
Si on vous demande qui a recouvert les villes d'orange et de noir ces dernières semaines ? Vous penserez à juste titre à Kalash... Qui se cache derrière ce street marketing enragé ? Pour répondre à cette question, nous avons rencontré Coup K et Jack Mess, au lendemain du battle ''Clash Des Titans'' à Saint Denis.
Question de présentation, pourquoi Kalash ?
Coup-K : C'est un nom qui nous a bien plu dans ses sonorités, c'est aussi le diminutif de Kalachnikov... mais c'est plus parce que quand tu dis ''Kalash'', il y a une certaine résonnance, ça accroche. Depuis on nous a aussi appris que ''kalash'' désignait autre chose, que c'était une tribu résistante à l'oppression Musulmane à la frontière de l'Afghanistan. C'est assez intéressant mais c'est un hasard.
Coup-K tu es rappeur et Jack Mess, DJ, c'est assez inhabituel de voir le MC et le DJ au même plan...
Coup-K : Genre comme un boulet que je traîne... *rires*
Jack Mess : En fait, on a voulu imposer le nom du groupe sans se soucier de problèmes d'ego, on signait ''Kalash''. Maintenant, on commence à dissocier la chose puisqu'on a commencé à appeler Coup-K ''Kalash'', l'amalgame a été rapide alors maintenant on insiste pour montrer que c'est deux entités à part. On serait pas là non plus l'un sans l'autre.
Coup-K : Ca paraît bizarre aux gens que le DJ soit mis en avant et c'est peut-être aussi pour ça que le Hip-Hop en est là en France... A la base il y a eu pleins de groupes comme ça (encore plus aux Etats-Unis) mais c'est normal car le DJ est concepteur aussi, son travail doit être mis au même plan.
Coup-K, tu lui resteras fidèle ? Vous n'avez pas peur de vous restreindre au final ?
Coup-K : Ca dépend, il va falloir qu'il travaille encore un peu ! *rires*
Jack Mess : Si je me mets à rapper, j'aurais plus besoin de lui...
Coup-K : Oui mais t'as rappé !
Jack Mess : *rires* Au bout d'un moment, il faut être conscient des choses : si t'es pas fait pour un truc il ne faut pas trop insister et si t'as pas la passion encore moins. Il y en a qui se mette à rapper et au bout de deux semaines, ils nous cassent les oreilles. Ceux là qu'ils nous épargnent, notre musique ne s'en porterait que mieux. Sinon on n'est pas toujours que tout les deux. Par exemple, Coup-K a posé sur Deenasty ou ''l'Avant garde''. Et pour ma part, en ce moment c'était vraiment l'album de Kalash à fond. C'est un projet lourd, on essaie de donner des vibes et un travail sérieux. Une fois finalisé, je travaillerai sur l'album de Taïro.
On vous a souvent assimilé à des familles notamment à l'entourage d'Assassin...
Coup-K : Quand tu fais des trucs avec des groupes qui ont une identité forte, ça va assez vite. Et pourtant, on n'a fait qu'un 16 mesures sur ''l'Avant garde'' ! Après, peut-être parce que l'on fait du rap à textes, on est vite catalogué. Autrement, on arrive avec un premier album pour revendiquer notre identité, c'est gênant juste parce que l'on essaie d'imposer quelque chose qui n'ait aucune école, que l'on soit un groupe à part entière qui fasse sa musique. On ne veut pas être catalogué ''pote d'untel''...
Malgré tout, vous avez l'étiquette de groupe conscient, mais qu'y a-t-il d'inconscient chez vous ? On a le sentiment qu'il y a un côté forcé, notamment sur ''Hymne à la transe'' avec Taïro.
Coup-K : Tu peux trouver que ce genre de propos ne nous va pas très bien... Le thème du morceau avec Taïro, c'est sur le fait d'être là avec la musique qui tourne et plus ça avance, plus tu perds conscience, tu te désinibes et tu commes à raconter n'importe quoi ! C'est faire la fête, prendre du plaisir et se lâcher. On aime ce genre de vibes inconscientes, c'est comme l'impro finalement ! Tu peux dire n'importe quoi...
L'album est très éclectique, vous n'avez pas peur d'égarer l'auditeur ?
Coup-K : L'album n'a aucun concept, il se veut le plus humain possible et le plus proche de ce que l'on est au quotidien. C'est aussi le pourquoi du nom de l'album, ''Kalash''.
Jack Mess : Eclectique c'est vrai, mais quoiqu'il arrive il y a une touche, une certaine sonorité. Peut-être que les gens ne le perceveront pas forcément aussi, mais dans la chaleur et le grain il y a une uniformité sur l'album. Ca vient aussi peut-être de ce que l'on écoute, ça peut aller de Jay-Z à des indés, de la Soul, du Jazz, de la musique Française... tout ça joue sûrement sur la composition. Il y a une chose que je défendrai malgré tout, c'est éclectique mais c'est Kalash. Du fait du producteur unique, tu ne sentiras pas un beat sous Primo, un beat sous Dre... et je pense que l'on a réussi ça, avoir ce fil conducteur. J'espère en tout cas.
Coup-K : Sinon, on avait des séries d'instru et sachant que je n'écris que sur les sons, j'ai choisis plus en fonction de ce que je ressentais à l'instant. Il y a des sons que l'on n'a pas gardé qui sont certainement aussi bons que ceux sur lesquels j'ai écrit. Le côté éclectique il est aussi dû au fait qu'on n'a pas construit l'album sur des ambiances prédéfinies.
''Malgré l'effort'' avec Dany Dan et Ekoué c'est un constat ou une manière de dire ''nous aussi on existe'' ?
Coup-K : C'est plus une réaction par rapport aux discours que tu entends tous les jours genre ''bats toi, l'avenir t'appartiens, tu vas y arriver''. Des gens se déchirent tous les jours et la vie a ses aléas et c'est ça que l'on voulait retranscrire. ''Nous aussi on existe'' c'est le contraste de ce morceau, on continue de rapper.
Jack Mess : Au début on était parti sur un truc dancefloor avec Dany Dan, juste pour vous montrer que la musique c'est instinctif : Ekoué est venu et il a ramené un truc complètement différent. Il n'y a vraiment rien de calculé.
Coup-K : D'ailleurs, je l'en remercie. Ekoué a ramené une exigence sur le morceau et c'est pas plus mal quand tu vois le résultat.
Vous n'avez gardé aucun titre des maxis ''Flot de mots'' et ''Fuir'' ?
Coup-K : C'est une étape et c'est bien de garder le côté ''temps'' aussi. Et puis j'ai dû mal à réécouter des trucs deux ans après en me disant : ''je vais m'en reservir parce que les gens ont kiffé''. On aurait pu les mettre en bonus mais peut-être que ces titres n'ont pas leur place sur l'album.
Vous avez fait un morceau avec Leïla (fameuse voix des refrains chantés d'Idéal J) ''De quoi t'as peur ?'', opération séduction avec les majors ?
Coup-K : L'album on l'a présenté fini, définitif. On n'est pas allé leur présenter des maquettes. Ensuite avec Leïla, je l'avais écouté sur l'album de Kéry puis je suis allé voir en concert et j'aimais vraiment ce qu'elle dégageait.
Jack Mess : Il s'avère aussi que Leïla est une proche d'un ami... mais je comprends ce que tu veux dire. Les maisons de disque je vais pas te mentir, si demain elles nous approchent, on signera direct. Par contre, dans ce que l'on fait, on ne tombera jamais dans un truc racoleur. Y a plein de rappeurs qui ont refait trois fois leur album, on leur a dit ''fais un 16 mesures, là un 8, mets 4 fois le refrain pour que ça assome les gens...'' Ce que je vais te dire là c'est pas un faux discours, on ne tombera pas dedans quitte à vendre 1000 disques. Ca va à l'antithèse du Hip-Hop. C'est pour ça qu'il s'est essoufflé sur la longueur : il y a une responsabilité des maisons de disque mais aussi des artistes signés. Voilà, heureusement il y a des gens qui font encore leur musique, je pense à Kéry, 113... ce ne sont pas des pantins habillés et maquettés.
''J'aimerais faire poser les armes à tous les gangs'' ?
Coup-K : Faire poser les armes en Irak mais c'est plus un message de paix universel, Kalash est un groupe pacifiste. La musique parmi d'autres choses, c'est une arme pour la paix, c'est faire que le message existe... C'est pas rester au milieu des fleurs, fumer des spliffs et se dire pacifiste !
''J'aimerais vivre d'amour et d'rap frais'', il y a justement un côté utopiste dans l'album, limite ''fleur bleue''...
Coup-K : C'est vrai que ça resort on me l'a déjà dit ce côté presque naïf. Ca vient peut-être du fait que l'on écrit sur le moment et aussi l'album, c'est un rêve. Les gens ont des rêves, tous n'ont pas un micro pour les délivrer et effectivement, je préfère vivre de ça plutôt que d'embrouilles et de rap pourri. La musique est une utopie, un morceau n'empêchera pas une guerre mais quitte à être dans une utopie, autant le vivre à fond. De plus aujourd'hui, être ''fleur bleue'' dans le rap c'est ultra provocateur.
On pourrait te reprocher un flow monocorde alors que les ambiances sont variées, comment abordes-tu cet aspect technique ?
Coup-K : Ca aurait pu être plus varié, c'est vrai. Il faut que ça évolue sur le prochain album, j'aurais pu aller dans d'autres ton ssur certains morceaux mais j'essaie d'avoir une vraie tenue au niveau du flow. Et ce côté très carré, c'est possible que ça déserve le changement de tonalité, d'avoir des flows qui chantent. En plus, quand tu es un rappeur solo sur 14 titres, des gens comme Fabe ont dû entendre ça, des gens disent ''T'as pas l'impression de rapper toujours pareil ?'' mais c'est ta personnalité, ta façon de rapper. En même temps, on souhaite imposer un style et ce, que les gens le prennent bien ou pas : les gens peuvent identifier la façon de kicker.
Jack Mess : Mine de rien, arriver à créer une entité c'est déjà pas mal. Quand tu écouteras Coup-K, tu reconnaitras vite.
Niveau rap Français, il y a beaucoup de sorties récemment, il y a des gens que vous appréciez ?
Jack Mess : En album c'est dur... Je kiffe Casey, Less du Neuf, Oxmo. Sinon celui de Kohndo est vraiment bien. Ce gars est entier.
Coup-K : Oui la ''Partition'' c'est vraiment un pur morceau mais j'ai pas encore écouté l'album... Mafia K1fry il paraît qu'il y a de bonnes choses dessus. Sinon, l'album de Kery James.
Jack Mess : ''J't'emmerde'' de Jean Gab1, c'est un bon morceau. Bon instru, Gab1 est bien dessus... ça nous fait rire aussi même s'il y a des phases un peu trop poussées.
Coup-K : Des morceaux comme ça, ça fait du bien. Hier au clash il y avait des gens qui écoutaient ça dans leur poste pour se motiver !
Jack Mess : Les embrouilles elles sont pas parce que le gars fait un morceau. C'est parce qu'il y a plein de trous de balle qui jactent. Et là, je parle du microcosme, d'avoir tous ses potes là-dedans et être au centre des polémiques. On ne parle que d'artistique : les gens confondent orgueil et respect. On peut se planter un jour et être mauvais, de là si je le dis, les gens se demanderont si je connais untel ou untel... On ne parle que de musique, c'est pour ça que ce milieu me fatigue.
Coup-K : Tu vois par rapport à la question, on n'est un peu gêné on a du mal à répondre. Il y a un désavoeu et peut-être qu'on n'écoute pas assez. Il faudrait tout écouter en rap Français mais il y a tellement d'autres musiques... Le dernier que j'ai dû vraiment écouter c'était ''Détournement de son'' de Fabe. Fabe faisait avancer le truc, il écrivait bien.
Parlons clash... pourquoi tu aimes ça ?
Coup-K : Je pense que c'est une des facettes importantes du Hip-Hop, ça me motive. C'est là que l'on repère les talents, c'est là où il n'y a pas d'argent, pas de media, c'est peut-être le seul exercice encore un peu pur. Le Hip-Hop c'est une culture de défi depuis le début, tout le monde se défiait en essayant d'être le meilleur, c'est ça ! Quand on va en radio, on y va pour défoncer, on va pas le cacher. Je préfère les gens avec lesquels on se le dit ouvertement et à la fin on se serre la main : c'est comme un sport.
Oui mais des fois, ça dépasse le cadre de la joute verbale ? Le côté peace est parfois mis de côté.
Coup-K : C'est le public qui le resent comme ça car personellement, je n'ai jamais eu d'embrouilles réelles avec un clasheur. Des gens qui sont pas clasheurs qui improvisent pas, oui, ils peuvent mal le prendre parce qu'ils se sentent faibles. Je dis pas que c'est pas arrivé mais dans mon expérience, non. J'ai vu des clashs super chauds où le public se disait ''ils vont se battre dehors'' et dehors ça se serrait la main. Et voilà parce qu'on sait ce que c'est, c'est de l'émulation. J'en veux pas du tout à un mec comme Sheryo par exemple qui insulte beaucoup ''J't'encule, j'temmerde 9-3'' c'est bien, on lui dit ''continue !''. C'est à l'autre en face de s'adapter et d'être plus fort. Il reste un côté sein même s'il y a eu un peu de récupération avec des clashs bidons.
Tu penses qu'il y a un bon niveau en France ?
Coup-K : Non pas trop. J'aimerais bien que des artistes à part entière se risquent à ça. C'est une vraie mise en danger mais ça ne nuiera pas à une carrière car c'est pas médiatisé, c'est rien ! Même Zoxea hier est venu même s'il était pas dedans...
Jack Mess : Franchement Zoxea est venu c'était courageux. Il a une certaine image, c'était facile de l'attaquer et de lui dire ''casse toi'' surtout qu'il venait juste pour affronter le finaliste. Il aurait dû venir s'inscrire et la jouer jeu égale avec tous mais il a fait la démarche de venir c'est quand même bien. Zoxea c'est un artiste que je respecte avec le premier Sages Poètes qui est anthologique mais hier en impro, je peux te dire qu'il était vraiment léger par rapport à beaucoup d'autres. J'étais vraiment très déçu de son niveau actuel, il a beaucoup perdu.
Coup-K : Quand tu te mets pas en danger tu ne peux pas progressé.
Tu as perdu hier en demi-finale contre Negrocentrik (93 Pleyade) comment tu juges ta prestation ?
Coup-K : Merdique mais ce matin, je me suis réveiller en me disant ''Je veux remettre ça''. Un jour t'es merdique, l'autre t'es magique, c'est ça que j'aime.
Certaines personnes pensent que tu prépares tes phases à l'avance ?
Jack Mess : Tu veux que je te dise, si hier il y a bien une chose qui m'a blessé encore plus que sa défaite, c'est bien ça. Je peux t'assurer que c'est pas du texte : tu écoutes les radios, tu verras qu'il n'y a pas deux phases qui reviennent.
Coup-K : C'est ma faute aussi. Quand on fait de la radio, je fais des impros de 15 minutes ''à textes'' avec du fond. Et hier l'ambiance était surchauffée, j'ai voulu calmer le truc avec une impro plus slam avec du fond alors que c'était pas du tout le contexte. J'aurais dû clasher comme les premiers tours à base de vannes. Le slam, cette espèce de poésie improvisée, c'est un manque de culture en France ils ne veulent pas reconnaitre que ça existe. Le public attend des vannes, des fois c'est lui qui te dirige, c'était une erreur stratégique. Mon kiff ça serait d'arriver à mêler les deux. Par exemple, tu sais que tu as lancé une bonne grosse vanne, et là j'enchaîne avec du fond pour faire kiffer les gens et être complet.
Jack Mess : Je reviens dessus mais le fait que les gens croient que c'est du texte, ça montre que le travail n'est pas reconnu.
Coup-K : En même temps, ça me fait kiffer qu'on me dise ça... en ce moment je le fais presque tous les jours, en radio ou sur scène. A une période où j'ai rencontré Solo, tous les jours pendant 6 mois on faisait de 11h00 à 12h00 des sessions d'une heure d'entraînement. Et c'est là quand tu improvises pendant une demi-heure que t'es obligé de raconter des trucs au moins pour toi. Et même sur 10 minutes, quand tu es seul devant un micro, tu n'as rien à clasher ! *rires*
Hier, il y en a un qui t'a sorti ''Tu portes des baskets à scratch parce que tu ne sais pas faire des lacets'' !
Coup-K : Ouais celle là était terrible ! J'étais vraiment en danger mais le gars était trop gentil et ça m'a sauvé. J'ai réussi à revenir et je suis passé. Le mec j'avais parlé avec lui avant, il pensait pas pouvoir me battre, il était trop respectueux mais il aurait vraiment pu m'avoir avec deux ou trois autres vannes de ce calibre.
Jack Mess : Le truc en clash, c'est que les premières phases faut pas les prendre parce qu'elles sont calculées. Si le gars déchire au milieu, là il est vraiment fort.
Propos recueillis par Pamsiste, Tetsuo, Madrias & Mehdi