Nelly
Mecredi 24 novembre 2004 - Hôtel Hyatt - Rue de la Paix à Paris : La presse parisienne était venue en masse à la rencontre du rappeur multi-platines de Saint Louis. 30 minutes chrono pour faire face aux questions de journalistes de tous horizons, de Star Club à The Source. Morceaux choisis.

SWEAT & SUIT :

Pourquoi avoir sortit deux albums en même temps ?

J’avais beaucoup d’idées de morceaux, j’avais envie de collaborer avec beaucoup de personnes différentes et surtout, j’avais envie de marquer le monde du hip-hop car ça n’avait jamais été fait. Surtout l’idée de partir dans deux direction très différentes, l’une plutôt sensuelle et l’autre plus énergique, ça me tentait bien.

Ca n’est pas pour t’en mettre deux fois plus dans le portefeuille ?

Le portefeuille ? Oh, je pensais au portefeuille quand j’étais pauvre, à dormir sur le canapé de ma mère en essayant de produire mon premier album ! Là, je prenais ce genre de choses en compte. Vous savez, comme ma grand-mère disait, quand on est pauvres, la plupart de nos problèmes sont liés à l’argent. Heureusement, depuis, j’ai eu la chance de connaître beaucoup de succès et je ne m’en préoccupe plus.

Et pourquoi avoir fait appel à Christina Aguilera sur ton album Sweat ? Des mauvaises langues murmurent que ton premier choix était Britney Spears, mais que finalement ta rencontre avec Christina a été très chaude…

Non pas du tout, Christina était mon premier choix. Cette chanson a été enregistrée il y a déjà deux ans ; j’avais besoin d’une voix pour cette chanson, et j’ai directement fait appel à elle. Je trouve que vocalement elle a un grand talent qui va au-delà de la musique pop. Je suis persuadé qu’elle aura une très longue carrière car elle le mérite. Après, je ne sais pas qui t’as parlé de notre chaude rencontre, mais ça n’est pas vrai ! On s’est bien amusés sur le tournage du clip, mais pas spécialement elle et moi ! Le clip mise tout sur une ambiance cabaret dans le styles des années 20 et tout le monde s’est éclaté dessus, des danseurs aux maquilleurs !


RAP & BUSINESS :

Tu dis avoir être fan des N.W.A., pourquoi faire une musique si différente alors ?

Effectivement, j’ai été et je suis encore fan d’eux. Mais tu sais, c’est pas parce que tu est fan de quelque chose que tu dois faire pareil. On peut être fan de baseball et finir par être joueur de basket-ball ! Saint Louis étant situé au milieu des Etats-Unis, j’ai grandi au milieu de pleins d’influences, à la fois East et West Coast, et après, j’ai fait ce qui me correspondait moi, personnellement.

Justement, quand Kanye West reprend l’argot du Midwest, ça ne t’énerve pas ?

Pas du tout, au contraire ! C’est tout à fait normal, c’est aussi son argot. Kanye vient de Chicago, qui est à quatre heure à peine de St-Louis. Les mentalités sont proches aussi. On reçoit beaucoup d’amour et de respect quand on va jouer à Chicago et vice versa. C’est la famille.

Quelles sont tes relations avec ton entourage depuis ton succès ?

J’essaie surtout de rester proche de ma famille et de mon groupe, les St-Lunatics. Vous savez, avec les autres membres, on a grandi tous ensemble. Je connais Murphee Lee depuis tout jeune, City Spud, qui est actuellement en prison, est comme mon frère… On a vu beaucoup de groupes se séparer à cause des carrières solos et on ne veut pas que ça arrive.

Les embrouilles entre les rappeurs se multiplient ces derniers temps. Qu’en penses-tu ?

Je trouve ça bien tant que ça reste sur disque. Ca stimule les artistes et ça dope la créativité. Vous savez, c’est un peu comme une compétition. Par contre, le pire serait que ça dégénère et que des artistes se fassent blesser ou tuer.

Dans « Another One », tu reprend les paroles du hit de Chingy. Il y a un problème entre vous ?

Pas vraiment. Je dis « I love the way you move it like thurr ». Ca aurait été un diss si j’avais dit « Fuck the Way you move it like thurr » (rires de l’assistance conquise). Mais quand quelqu’un dit « Nelly ne m’a pas aidé » ou « Nelly n’a rien à voir avec mon succès » , je dois répondre. Chingy a commencé dans mon entourage. Je l’ai payé pour faire mes premières parties, c’est ce qui lui a permis de se faire connaitre. Bon, okay, pas des fortunes mais il touchait quand même 200 dollars par show. Moi, quand j’ai commencé à faire des concerts, je n’étais même pas payé ! On me donnait juste des fois 20 dollars de per diem pour manger, c’est tout. Ensuite, il faut bien admettre que le succès de « Country Grammar » a attiré l’attention sur les autres rappeurs de la ville. C’est tout. Mais il n’y a pas de beef entre nous. Je respecte ce que fait Chingy et je suis content qu’il y ait de nouveaux rappeurs pour représenter St-Louis.

Par rapport à ton label, Derty Entertainment, et tes différents produits comme le Pimp Juice ou ta marque de fringues, as-tu toujours eu le business dans la peau ou bien l’as-tu appris récemment ?

Je pense que le sens du business, je l’ai acquis avec le temps. Parce que quand j’étais petit, je ne me disais pas « je serai business man ». Comme tous les gosses, je voulais être pompier ou joueur professionnel de basket-ball. Et puis, il est vrai aussi que le côté business, je l’ai développé pour assurer mes arrières au cas où ma musique ne vende plus.

Tu as créé une marque de boisson énergique ''PIMP Juice''. Est-ce qu'on devient un PIMP quand on en boit ?

Ahah bien sûr que non, c'est stupide ! Est ce que vous avez des couilles de taureau qui vous poussent quand vous buvez du Red Bull ? PIMP veut dire Positive Intellectual Motivated Person ! D’ailleurs, on a créé cet été le programme scolaire P.I.M.P, qui a pour but de financer les études des jeunes défavorisés.


CULTURE & POLITICS :

Tu t’es intéressé aux élections présidentielles ? Que penses-tu du résultat ?

J’ai voté, et je ne suis pas super ravi du résultat dans la mesure où le gagnant n’est pas la personne pour qui j’ai voté. Mais je respecte le gagnant. Je ne suis pas d’accord avec tout ce qu’il fait, mais je le respecte car on lui doit au moins ça. En tout cas, c’est vrai que c’est décevant, surtout pour la communauté urbaine qui avait fait un gros effort.

Tu aurais pu être politicien, non ?

Oh non, je suis trop honnête pour ça ! (nouveaux rires)

Te considères-tu comme un modèle pour les jeunes ?

Pas du tout ! Je ne peux servir que d’inspiration dans le sens où je suis quelqu’un qui vient d’un environnement défavorable et a qui a réussi à s’en sortir. En ce sens, je peux les motiver à faire eux-mêmes des choses pour réussir. Mais comment pourrais-je être un modèle ? Les gens ne savent pas ce qui s’est passé dans ma vie avant « Country Grammar ». Ils ne connaissent pas non plus mon quotidien, ils connaissent juste mes chansons. Et puis quand vous avez des problèmes, vous ne pouvez pas m’appeler pour me demander des conseils, vous voyez ce que je veux dire ? C’est pour ça qu’il ne faut pas prendre comme modèle un artiste mais plutôt quelqu’un de son entourage qui peut vous conseiller à tout moment.

Tu sembles très impliqué dans diverses associations caritatives. Peux-tu nous en dire plus ?

Oui, avec ces associations, on essaie d’éduquer la communauté urbaine sur pleins de sujets importants. Par exemple sur le cancer, qui est un sujet qui me touche particulièrement puisque ma sœur est atteinte d’une leucémie. On n’a pas encore trouvé de donneur pour sauver ma petite sœur, mais grâce à nos actions, on a déjà sauvé plusieurs autres enfants. Le but, c’est vraiment de faire prendre conscience aux gens de la nécessité d’être impliqués dans la vie sociale de leur quartier, et plus largement du monde. Donc pour cela, on va dans les écoles, on parle avec les enfants, on joue au basket avec eux afin qu’ils sentent qu’on s’intéresse à eux.

Pourtant, tu arrives à avoir plusieurs images. Par exemple, n’as-tu pas peur que la façon dont les femmes apparaissent dans tes clips influencent les enfants ? N’est-ce pas contradictoire avec ton travail associatif ?

Non, ça n’a rien à voir, je fais juste mon travail d’artiste. Halle Berry peut tourner une scène de sexe très réaliste de quinze minutes et recevoir un oscar. Denzel Washington peut enfoncer son gun dans la bouche d’un type et recevoir un oscar. Mais les rappeurs sont considérés différemment. Si on fait quelque chose dans nos clips, c’est que c’est forcément la vérité. C’est nous enlever tout mérite artistique. Ma musique, c’est de l’entertainment, ça n’est pas de ma responsabilité. On est des artistes, c’est un métier, ça n’est qu’une partie de nous. J’ai effectivement fait un clip pour adultes, qui ne passe qu’à 3h du mat sur les chaînes de télé américaines. Et si vos enfants regardent la télé à 3h du mat, ce n’est pas moi le problème, c’est l’éducation que vous leur donnez ! C’est facile de blâmer les rappeurs. Mais ça n’est pas à moi d’élever vos gosses. J’ai la responsabilité d’élever mes deux enfants, ça suffit. D’ailleurs, mes enfants n’ont jamais vu ces clips. Et puis, sachez que dans ces vidéos, je n’ai forcé personne ! Je suis célibataire, j’aime les belles femmes, j’en ai choisi certaines pour les clips, c’est tout. Ce sont des opportunités de job pour elles, c’est tout.


Propos recueillis par Yacine & Pamsiste