Unis, il y a des radios partout, et pas de radios associatives, ce sont des gros trucs ! C’est culturel là-bas ! Alors qu’en France, le hip-hop, ce n’est pas culturel, c’est un phénomène de mode ! On le sait très bien, même si ça fait longtemps que ça existe. En fait, c’est une musique, un divertissement en France : quand tu vois un gamin de 14 ans dans la rue, demande lui qui est Afrika Bombataa ! Il ne saura pas qui c’est ! Pareil pour Kool Herc, pour Crazy Legs, pareil pour pleins de gens…ce sont des inconnus ici ; il n’y a pas de côté culturel qu’il y a aux US, ou même en Allemagne, en Suède ! En France, ça ne peut pas, ça ne peut plus exploser ! Ce qu’il faut faire, c’est un travail à la base, c’est se ressourcer … Mais c’est pour ça que je suis très content que le rap n’explose plus ; on va revenir 15 ans en arrière, où si tu veux percer, tu travailles dur, tu structures, tu mets quelques sous, tu montes ton label, tu marches encore avec la radio associative, parce que malgré tout, depuis 15 ans, elles n’ont pas lâché l’affaire, et puis tu te passes de Sky voilà, parce que Sky ne veut pas de toi puisque tu n’es pas en maison de disques, même si t’as un buzz de malade. Sky ne fait que suivre les tendances, et ce sont les maisons de disques qui les font, pas nous…Fini le temps où c’était le public qui les faisait ! Ce sont les maisons de disques qui disent ce qui va marcher et ce qui ne va pas marcher ! Donc pour conclure, oui, les médias ne jouent pas leur rôle du tout ! Et je le regrette…parce que par exemple, pourquoi il n’y a plus de fanzines ? Pourquoi les maisons de disques refusent que les journalistes des fanzines fassent des interviews ? Même si le lectorat est faible, c’est un lectorat tout court ! C’est un média.

Est-ce que tu trouves qu’il y a de bons magazines hip-hop en France aujourd’hui ?

Bons, j’aime pas trop ce mot : je dirais plutôt qu’il y a des magazines qui pourraient….améliorer….En même temps, c’est tellement dur pour les médias, parce que tu as des considérations économiques et artistiques… J’aime bien Real, même si je déplore le côté trop cérémonial et didactique, et trop monolithique, fermé. Mais en même temps, je respecte la démarche, parce que je sais que c’est très dur : ils doivent récolter 120 000 francs pour assurer le truc, et je sais qu’ils ne font pas de compromissions pour cela, donc je respecte grave ! Quand tu montes un magazine, t’as pas le choix, t’as besoin de thunes et forcément, tôt ou tard, tu fais des compromissions. Lotfi et Amine n’en font pas, et respect à eux pour ça. En ce qui concerne Radikal dans lequel j’ai taffé, je te cache pas que je n’aime pas tout. Mais en même temps, c’est ça qui me donnait à manger… et puis, je m’en fiche, parce que tout ce que je voulais, c’était apporter le côté underground du truc.

Et l’arrivée de Cachin à la tête de la rédaction ?

Eh bien comme j’avais démissionné avant, je l’ai pas trop mal pris. En même temps, je sais que c’est une décision de Studio Presse qui considérait qu’on était un peu trop réfractaire à travailler avec les maisons de disques. Parce que quand Stéphane Faure était rédachef, il ne faisait pas de cadeaux aux maisons de disques : même si les gens sont persuadés qu’on a acheté toutes les couv, ce qui n’est pas vrai, on a eu pas mal de problèmes avec elles. Studio Presse ça les saoulait, ils ont décidé de passer à l’offensive en virant Faure et le reste de l’équipe. Perso, j’avais déjà démissionné. Certains ont été repris ensuite, parce qu’ils étaient assez maléables, et puis les autres ont été laissés à leur triste sort, et ça donne « Radikal nouvelle formule », que j’apprécie moyennement. Mais bon, j’ai rien personnellement contre les journalistes. Par exemple, Thomas Blondeau (rédachef adjoint), je trouve qu’il fait un bête de taff ! C’est bien de voir Octobre Rouge, de voir Capital D..Etc..mais c’est tellement dilué dans le truc, que c’est un peu trop épisodique ! Donc je me dis « respect à toi, mais tu fais un peu ça dans le vent »…enfin, il vaut mieux avoir un petit peu que rien, et en même temps, moi aussi, c’était pareil…Il y avait 2 pages sur El P puis le nouvel album R&B à la mode à côté !

Comment tu expliques que, contrairement aux Etats-Unis, le marché du rap n’arrive plus à s’installer en France ?

Parce que le rap a vendu à un moment où il était au top de sa médiocrité ! En fait, il y avait toutes les conditions favorables pour que le truc explose : Skyrock faisait du matraquage, et puis ça a saoulé les gens ! Résultat, les médias n’ont pas trop suivi, Skyrock a changé sa prog. Puis il y a eu plusieurs problèmes, par exemple un vigile qui s’est fait tiré dessus. Bouneau a été calmé, il s’est décidé à passer moins de hip-hop, et plus de R&B. Bref, il n’a fait que suivre la mode, parce que le public est changeant, girouette ! Et le problème, il vient aussi du fait que les radios suivent trop le public : il n’y a plus de radios et de DJs avec des émissions éducatives. On ne prend plus de risques : on ne fait que suivre des tendances, donc forcément les ventes chutent car les gens n’iront pas acheter du hip-hop s’ils n’en entendent pas.

Certains fanzines se mettent à jouer le jeu des maisons de disques.

Oui, on est d’accord ! J’ai lu le dernier : il y avait TLC, Tony Braxton, etc…en fait, il y avait tout le catalogue BMG dedans ! Voilà, c’était super marrant ! Et après, on te dit « Mais non, on est encore underground, y a Princess Aniès en couv » ! Mais on est d’accord quoi.

Mais le fait qu’il soit gratuit, et à disposition du public, ça part d’une intention louable non ?

Oui, mais si c’est pour servir un système, ça ne m’intéresse pas. Il faut que ce soit une alternative ! Il faut pas que ça soit le média qui suive le système ! Si tu fais un fanzine pour moi, c’est pour parler des gens peu connus, dans l’underground, qui sont au taquet. Maintenant, t’as des trucs comme hiphop.fr, où est l’utilité ? Tony Braxton, elle n’a pas besoin d’hiphop.fr pour exister ! Alors que même Asco, Madrias, ils ont besoin des fanzines !

Ou du net...

Oui, le Net est une alternative ! Le truc maintenant, c’est qu’il ne faut pas qu’il soit biaisé, il faut qu’il reste dans la même direction, et ça, seul l’avenir nous le dira !

Madrias : c’est clair que le net a bien pris la place des fanzines, parce que faire un fanzine est coûteux, et au fur à mesure, tu étais obligé de faire des concessions ! Maintenant sur le net, à part des moyens humains, tu n’as besoin de rien ! Donc si les gens sont motivés pour rester dans une ligne éditoriale qui paraît à peu près propre, ça peut rouler très très très bien !


Propos recueillis par Pamsiste