La Doxa
Le groupe de Valence prône résolument le retour aux sources du hip-hop. A travers "Street Poesie", leur passion y est développée en profondeur. La Doxa revient pour nous sur leurs collaboration avec le crew coréen Rockstar et Insight, leur carrière, leur passion...

Pourquoi avoir décider de sortir un album Doxa/Rockstar plutôt que le vrai premier album du groupe ?

Marshall : Tout d'abord la Corée est vraiment en train de se faire voir sur beaucoup de plans, comme par exemple dans le sport (Coupe du monde 2002...), le cinéma (festival de Cannes 2004) et dans la musique aussi, et c'est une fierté pour nous de faire découvrir le hip hop Coréen, en France, à nos cotés.

Lemak : Puis comme on t'a dit avant, à la base, on devait sortir un album DOXA mais dés que la connexion s'est faite on a tout de suite changé de cap, et on a vraiment voulu mettre en avant cette collaboration Hip Hop, cette connexion internationale. Le projet nous a semblé bon pour les perspectives qu’il offre au public, mais l’album DOXA est notre prochain projet ...

Marshall : Et puis, depuis 2002 nous avons sortis deux maxis que je qualifierais plus de ''carte de visite''. Je pense que ''Street poésie'' est un bon intermédiaire avant le véritable premier album de LA DOXA. Et du coup entre temps, on sera encore un peu plus mâture pour l’album.

Comment s'est faite la connexion avec Insight ?

Marshall : En fait, c'est Dj Kreestyle (Le Monaster) qui avait son contact via internet, je l'ai contacté, je lui ai fais tourner nos sons. On a bien discuté, des affinités sont nées et le jour où je lui ai parlé du projet ''Street Poésie'' avec ROCKSTAR (Korea), il a kiffé le concept, la démarche, et a voulu y participer. Je lui ai donc filé la prod, il a tout de suite accroché et deux jours après nous avions sa prise. Avec Insight ce fut donc une connexion à distance vu que nous ne l'avons jamais encore rencontré mais nous sommes toujours en très bon contact.

Street Poesie est également partagé avec le groupe Rockstar de Corée. Comment ça s'est passé ? Ont-ils une vision différente dans la manière d'aborder le hip-hop, de travailler la musique, etc ?

Marshall : Nous avons connu l'existence de ROCKSTAR grâce à la venue en France de Primary, membre du crew Coréen. Nous avons ensuite gardé contact via internet et il nous est venu l'idée de faire un projet commun vu que nous partagions la même vision, la même vibe. La connexion s'est donc faite petit à petit. A la base, seul les beatmakers Coréens devaient participer à un nouveau projet de LA DOXA, mais très vite et réciproquement nous avons eu l'envie d'officialiser encore plus la connexion.

Lemak : C'est pourquoi au final, ''STREET POESIE'' n'est pas un album de LA DOXA mais bien le fruit d'une collaboration DOXA & ROCKSTAR puisque 639, Verz et Chann (MCs de ROCKSTAR) se trouvent sur certains morceaux à nos cotés et que les prods sont partagées entre Desmo (Beatmaker de LA DOXA) et Primary, Loptimist, Kay one, Mildbeats (beatmakers de ROCKSTAR). Puis Marshall'ombre présenta à Insight ce projet donc et trés vite ce dernier eut l'envie d'y participer et c'est ainsi que le titre éponyme fut réalisé.

Marshall : J'dirais qu'ils ont l'âme hip hop qui se perd peut etre un peu en France. En Corée, il n'y a pas de groupes de rap, ils ne se disent que hip hopeurs. Au niveau des prods, il faut bien dire qu’ils s'inspirent fortement des ricains comme Pete Rock, Primo..., mais ils ont leur touche perso et ce qui a fait tilt pour notre connexion c'est ce même kif pour les ambiances jazzy soul. Ce qui m’a beaucoup étonné chez eux aussi, c’est leur productivité. Ils ne cessent de produire, de créer. Je pense qu’à eux tous ils ont dû remixer tous les Etats-Unis (rires).

Lemak : Le but de « Street poésie » était aussi de dire que le hip hop n’a pas de frontières, ''on s’moque des frontières, de l’escalier de ton bâtiment, ton quartier ou ton département, nous on te ramène l’Asie dans ton appartement… '' On voulait aussi montrer aux gens qu’il y a plein de gars et de filles a des milliers de kilomètres qui kiffent autant si ce n’est plus, et qu’avec un peu d’ouverture d’esprit et de motivation on peut faire quelque chose de bon…

On vous perçoit plutôt comme un groupe de scène. Que vous apporte la mise sur disque ? Est-ce un moyen de garder une trace ? La scène serait-elle finalement éphémère ?

Lemak : les disques, c’est vraiment pour disperser au maximum notre musique et notre identité par la même occasion...ça se ressent bien sur notre politique de vente des CDs, pour chaque projet on a mit un point d’honneur à ce que le prix de vente soit le plus accessible possible, on sait à qui on s’adresse... Et puis on est indépendant, il y a des avantages, on peut se permettre de vendre un maxi à 5 euros et cet album à 10 euros...Aprés, c’est clair que notre kif premier c’est la scène, c’est d’ailleurs grâce aux scènes qu’on a fait dans notre région qu’on en est là aujourd’hui.

Marshall : En fait, il y a deux possibilités. Soit tu découvres un artiste sur scène et tu kiffes, tu veux absolument son album, soit tu découvres l’album d’un artiste et tu veux absolument le voir sur scène. Maintenant c’est vrai qu’on aime se retrouver sur scène mais on aime aussi se prendre la tête sur un concept, sur des thèmes, sur le meilleur tracklisting, sur une cover…bref sur la production d’un skeud. Mais on ne peut pas rester qu’un groupe de scène, tu parles de garder une trace, je dirais plus de laisser une trace. On a tous des albums dont on ne pourra jamais se séparer car il y a dedans un ou plusieurs morceaux qu’on ne cessera d’aimer.

Marshall, on te connait notamment pour tes clashs. Sur l'album on n'entend que de bref extraits radio. Pourquoi ne pas avoir accordé plus de place à l'improvisation, un titre entier en live par exemple ?

Marshall : Le clash, c'est une discipline que j'aime beaucoup. J'ai remporté le TOTAL SESSION 5 l'année dernière puis j'ai fais quelques clashs en radio contre notamment Shaolin. ''Marche à l'ombre'' n'est qu'un interlude et il me tenais à coeur qu'elle représente cette discipline qu'est le clash, le freestyle. Faire un morceau 100% improvisé serait un trés bon exercice mais au sein de cet album, je ne pense pas que ça aurait eu sa place vu qu'à la base, ''Marche à l'ombre'' n'est qu'un interlude...Et puis je trouve qu'en France, malheureusement, beaucoup n’aime que la musique ''formatée'', il y a pas cette culture de la spontanéité. On essaie de véhiculer cette spontanéité sur scène par l'improvisation et la communication avec le public et sur un album DOXA peut être que je me permettrais.

Dans l'album on sent résolument une touche Soul. A votre avis, est-ce une mode passagère chez beaucoup de beatmakers actuellement, ou un vrai retour aux sources ?

Marshall : Perso j'ai été élevé par Desmo avec des charlets binaires qui groovaient pas dans tous les sens, de même que j'ai commencé à rapper sur du 90bpm et je me vois mal poser sur du 120bpm aujourd'hui. Je pense qu'à trop croire innover certains s'enfoncent et si aujourd'hui beaucoup préfèrent réécouter par exemple ''L'invincible armada'' que le dernier album de machin bling bling...c'est un signe non ?! Si aujourd'hui beaucoup de beatmakers restent ou reviennent sur des bases soul ou jazz, c'est qu'ils font le même constat que nous. Je pense pas que c’est une question de mode, au contraire, la mode en ce moment c’est pas les instrus genre Fabolous feat. Ophélie Winter ?

Lemak : Nous c’est notre kif depuis le départ. On écoute toujours autant de jazz, de soul et autres black music. Dans nos textes, on espère un retour aux valeurs de bases et de respect même si c’est idéaliste et démago pour certains. On essaie le plus souvent d’être dans cet état d’esprit.

Vos thèmes tournent beaucoup autour du hip-hop et de sa culture. Les autres groupes n'en parlent pas assez selon vous ou parler d'autre chose ne vous intéressent pas artistiquement ?

Lemak : On a vraiment voulu marquer le coup et insister sur le hip hop, sur ses valeurs premières et son universalité... C’est sûr que le feat avec les coréens a ses limites, on pouvait difficilement aborder des thème de société étant donné nos différences sociales, politiques, culturelles, géographiques etc.. Donc on a mit en exergue nos points communs...et puis c’est vrai que la mentalité, la passion pour cette culture n’est pas du tout mis en avant en France... Cette passion existe, quand on voit les breakeurs Français , le graff' (bien que celui-ci parte en couille aussi mais c’est un autre débat…). Le hip hop n’a jamais eu autant de partisans mais il n’a jamais été si peu mis en avant. Aujourd’hui, on préfère mettre en avant des artistes plutôt qu'un style musical.

Marshall : La connexion avec ROCKSTAR est hip hop et nous voulions vraiment mettre en avant ça, la culture et ses valeurs. Je suis pas un zulu mais j'ai jamais compris pourquoi en France par exemple on reniait la zulu nation...Après quand tu nous demandes si parler d'autres choses ne nous intéresse pas artistiquement je te réponds par exemple que le morceau ''La misère s'lève de bonheur'' ne traite pas du hip hop mais est une réflexion, la rencontre avec un SDF, celui que l'on croise tous les jours en bas de chez soi mais qu'on ignore peut être un peu trop.

Vous pouvez nous raconter un peu le délire de Prout Line ? Ce sont vos rimes les plus pourries ou vous vous êtes forcé à en inventer ?

Marshall : C’est le genre de délire qu’on kiffe. Je crois que tout Emcee aime trouver LA punchline, mais à trop la chercher des fois on entend des débilités ou des rimes faciles qu'on a du mal à apprécier. Donc sur ce morceau délire, on a tout simplement eu l'envie d'employer des rimes faciles et d'écrire un morceau en 2 minutes top chrono. C'est plutôt réussit car y a vraiment des rimes de merde, mais on aurait pu faire pire Fadaaaaaaa !!!. D'ailleurs, Proutline sur scène ça vaut le coup puisque c'est le public qui nous souffle des mots qui serviront à faire le morceau, à faire les rimes de merde.

Lemak : C’est purement DOX’attitude ce morceau ! On a trouvé que « Street Poésie » était un peu trop sérieux et carré...(rires) Trop prés du commun des bordels, donc on est partit dans ce délire de proutlines en essayant de faire le maximum de rimes de merde…Mais en réécoutant je trouve que les rimes puent pas assez on aurait pu faire pire mais on a écrit ça en deux minutes, on voulait que ce soit spontané...en fait, ce morceau est la suite logique de ''J’entends trop 2 merde'', à croire que plus on l’essuie plus on l’étale, c’est fatiguant comme un sprint avec une jambe en métal ! Et hop une proutline !

Vu que la situation de chacun évolue et que géographiquement vous vous retrouvez éloignés l'un de l'autre comment pensez-vous évoluer et continuer ? Allez-vous vous mettre à faire des projets solo comme Marshall l'avait fait avec sa tape ?

Marshall'ombre : La situation de chacun évolue oui, mais on reste des potes qui se sont rassemblés autour d'une même passion, alors ça change pas notre façon de faire, de continuer et d'évoluer. La distance ne pose pas de problèmes, on se voit régulièrement et puis il y a juste Lemak'adames qui est ailleurs que sur Valence.

Lemak'adames : Partir sur des projets solo, c'est pas vraiment d'actualité pour le moment, on pense d'abord à bien distribuer et promotionner ''STREET POESIE'' qui nous tient à coeur.

Marshall'ombre : La suite on verra, sûrement le premier album DOXA, c'est une suite logique. Et puis, si tu regardes bien, aujourd'hui on sort un album
avec le crew ROCKSTAR qui est situé en Corée du Sud alors Lemak pourrait être en Inde, ça ne changerait rien ( rires ).

Vous sentez-vous à votre place dans ce rap où tout le monde se prend au sérieux alors que vous, vous performez en string lors de vos concerts ?

Marshall : C'est vrai qu'il y a certaines attitudes dans lesquelles on se retrouve pas trop, mais nous, nous avons notre propre attitude, la DOX'attitude (aucune prise de tête) qu'on garde en toutes circonstances. On a pas envie d'être standardisé comme beaucoup qui proposent une même attitude et un même discours. Pour l'histoire du string sur scène, c'était aux sélections du Printemps de Bourges 2004. On voulait cassé l’image du gros dur et puis j'aime relever les défis, mais je l'ai porté qu'une fois sur scène je tiens à le préciser (rires). Ce que je voudrais seulement dire c'est qu'en France, à mon avis, il y a beaucoup de groupes de rap et pas assez de Hip Hop. Nous sommes plus un collectif Hip Hop qu’un groupe de rap, vu notre formation. (2 Emcees, 1 Choriste, 4 Djs, 2 Breakeurs, 2 Beatmakers et 2 graffeurs, designers).

Lemak : En concert, on essaie toujours de donner une touche unique, prendre des risques, finir en string, bain de foule, improviser, décors en carton, intégrer du break… Tout ça pour dire que si certains se prennent ''trop'' au sérieux pourquoi pas, artistiquement faut croire que ça plait, mais nous on mets aussi l’accent sur le relationnel et l’auto dérision et ça plait aussi ! Donc si on a un public c’est qu’on est a notre place...Quels sont les artistes que vous aimez en rap français et US ?

Marshall : Perso, dans le rap français j'apprécies beaucoup tous ceux qui ont un bon fond, qui sont ce qu'ils sont et la liste est longue mais je pourrais citer Rachid Wallas, TaïChi, Kohndo, Puzzle, Triptik, Sages Po' (qui m'ont donné l'envie de prendre un stylo), Oxmo, 20 syl, Fisto etc... et j'aimerais aussi placer un gros Big Up aux animateurs acharnés d'émissions Hip Hop dans de nombreuses radio (Radio Dio, RCT, radio Méga, C'rock etc...) car ils contribuent énormément aussi à faire changer certaines choses comme par exemple de ne pas nous offrir que du rap, comme d'autres radios, mais vraiment de diffuser du Hip Hop... En US, là par contre la liste est encore plus longue. Je suis un grand fan des artistes de Boston (Insight, Mr Lif, Kreators, Edan, Edo G, Paw dukes, Krumbsnatcha, 7l esoteric etc...) ainsi que Chicago (Galapagos4 : Qwel, Robust, Offwhyte, Mestizo mais aussi Juice, Dj Shadow, Kanye west etc...), Sage Francis, Brother Ali, Encore, Rasco, Ra the rugged man, Artifacts (Tame one et El da sensei), L da headtoucha, self scientific, Aesop Rock, Immortal technique ...bref la liste est longue ! Mais ce que j'apprécies le plus chez un emcee, c'est son attitude et comment il kick !

Lemak : Les sages po', oxmo, puzzle, kohndo... Respect aussi à iam et ntm.. Niveau ricain : Loop Troop (meme si c'est Suédois), cunninlynguists, Pete rock and CL smooth !!! talib kweli et beaucoup d’autres. Je tiens à passer un Big Up a tous les BICHIKIS !!! (Bichiki : bientôt la définition en ligne sur www.doxattitude.com).


Propos recueillis par Bourbaki & Mike