
Rappeur au parcours underground, Mike nous vient de Créteil. Fin 2003, il a sorti le très bon premier maxi deux titres "Histoire de... / Des paroles mais pas d'actes" avec DJ Gero et Asco (Bunzen). Représentatif de toute une génération qui sort un produit sans l'appui d'aucune structure, on tenait à recueillir ses impressions sur la situation actuelle de l'indépendance.
Tu as un sorti un premier maxi ''Histoire de...'' fin 2003, tu peux nous présenter ton parcours ?
Je me présente, mon blaze c'est Mike ! J'ai à mon actif une mix-tape et des participations aux projets de Force Pure. J'ai commencé à écrire au contact de Force Pure, cela fait à peu prés 10 bonnes années. Au fil du temps j'ai commencé à rapper correctement et je me suis dit ''pourquoi pas un maxi?''... Ca fait presque deux ans que je suis sur ce projet qui a abouti en novembre 2003.
Qu'est-ce qui t'a décidé à amorcer un travail solo ? L'assurance, la maturité d'écriture, le plaisir d'avoir ton nom gravé sur vynil ?
Je suis solo depuis le début en fait. Si je suis toujours dans un groupe actuellement (l'Oracle), je ne pense pas qu'on puisse sortir quelque chose ensemble un jour. L'important c'était d'avancer ensemble quand on était en galère au niveau rap. J'ai appris beaucoup de chose au contact de mon entourage (Force Pure, l'Oracle, Chevalier de Bronze), j'ai cherché mon écriture et en même temps un flow... Je pense avoir trouvé quelque chose mais de là à dire que j'étais assez mature pour sortir un disque... je ne crois pas. Disons que c'était plus dans l'idée ''tu le fais maintenant ou jamais...'' donc j'ai choisi maintenant ! Aujourd'hui je ne peux pas nier que cela fait plaisir de voir son maxi dans le back mais je ne l'ai pas fait pour la gloire !!!
Tu n'as pas opté pour la visibilité en ayant des featurings de poids (bien que Gero soit champion DMC)... Dans quelle optique as-tu sorti ce maxi ?
J'ai le souvenir d'une phrase dans l'album de Chien de Paille sur l'intro de ''En attendant'', la phrase c'est ''Je crèverais de me réveiller un matin, de me retourner et de dire : Putain ! Mais qu'est-ce que j'ai fait de ma vie ? Ouais... Putain, mais qu'est-ce que j'ai fait de ma vie ?'' Cette phrase m'a marqué et je me suis dit qu'il fallait aboutir ce projet de maxi 2 titres... En ce qui concerne les featurings, je pense avoir bien choisi mes invités. Je connais Gero depuis un bon bout de temps. Il m'a grave poussé même s'il est relou le gars !!! *rires* Il y a aussi Asco de Bunzen et lui c'est mon attaché presse ! *rires* Plus sérieusement, lui aussi il se bat dur pour que mon maxi soit entendu. Pour un premier maxi, je suis très bien entouré.
Vu ton parcours underground, quelles sont tes ambitions dans le rap en fin de compte ?
Je n'ai aucune prétention, pas d'ambitions démesurées... je veux juste sortir des projets musicaux.
Tu es parti dans une démarche Jazzy avec cette première galette, c'est quelque chose de commun à beaucoup d'amateurs de rap US. Et en même temps, ce style revient beaucoup ces temps-ci dans le rap Français...
Ca fait longtemps que je veux faire ce type de son... même si je ne veux pas m'enfermer dans un seul genre. Je pense que des mecs comme Konhdo, Feross ou même Bunzen n'ont pas surfé sur la vague ''du jazzy'', ils le font parce qu'ils kiffent c'est tout. Je suis sûr qu'il y a des mecs qui font ce type de son depuis belle lurette. Bien sûr, on ne les connaît pas et puis un jour ils sortent un projet et là c'est la révélation pour certains et pour d'autres c'est du copier-coller bref...
Aujourd'hui, sortir un maxi vynil est un risque financier, non ?
Je ne connais strictement rien au marché du vinyl, j'ai sorti mon maxi parce que j'aime bien cette matière et je pense qu'il faut passer par-là si tu veux bien faire les choses... Maintenant, financièrement c'est réellement un gouffre. Parce que c'est de l'argent perdu de toute manière. Je ne l'ai pas fait pour l'argent mais pour le fun sans être un bourgeois qui roule sur l'or. J'ai choisi où j'allais mettre ma caillasse, y'en a qui achète des voitures ou autre chose... J'ai la chance d'avoir fait assez d'économie pour le sortir et maintenant j'en profite.
A quels problèmes as-tu été confrontés ?
J'ai été confronté à ma propre ignorance : j'ai payé trop chère le pressage. L'incompétence de certains commerciaux m'a coûté de l'argent. Je regrette surtout le pressage qui m'est revenu les yeux de la tête. Mais bon j'ai bien voulu faire, ça passe aussi par-là l'expérience d'un premier maxi.
Et vis-à-vis de la distribution en Fnac ou des boutiques spécialisées ?
Effectivement, avec la Fnac j'ai beaucoup de problèmes puisque maintenant à Paris, il faut passer par Musicast. Une FNAC comme Paris Nord m'a référencé parce que c'était un coup de cœur de la part du responsable vente. Maintenant, les autres vendeurs n'ont rien voulu savoir... ils n'ont même pas voulu l'écouter. J'y peux rien, les vendeurs ont un discours assez dur auprès des indépendants en prétextant qu'il y a beaucoup de merdes mais il faut comprendre qu'il y en a qui prennent un malin plaisir à nous prendre pour des cons. Je ne suis pas là pour faire un trou dans le box office de la Fnac ni même dans les charts français de toute façon. Et à part quelques boutiques spés qui n'achètent que du blingbling ou du jiggy, ils m'ont tous accepté.
''Mon père me dit que pour lui que ça n'a jamais été aussi facile de trouver sa place dans ce putain de monde ingrat''... Est-ce que c'est une façon de dire que la génération de nos parents est peut-être la dernière génération de privilégiés?
Je ne pense pas qu'on puise répondre par ''les choses vont de pire en pire ou les choses vont de mieux s'en mieux''. Ce monde est un réel paradoxe, beaucoup de choses ont évolué et les générations d'avant comme hier cohabitent avec difficulté. Certains de nos parents ont connu la guerre que ce soit en France ou dans leur pays respectif et je ne pense pas qu'ils en ont un souvenir des plus joyeux. Même si en France on est des privilégiés, ce n'est pas pour autant qu'on ne connait pas la misère qu'elle soit intellectuelle ou sociale. En France, on a un problème de trop réclamer... A vrai dire on nous mâche beaucoup le travail et ça nous rend con ! Le savoir se perd alors qu'on a la connaissance à portée de main. A force de trop nous faciliter la vie, elle en devient plus compliquée. Nos parents n'ont pas eu les mêmes préoccupations que nous, c'est une autre époque même si elle n'est pas si lointaine que ça (une vingtaine d'années). Si j'avais une chose à reprocher à ma génération... c'est qu'elle s'est trop endormie sur ses acquis et je pense que ça nous perdra.
''C'est l'histoire de laisser mon empreinte sans attendre après les gens influents''
C'est la première phrase de mon maxi... Celle qui veut tout dire, celle de mon parcours dans le rap et dans la vie. J'attendrai pas après les autres pour faire mon chemin.
''Vos belles phrases qui aiment à dire que les petites gens du peuple s'apparentent au pire / puisque la vermine nous accuse d'être la cause de tous les maux, autant agir et faire tomber la tête de tous ces sots'' (''Des paroles mais pas d'actes'')
Cette phrase est destinée aux gens qui regardent de haut et qui aiment à porter un jugement sur tout sans connaître la vérité ou de savoir le pourquoi du comment. C'est une solution radicale et facile pour les faire taire mais ça reste une provocation gratuite. En temps de révolution, le coupage de tête était de rigueur...
''Plus de surprise dans vos yeux quant à vos faux pas''
Dernière phrase du maxi. Pour ceux qui sont surpris la main dans le sac et qui nient leurs gestes. Je hais cette attitude et je n'aime pas les gens qui n'assument pas leurs conneries !!!
Propos recueillis par Tetsuo