Kohndo
''Tout Est Ecrit''. Avec son premier album solo, l'ex-membre de La Cliqua nous conte son parcours aux influences de jazz et de soul aux côtés de Jee2Tuluz, l'un de ses concepteurs sonores.


Alors que les autres membres de La Cliqua (Rocca et Daddy Lord C) ont sorti un long format dès la fin du groupe, ton premier album ''Tout est écrit'' ne voit le jour qu'aujourd'hui...

Kohndo : J'aurais aimé sorti un long format au premier abord. Je crois que j'ai eu la capacité d'en sortir un à partir de ''Jungle Boogie'' mais parfois la vie a ses aléas : je n'ai pas pu trouver de personnes qui croient en moi assez tôt. Pour la petite explication, j'ai eu la chance de sortir des maxis produits par des gens comme toi et moi (pas des boîtes), rencontrés dans des concerts. Faire un album, ça demande beaucoup de moyens. En indépendant, il faut le presser, trouver des gens pour la promotion, la distribution... tout ça a un coût et sans capital tu ne peux pas agir de manière ''officielle''. ''Tout est écrit'' est fini depuis un an, ça m'a donné un an de recul. Sinon, par rapport à mon expérience avec La Cliqua, je ne crois pas que l'on puisse établir une carrière sur son passé. On mise sur un artiste sur son potentiel présent et surtout, son potentiel futur. Est-ce que c'est quelqu'un qui peut tenir sur la distance ? Je pense que j'ai pu prouver que j'ai une démarche qui s'inscrit sur le long terme.

A quel moment as-tu opté pour une direction Soul / Jazz pour ton album ?

Kohndo : J'ai toujours kiffé le Jazz et la Soul, je suis vraiment né avec ça. Les premiers disques que j'ai écouté c'étaient Truck Turner, les Jackson Five, pas mal de Soul... ma mère avait ça. Puis vers 17-18 ans, j'ai commencé à m'intéresser au Jazz. Je suis tombé sur une biographie de John Coltrane et Mile Davis qui m'a touché et de là, je me suis intéressé à cette musique. A un moment, je me suis demandé ''C'est quoi la musique ? Est-ce que moi Kohndo, je suis capable d'avoir une démarche artistique ?'' Mes deux premiers maxis ont révélé ce côté là : ''Prélude à l'Odyssée'' et ''Jungle Boogie'' étaient vraiment emprunts de musique Soul par rapport aux samples j'entends. Maze, The Crusaders... c'était vraiment mon univers. Sur ''j'entends les sirènes'', c'était ma période où je faisais des essais plus dancefloor. Avec l'album, j'ai voulu arriver avec une définition de ce que je suis, de ce que j'aime avec une musique qui retranscrive vraiment mon état d'esprit. De plus, je vois le Hip Hop comme la continuité de toutes les musiques mères : Blues, Raggae...

Dancefloor et réflexion sont-ils incompatibles à ton sens ? Et sur scène, comment abordes-tu la chose ?

Kohndo : Le groupe The Coup ont tenté de mixer les deux. Ca me paraît très difficile car pour réfléchir, on se dit souvent qu'il vaut mieux se poser. Ma musique étant axée sur la pensée, les états d'âme, il fallait une musique posée pour que les gens puissent assimiler tout ça. Pour mon album, j'aimerais que les gens puissent y revenir souvent, puissent le mettre en musique de fond, avoir des coups de speed dessus mais avant tout, qu'ils puissent se calmer et se détendre. Un album c'est un moment d'intimité que tu partages avec quelqu'un et la scène, c'est plus un moment d'énergie où tu vas communiquer des émotions, certes, mais des émotions brutes. C'est la raison pour laquelle j'aborde la scène différemment. Je me permets de balancer autre chose : des instrus ou des versions différentes où je varie les refrains.

Tu as repris des textes sur ''J'arrive phat'', pourquoi ne pas avoir repris des morceaux comme ''Le faux'' par exemple ?

Kohndo : C'est un clin d'oeil à ceux qui me suivent. Le premier couplet est donc celui de ''Sauvage'', le deuxième de ''L'immense tournoi'' un morceau que j'avais fait avec Narcisse et le troisième, c'est celui d'un morceau que je devais faire avec Kamnouze. Un album doit être cohérent, c'est quelque chose qui ne m'est apparu que récemment... c'est également la raison pour laquelle j'ai laissé ces thématiques de côté qui désorientaient l'auditeur. ''Tout est écrit'' c'est une façon de dire que si tu veux me connaitre, il suffit juste de lire mes paroles, tu sauras qui je suis, ce que je pense et d'où je viens. Après ça, peut-être que je me permettrai de faire des albums moins denses mais c'est quelque chose qui m'a plu. Pour en revenir à la question, un de ces jours, je m'amuserai à faire un best of façon ''The lost tapes'' et ça sera marrant de voir comment j'ai évolué !

Penses-tu que tes morceaux ont plusieurs niveaux d'écoute ?

Kohndo : Oui, sur chaque morceau il doit y avoir à peu près trois niveaux d'écoute. Le premier est un message brut, le second tu dois y désceller tous les jeux de mots et le troisième... tu dois y sentir toute ma réflexion, où tu t'arrêtes sur des petites phrases. Dans ''Paris son âme'', il y a un passage où je parle de comment sont perçus les noirs avec ''un bâtard qui viendra nous dégager''. L'image est amenée d'une façon que tu comprends que je parle de la montée du FN. Mes revendications ne sont jamais au premier plan, et avec le temps tu les perçois. Dans le booklet du CD, il y a des explications qui éclaircissent tout ça.

Comment concilies-tu travail et rap ? Favorises-tu l'un des deux ?

Kohndo : Je considère vraiment le rap comme mon métier même si j'ai un travail à responsabilités. Mon professionalisme, je l'ai à tous les niveaux mais je préférerais être un artiste à part entière. Là où je me réalise humainement, c'est lorsque j'écris et quand je fais une musique.

Tu disais qu'avec Lumumba, tu avais trouvé une alchimie parfaite de travail. Finallement, il n'est plus sur l'album que s'est-il passé ?

Kohndo : Les rapports humains tu sais ! Ceux que tu croyais être tes amis, le temps te prouve le contraire. Evidemment, c'est regrettable. Regrettable mais tout ce qui t'arrive a un sens et puis le fait d'arrêter de travailler avec Lumumba, ça m'a permis de rencontrer Jee2tuluz, Stix et Yvon. A quelque chose, malheur est bon comme on dit.

Jee, tu peux te présenter et rappeler ton parcours musical ?

Jee2tuluz : ''Ouiiii bonjour !'' Je rappe depuis le début des années 90 mais j'ai jamais percé dedans. En 98, j'ai commencé à faire du son avec quelques formations sur Toulouse et en 2000 il y a eu le premier maxi de Profil Bas puis la compilation Find a Way dont j'avais fait la moitié des productions... Là, j'ai pu travailler avec Dadou et Sir Doum's. Le premier, j'aurais aimé travailler plus avec lui sur des projets plus conséquents, ça a failli se faire mais c'est quelqu'un de très entouré, il a pas le temps de sourir à tout le monde. J'aurais peut-être l'occasion un jour... Quant à Sir Doum's c'était une très bonne expérience. On n'a fait qu'un seul morceau ensemble, il a choisi une prod que mon groupe de l'époque ne voulait pas et il m'a ramené ''Pourquoi pas !''. En toute humilité c'est mon petite classique ! Donc j'aimerais beaucoup retravailler avec lui, ça serait avec plaisir. (Doum's si tu me lis !) Et puis sur la route, j'ai croisé Kohndo. J'avais une idée assez floue de ce qu'il faisait et de son univers musical, j'avais gardé en tête son travail avec La Cliqua. Il s'est avéré que l'on avait des goûts musicaux très similaires, un peu la même façon d'écouter les choses. C'est la première fois que je trouvais quelqu'un qui était à mon écoute et qui me rendait une image de mon travail positive. c'est quelque chose dont j'avais besoin et puis voilà, j'ai fait des sons sur deux de ses maxis et 4 autres sur son album. L'aventure continue !

Tu penses avoir une ''Jee touch'' au même titre que Logilo a une touche personnelle ?

Jee2tuluz : Ca paraitrait prétentieux pour le moment ! D'autant que j'ai une palette de goûts très éclectique : ça peut passer d'un truc bounce avec des lyrics ras les paquerettes à Madlib, Volume 10... et finalement ce que l'on va entendre de moi, ça dépendra des rappeurs avec lesquels je vais travailler puisque c'est eux qui choisissent les prods. Jusqu'à présent on a plus entendu de la boucle Jazz / Soul, et tant mieux, je pense que c'est celle qui me correspond le plus. Hormis le rap, c'est ma came.

Est-ce que tu es difficile au niveau des gens avec qui tu travailles ? Est-ce que tu empêches des choses de sortir ?

Jee2tuluz : Je ne suis pas un grand amateur de rap français donc je suis très difficile. J'ai la chance de tomber sur des gens que j'apprécie artistiquement, je pense à Harcellement Textuel notamment. On aura l'occasion d'en reparler je pense ! Sinon, oui ça m'est arrivé de retirer des sons sur des projets (qui n'ont pas abouti de toute façon) comme Kohndo a pu épurer des textes. C'est normal, à un moment il faut prendre du recul sur son travail et si des sons puvent saoûler... C'est pas plus mal de ne pas sortir de manière trop spontanée. C'est ma vision des choses, à ça s'oppose des gens plus freestyle. Si je peux sortir des disques que je peux écouter encore dans 10 ans, je serai fier.

Kohndo : Jee pourquoi tu rappes pas sur mon album au fait ?

Jee2tuluz : Je devais être sur une interlude... mais j'ai préféré laisser parler la musique ! Geeeeeeeeeeeenre ! *rire*

Et la Heartclick (Gas, Ed et Enz, Specko...) ?

Kohndo : Chaque chose en son temps ! Je sais que certaines personnes du forum de lehiphop.com connaissent un peu déjà mais chaque chose en son temps !

Pour finir, ton album a tourné sur internet avant sa sortie en version non masterisée et avec un tracklisting incomplet. Qu'est-ce que ça t'inspire ?

Kohndo : La question finalement, c'est ''Pourquoi on peut retrouver mon album sur internet alors qu'à la base je ne l'ai donné qu'à des journalistes ou des types qui faisaient des émissions ?'' Je ne sais pas si c'est pour me faire du bien ou l'inverse mais quoiqu'il en soit, ça ne me fait pas peur. Quand on est un artiste qui ne fait pas des disques d'or c'est plutôt une manière d'être découvert pour quelqu'un d'underground comme moi. Ceux qui aimeront auront intérêt à l'acheter tout simplement ! *rire* Mon album c'est un objet aussi : il y a un fourreau, un livret explicatif, des photos... Plus sérieusement, quand je ne vends pas de disques, ça veut dire que je n'ai toujours pas de moyens pour la suite et faire mon boulot à 100%. Sinon ça permet aussi aux morceaux d'être diffusés dans des pays qui n'ont pas forcément la possibilité de les avoir comme chez moi au Bénin. A zéro coût. Dans un monde idéal, la musique elle devrait pas avoir de prix...


Propos recueillis par Tetsuo & Mehdi