
Officiellement découverts par Maxde109, Ed et Enz officient depuis quelques temps en souterrain. L'occasion de faire le point sur ce qui aura été l'événement radio réalité avec un groupe à l'identité trempée.
A quand remonte la rencontre d'Ed et Enz ?
ED : J'étais membre du groupe ''Profil Bas'' (Jee, Orsey, Kafri) qui avait eu la bonne idée 2 ans auparavant de monter le label ''Find a Way'' qui nous a permis par la suite de faire quelques concerts, un peu de presse, un maxi et une compilation passée inaperçu malgrés quelques bons titres. Tous les efforts se sont concentrés sur ce label qui du coup freinait énormément le groupe, nous n'étions plus sur la même longueur d'onde. En ce qui me concerne le rap ce n'est pas de l'administratif, c'est bien de s'organiser mais mon but premier n'est pas d'être chef d'entreprise et avant de parler d'entreprise il faut savoir de quoi elle va vivre, ce qui n'était pas le cas à l'époque, d'où la raison de mon départ... Mon truc c'est la Zic!!! Et pour répondre à ta question, j'ai rencontré Enz lors d'un concert à Toulouse qu'on organisait, 2 ans aprés il rejoignait le label et on s'est trouvé les affinités nécessaires à un groupe, un amour commun pour l'écriture et la musique. J'avais enfin un vrai groupe basé sur de vrais rapports humains car c'est essentiel. La rencontre date d'à peu prés 2 ans mais je suis fâché avec les dates.
ENZ : En 2OOO, dans une soirée au Petit Voisin à Toulouse et notre première collaboration remonte à un an et demi environ.
Venant de Toulouse, on ne connait pas vraiment votre bagage rapologique, quel est votre parcours exact ?
ED : En fait, Ed&Enz c'est aussi Jee2tuluz, ça n'a pas l'air officiel comme ça mais j'aime que mes amis se sentent libres de participer ou pas. Perso, j'ai commencé à écrire à 15 ans, j'en ai 25 aujourd hui et aussitôt j'ai essayé de rapper ces textes qui ressemblaient plus à des poèmes. Tout est né de cette envie d'écrire, musicalement je n'avais aucune base, aucun sens du rythme, juste des goûts, du feeling et toute la frustration du monde de ne pas pouvoir faire sonner mes écrits. J'ai franchement le sentiment d'être parti du zéro mais c'est injuste pour tous les artistes qui ont traversés ma vie musicale et qui m'ont apportés ''les bases'' quelque part. Je ne suis pas un ''mathématique'' mais je ne néglige pas cet aspect théorique de la musique, au contraire c'est une priorité. L'essentiel est d'être en accord avec soi et de se faire plaisir. J'ai grandi en écoutant du Rock, du Reggae, du Zouk et puis j'ai choisi ma musique, le Rap, pour ensuite m'ouvrir à d'autres comme le Jazz, la Soul, le Funk... et ce sont des groupes comme Iam, Assassin, les Sages Po', La Cliqua ...qui m'ont montré que c'était possible. A cette époque le rap était ''magique''. En ce qui concerne mon parcours, j'ai commencé à rapper avec mes cousins pour rigoler, j'ai ensuite intégré un groupe ''L'armée des ombres'', je partageais le micro avec Lyor et K.Lash. Le groupe a duré 2 ans et ma rencontre avec Jee (2tuluz) a été décisive. Je rentrais dans la cour des ''grands''. Il m'a toujours fait confiance, je me demande comment il a fait pour être aussi patient d'ailleurs, j'étais nul ! Il a donc intégré L'armée des Ombres et après une ou deux maquettes il s'est mis à la production. J'ai continué ma route avec Jee et on a crée ''Profil Bas'' puis intégré ''L'oeil du Cyclone'' qui regroupait aussi ''Ghin-su'' et ''les Parias'', c'était un collectif explosif, dur pour l'égo d'être aussi nombreux mais on faisait nos classes, il faut passer par là et nos maquettes rigolaient pas pour l'époque! Puis la nature de l'homme a repris le dessus et nous avons continué notre route en temps que Profil Bas avec un membre de Ghin-su avec qui nous allions créer Find a Way mais aujourd'hui la bonne formule s'appelle Ed&Enz. Nous avons fait depuis des rencontres très enrichissantes humaines et artistiques, c'est ce qu'on appelle la Heartclick (Kohndo, Jee, Gas, Specko, Casso, Melomaniac, Cosi et Ol'jay, Ed&Enz mais aussi Harcèlement textuel et en ce qui me concerne j'ai pas envie de fermer la parenthèse, c'est ça mon hip hop...
ENZ : J'ai commencé à rapper, il y a presque 7 ans, à Tarbes en 98 je suis arrivé dans le collectif Odyssée Click composé de Nomade, F.K.O, Najim, Neuro et Ozone pour les MC's et de DJ Vek. On a fait pas mal de scène comme les 1eres parties de Cut Killer, La Cliqua ou encore 2BAL'2NEG'. En parallèle, j'ai commencé à rapper avec un trio jazz (Big.F au piano, Fat.D à la batterie et Tata à la basse). Ozone est venu m'épauler sur des projets du groupe (le milieu), notamment sur le 6 Titres sortie localement en février 2000. Ensuite j'ai attéri à Toulouse pour mes études et j'ai rencontré Kafri...
Vous avez gagné à Maxde109 et êtes sur la compilation. N'avez-vous pas eu l'impression de participer à un casting car finalement c'est de la radio réalité non ?
ENZ : Non, on nous a contacté, on a envoyé une démo, on a été sélectionné, tout s'est passé naturellement, c'est juste un concours. On ne nous a pas enfermé pendant 1 mois avec Dj Kost et Fred pour savoir qui allait sortir.
ED : Le truc c'est qu'au bout d'un moment, on est sollicité, il faut se montrer, se justifier, assumer ce que nous sommes et ce que nous faisons, c'est ce qu'on peut appeler vulgairement un casting effectivement... et j'y ai vu tous les rappeurs les plus harcores de ma ville à ce casting, les mêmes qui se trimbalent sur les forums et qui nous cracheront dessus si ce n'est pas déjà fait. La véritable question n'est pas de savoir où on met les pieds mais combien on chausse... Nous avons eu la prétention d'accepter tout en restant nous mêmes ce qui paraissait pas évident vu l'histoire du rap. On a pris ce risque, c'était prétentieux mais nous avons été à la hauteur de cette prétention.
Beaucoup s'attendent à du formatage violent pour rentrer dans le moule ''Rap et R'nB''... Comment ça s'est passé dans votre cas, quelles ont été les exigeances de la maison mère ?
ED : En ce qui nous concerne, il n'y a pas eu d'exigences, parfois des suggestions qu'on refusait poliement, ceci dit j'ai eu l'impression d'avoir eu carte blanche mais c'est un jeu vicieux à jouer. Bref, on a fait comme d'hab', on s'est fait plaisir... non pas comme d'hab' c'est vrai, on a été plus direct dans la façon d'écrire, plus engagé, on a mis de côté le ''storytelling'' pour la compil' car on estimait avoir des priorités, donner notre vision de la musique. Pour moi c'est ça être hardcore, faire un morceau comme ''Si t'as pas l'oreille'' sur une compil' comme ''109'' car en apparence il est formaté mais dans le fond il encule, j'adore ce paradoxe.
ENZ : Je suis arrivé avec plein de préjugés sur les majors et beaucoup se sont vérifiés, mais en ce qui concerne notre musique on a fait ce que l'on voulait. On est pas sur la même planète que les gens des majors, donc le plus sage c'est de leur montrer que tu es sûr de toi, et là, ils te font pas chier.
Quelles sont vos attentes par rapport à Maxde109 en dehors de l'exposition ?
ENZ : Cela nous permet d'avoir un 1er contact avec une sortie nationale, même si on sait que le succès ou l'échec de ce disque ne nous sera pas imputable.
ED : 109 a comblé notre absence de manager... 109 est la preuve qu'on peut faire du ''bon'' (subjectif) sur une compil' dite de ''merde'' donc j'attends plus rien de 109 maintenant, j'ai relevé mon défi.
Dans ''L'odeur du vinyl'', vous prônez le retour de l'âme du hip hop d'origine, il passe par ''1 pour le goûter, 2 pour la récré'' (''Au fond de la classe'') ?
ED : Il passe par le travail, l'humilité, l'amour et l'honnêteté. Pourquoi se censurer, le problème du rap est qu'il se limite à ce qu'il est déjà et avec ''1 pour le goûter, 2 pour la récré'' il ''Sera'', ça c'est intéressant donc oui c'est la démarche du Hip Hop d'origine, mais il n'y a pas que ça non plus, c'est une facette d'Ed&Enz. Ce que j'apprécie chez des Q-Tip, Mos Def...c'est leur sourire en plus de leur musique bien sûr. Comme j'ai dit récemment, nous sommes libres, on baisse pas notre froc face aux majors donc pourquoi le baisser pour ''l'underground'' ? Nous sommes ''real'' et tant pis pour ceux qui n'aiment pas ça, ils ont le droit. Le public veut du cinéma pas du rap donc ça lui fait bizarre quand il a des gens honnêtes en face de lui. On est là pour ça, pour ouvrir les esprits fermés du rap.
ENZ : C'est marrant comment une phrase peut marquer les gens. Tu sors deux phrases de leur contexte, tu les mélanges et tu cherches à comprendre... Le truc c'est que dans ''au fond d'la classe'' on raconte notre relation avec l'ecole quand on a commencé le rap, et dire ''1 pour la basse et 2 pour les aigües'' aurait été en décalage, non ? Et quand on parle de Hip-Hop d'origine, ça englobe autant le côté musical que l'esprit. Je ne vois pas pourquoi ces deux phrases seraient en contradiction. Le truc grave serait de se dire ''Merde ils vont dire quoi les gens ''hip-hop'' si on dit ''1 pour le gouter, 2 pour la récré''. Rien à foutre de ces cul-serrés !
''Au fond de la classe'' est pressenti comme prochain single, n'avez-vous pas peur de souffrir d'une image ultra asceptisée ?
ENZ : Je pense que je viens de répondre, être asceptisé consisterait à faire ce qu'un public attend, hors on fait ce qu'on aime faire, il y a des gens qui se reconnaissent dans tout ce qu'on fait, d'autres dans rien, certains aiment beaucoup un morceau et pas un autre... On va pas s'amuser à analyser tous les publics, sinon on avance plus. Si j'écoute un tel je fais plus de morceau comme ci, si j'écoute l'autre je fais plus de morceau comme ça, au final on fait plus rien !
ED : On n'a pas peur d'en souffrir, c'est pour ça qu'on a fait tout ça, et on sait évidemment qu'on va être confronté aux critiques et c'est tant mieux. Par contre je ne trouve pas ce titre asceptysé, c'est un morceau complètement barré dans sa forme musicale et si c'est le single et bien ''whoaaa'' car on aura jamais entendu ça sur Sky, donc le but est atteint, mais ça c'est de la branlette, satisfaction personnelle, je préfere que ce soit un des deux autres titres car ils sont plus vicieux. Mais si les gens nous taxent de vendus avec ça en disant que c'est une merde commerciale il faut qu'ils révisent car une rythmique crade et rock'n'roll un refrain aux allures de comédie musicale... ça n'a rien de commercial ! Ceci dit j'admets qu'on ne puisse pas aimer... On ne pense pas au fric quand on fait un morceau, pour ça on n'est pas ''cainris'', c'est pas un business, c'est une passion, le succès on ne peut pas le décider donc on s'en branle.
''Si t'as pas d'oreille'' est une critique de la musique formatée mais pourtant, le morceau a tout du morceau radio potentiel... La vraie victoire, ça ne serait pas plutôt que ce morceau tourne sur les ondes ?
ED : C'est exact, prouver qu'on peut faire un bon single, parce que ça existe, les majors ne mettent pas un couteau sous la gorge des artistes pour qu'ils pondent de la merde ! En fait avec ''Si t'as pas l'oreille'' on dit clairement que l'auditeur ne retient que le refrain dans les chansons, donc on a fait des couplets qui traite de ça et un refrain ironique. On veut sensibiliser les gens sur le fait que ''rapper'' c'est pas ''parler'' et la musique ne se limite pas aux refrains. Et pour ça il fallait être accessible dans un premier temps donc on a habillé Popol d'une jolie couverture mais on encule quand même. Ceux qui vont plus loin que la forme comprendront ce morceau. Seulement à Sony ils l'ont compris aussi, du coup il ne sera pas single je pense, c'est dommage, le geste est beau, ça aurait été une victoire plus explicite que ''Au fond de la classe''.
ENZ : C'est vrai que ça serait marrant d'avoir du succés avec un morceau qui maltraite l'auditoire, mais ''tout d'un morceau radio'' ça veut rien dire car on est pas dans la tête des gens qui décident et comme je te l'ai dit tout à l'heure, on est pas sur la même planète.
Comment voyez-vous l'après maxde109 ?
ED : Nous sommes en train de préparer une douzaine de titres, 109 est une parenthèse qui vous plaiera de fermer ou pas à la sortie des prochains titres, dans tous les cas on assume ce qu'on mange comme ce qu'on chie, c'est à vous de faire le tri selon vos goûts. J'aime mettre en désaccord une seule personne, la faire tourner en bourrique, la faire changer d'avis, c'est comme ça qu'elle s'ouvrira, c'est mon but, c'est en cela que mon rap est utile. Comme dit Jee :'' dans la musique on fait du hors piste'' et on n'oublie pas de rappeler qu'on sait aussi faire avec plaisir des morceaux plus conventionnels.
ENZ : A moyen terme on envisage de faire l'album ''ED&ENZ'', ensuite il va y avoir des projets avec nos gars, mais rien de bien définit pour l'instant. De mon côté, je vais tourner avec KOHNDO pour la promo de son album ''Tout est écrit''.
Y a-t-il une limite musicale que vous ne franchiriez pas ? Comment définiriez-vous la musique d'Ed et Enz ?
ED : Oui, être original à tout prix, sans fondements, juste pour se démarquer... Etre commercial gratuitement, c'est à dire seulement pour la thune, ça c'est la limite qu'on ne franchira pas. Sinon l'homme est complexe, paradoxal, on a pas qu'une humeur donc pourquoi se limiter ? Tant que c'est honnête c'est Hip Hop. Peut on vraiment définir notre musique... L'objectif c'est que tout le monde la comprenne sans pouvoir la définir, du genre :''...'faut que t'écoutes''. Ca m'interesse pas de donner un nom, une étiquette à ce qu'on fait, trop de gens se font la guerre pour des ''noms ou des étiquettes'' alors que derrière toutes ces masquarades il y a de quoi mettre d'accord pas mal de monde ou ne pas les mettre d'accord mais seulement si ils ont fait l'effort d'aller plus loin que le ''nom'' ! Il y a les mêmes problèmes dans le rap que dans la religion, la politique... et ce problème c'est le manque d'ouverture, donc si je peux éviter de limiter ma musique c'est cool.
ENZ : Tant qu'on assume à deux, on peut aller n'importe où musicalement ! La définition de notre musique tu l'as sur le disque ou sur scène, on essaie juste de faire en sorte que le rap soit une musique, mais on cherche pas forcément à être différent, si ça sonne autrement tant mieux, mais le but premier c'est de faire ce qu'on a envie.
Revendiquez-vous un Hip Hop plus léger ?
ED : Non, on revendique un hip hop plus sincère. Aujourd'hui des rappeurs sont considérés comme des puristes hardcores alors qu'en réalité c'est leur fond de commerce, ce sont des acteurs, ce sont eux les commerciaux ! Mais je m'attarderais pas sur ça, j'aime pas les ''moi j'suis vrai et pas toi'', je ne suis pas dans ce débat mais 'faut pas prendre les gens pour des cons.
ENZ : Cela dépend de ta conception du Hip-Hop lourd ! Si le HH lourd, c'est le texte sans flow ou le flow sans texte, c'est dire des conneries et être haineux; et si sourire et être humain c'est du HH léger alors mon choix et vite fait. Mais tu crois vraiment qu'on peut faire du HH léger en posant sur des prod de Jee, de Nabil, de Stix ou encore de Boogie Rock ???
Quel avenir pour vos morceaux tels que ''Code Lisa'' par exemple ?
ED : On attend le bon moment pour les partager, ce sont des morceaux d'album pas de compilation, on est en train de retaffer tout ça...
ENZ : On prévoit de faire un album avec des morceaux qu'on a déjà comme ''Code Lisa'' et d'autres qu'on est en train de faire avec notre équipe habituelle de concepteurs.
Vous avez pu cotoyer différentes scènes rap que ce soit à Paris, Lyon ou Nancy ? Où en est la scène toulousaine ?
ENZ : Je peux te parler de la scène tarbaise qui est assez active. Le collectif S.V.K prépare une compil' qui va bientôt sortir. Mon gars Ozone est en train d'enregistrer un EP sur lequel j'ai fait une prod. Depuis quelque temps ça se développe pas mal à Tarbes, il y a des groupes et des solos qui se bougent : RamDam, Simplicité, Mickey, Combinaison discrète pour ne citer qu'eux. Le Neckshot Dj's (MRC, Vek, Oxen, Kras) font des soirées et des concerts avec Ozone et moi notament. En gros, y'a du potentiel qui demande à être découvert !!!
ED : Il n'y a plus de scènes à Toulouse, faute de salle ou de compatibilité, c'est une ville qui se ferme, qui s'embourgeoise, qui pompe le concept '' Paris la nuit'' sauf qu'à côté de ça personne rappe dans la rue. Ici comme ailleurs c'est chacun pour sa gueule ce que je déplore mais il n'y a pas que Ed&Enz à Toulouse, il y a Dadoo qu'on ne présente plus, son frère Billy Bats, Falgas, Mashinda,Backdraft, Al peco, Kesyala et j'en oublie...j'aimerais qu'il y ait une vraie connexion ici mais pour le moment c'est trop tôt, les Mc's bâtissent leur fondation en scred avant d'aller voir ailleurs, moi ce que j'aime c'est rapper avec des gens complètement différents de moi donc j'attendrais que la sagesse gagne ma ville avant de pouvoir partager quelque chose de sain.
© Photo par Nitch
Propos recueillis par Tetsuo