Octobre rouge
Nous sommes honteusement passé à travers des deux albums d'Octobre Rouge. Avant de retrouver la chronique dans nos pages, Logan et Grain d'Caf nous parlent de "Là où ça fait mal", un deuxième opus qui prend toute son envergure après quelques écoutes. La marque des (très) bons albums, assurément.



Présentations

Logan : Octobre Rouge, c'est Grain 2 Caf' au rap, Voodoo à la prod et au rap, Logan au rap, et DJ Manifest. Voici les 4 éléments les plus importants d'Octobre Rouge.

Que retenez-vous du premier album ?

Grain d’Caf : C'est ce qui a permis de nous faire connaître. On avait déjà commencé grâce au maxi " Week End à Meda ". L'album est aussi ce qui nous a permis de nous faire sortir de France, de nous faire connaître en Suisse ou en Belgique par exemple, et de faire des concerts, ou des projets à côté. On a aussi pu commencer à affirmer notre style. C'était la première pierre de l'édifice, qu'on a vendue a 10 000 exemplaires.

Entre vos deux albums, vous avez continué les sorties. Pourquoi ? Etait-ce pour occuper le terrain, ne pas vous faire oublier ?

Logan : Occuper le terrain ? Ouaww, t'as des mots qui sont hardcore ! Nous sommes productifs, c'est tout. Il y a des morceaux plus appropriés à des albums, d'autres à des street-tapes. " Le plus fumant ", c'était aussi l'occasion de faire une sorte de compilation de toutes nos apparitions sur des mixtapes ou CDs sortis à peu d'exemplaires et que les gens n'ont pas forcément pu avoir. " Son sex et Skunk " qu'on a sorti 6 mois après, c'était pas mal de morceaux inédits plus quelques uns qu'on avait déjà posés à droite ou à gauche. Donc occuper le terrain oui, mais pour ne pas se faire oublier, non, parce qu'on s'en bat les couilles nous de se faire oublier.

Parlons du deuxième album… De qui et comment est venue l'idée des visuels en modélisme ?

Logan : L'idée est venue à cause d'un morceau dans le premier album, " Cyclotimique " J'étais malade pendant un bout de temps, ça s'est déclenché 5 mois avant l'enregistrement du premier album. J'ai dessiné 4 personnages avec un style urbain, et on a fait la pochette de Violences. Puis on s'est dit, pourquoi pas recréer notre univers en modélisme, et on a bossé là-dessus pour le deuxième album. En fait on a voulu poussé le délire artistique au delà de la musique, et créer un véritable produit artistique à plusieurs niveaux, entièrement fait main.
On a mis 6 mois à faire ça quand même !

Vos slogans pour la sortie de l'album étaient " Le rap n'est pas mort, il est seulement dans le coma… Réveil le 26 octobre ". Alors, s'est-il réveillé, et plus globalement, qu'avez-vous de plus que les autres groupes de rap français d'aujourd'hui que vous accusez de maintenir le rap endormi ?

Logan : en fait, ce slogan est juste en rapport avec le titre de l'album, " Là où ça fait mal ". C'est une métaphore filée sur la douleur et la maladie. Maintenant en plus, c'est vrai qu'on a réveillé le rap oui ;)
Grain d’Caf : Au niveau artistique, je crois vraiment qu'on apporte quelque chose de nouveau, plus que le premier. Le deuxième album est vraiment différent, au niveau des sonorités, ou des thèmes, comme sur " Mes Potes " par exemple. On s'est rapprochés de la musique par rapport à l'ensemble du rap français. On parle peut-être parfois des mêmes thèmes, mais on en parle vraiment différemment. C'est un album qui est à part. Après, que tu aimes ou pas, soit, mais tu ne peux pas dire qu'il ressemble à celui que t'as écouté avant et que tu écouteras après.

On pourrait faire pas mal de parallèles entre les morceaux du 1er et du 2éme album, comme Trou Noir/Nuits Blanches, OTLO/Les Cents Ciels, Le Ien/Home Shit Home, Le Crabe/Ma2 Bab2...

Grain d’Caf : tout d'un coup, on n'est pas passé du coq à l'âne. Il y a eu une évolution, mais les bases sont restées les mêmes entre le premier et le deuxième album. Par exemple sur les filles ;). Même au niveau du sample, on sent la même vibe, malgré l'évolution.
Logan : le premier album, je dirai pas qu'il était plus premier degré que le second, mais il y avait de longues histoires vécues condensées. Pour le deuxième album, on a vraiment essayé de passer au second degré, on s'est pris la tête pour arriver à ça. Par exemple, c'est clair qu'il y a un rapport entre " Les Cent Ciels " et " OTLO ", mais il y a une évolution. Pareil pour " le Ien ", c'est moins premier degré que " Week end à Meda " ou " Livraison Rapide ", c'est plus une analyse des rapports humains.

Y a t-il des thèmes dont vous aimeriez parler et que vous n'avez pas pu aborder en 2 albums ?

Grain d’Caf : euh, déjà, on va bien travailler le deuxième avant de réfléchir au troisième.
Logan : tu sais, on travaille chez moi, au coup par coup ! Quand on a fait " Week End à Meda ", on imaginait pas qu'un jour on sortirait un deuxième album. Mais c'est sûr qu'il y a des thèmes qu'on n'a pas abordés et qu'on abordera.

Dans ce second d'album, il y a beaucoup moins de morceaux racontés (Bad Lieutenant, Vas y colle, Le reflet sans l'ossature, Ils ont tout pris, …) que dans le 1er, est ce par révolution ?

Grain d’Caf : personnellement, je trouve qu'il y a toujours des morceaux racontés, mais je vois ce que tu veux dire, et c'est une bonne question ! En fait, on n'a pas calculé, on a pas fait d'histoire, j'avais pas remarqué.
Logan : on a évolué dans notre manière d'écrire peut-être.

Quelle a été la réaction des gens cités dans "le Ien" ?

Grain d’Caf : ceux à qui je l'ai fait écouté ont bien rigolé.
Logan : c'est du second degré tu sais, les gens ont de l'humour. C'est pas méchant quoi ! On rigole, mais c'est social aussi. De toute façon, il y a une base sociale dans tous nos morceaux : on essaie d'aborder des phénomènes sociaux sans faire pleurer les gens, mais plutôt même en les faisant rigoler.
Grain d’Caf : d'ailleurs, cet aspect d'Octobre Rouge ne plait pas forcément aux gens, qui pensent qu'on ne peut pas rigoler de ça.

Qui appréciez vous en rap français ?

Grain d’Caf : La Caution, même si on a pas toujours les mêmes goûts qu'eux, on adore. Nikkfurie, c'est un producteurs de dingue. Sinon, j'adore un gars qui s'appelle Dgiz Hors, je sais pas si vous connaissez. Le gars, c'es un tueur ! En impro, il fait des trucs de ouf. Et d'ailleurs, le fait que beaucoup que le critiquent, ça montre bien que les gens ne respectent plus le hiphop, parce que Dgiz excelle dans la forme la plus noble du hiphop : les gars qui ont vraiment des dons comme Dgiz sont pas les plus adulés.
Logan : Et puis tu vois, y a des noms comme Eminem qui font des morceaux qui tuent, mais ça veut pas dire que le mec tue toujours. Donc on écoute du rap quoi !
Grain d’Caf : oui, on bouffe plein de rap, du 113 à Booba.

"On dit que le rap vend mal normal… les DA sont tous des pédales", ça sent pas les mecs frustrés de ne pas avoir réussi à signer en maison de disques ?

Logan : oui, les DA ce sont des pédales. Il n'y a pas un seul DA qui vient du pera, et ils comprennent rien à rien. Et il faut faire quelquechose pour que les DA s'intéressent au vrai hiphop.
Grain d’Caf : en plus, vu la conjoncture actuelle, je pense qu'on aurait rien gagné à signer en maison de disques.

Le morceau Air Guinée de Grain d’Caf avec Apollo J et Abdu, on a l'impression que c'est Apollo J et Abdu feat Grain d’Caf que l'inverse. Est ce une volonté d'exposer des artistes qui vous tiennent à cœur ?

Grain d’Caf : Non, même pas ! Pour être honnête, ce morceau a une histoire : mon pote a kiffé cette instru, et on a posé ce morceau pour une compilation guinéenne. Et moi je kiffais tellement ce morceau que j'ai décidé de le remettre là. Mais effectivement, nous on s'est pris la tête pour savoir si on devait mettre un tel morceau sur l'album d'OR, puisque je n'y fais qu'un refrain. Et puis après on s'est dit qu'il était vraiment fort, et qu'il méritait. L'instru est forte, et l'histoire d'un gars qui s'évade par la pensée pour aller au bled nous touche. Ca correspondait vraiment à la vibe OR.

Parlons un peu de la scène…Vous êtes souvent courageux, voire suicidaire, pour faire des scènes en première partie de cainris…

Grain d’Caf : c'est vrai que faire la première partie de cainris, c'est un défi, mais ça nous fait rigoler. Le public est chelou en tout cas. Le public français déjà, à la base, il n'est pas là pour juger la performance d'un spectacle, il vient pour réécouter des morceaux qu'il a déjà entendus, et il veut la même chose. Il est même pas capable de reconnaître une bonne d'une mauvaise performance. Et quand je vois qu'il applaudit des concerts cainris comme celui d'Heltah Skeltah, où les rappeurs se sont littéralement foutus de la gueule du public, avec une petite 1h30 de show complètement à l'arrache, bourrés sur scène, sans DJ, et avec 2 heures de retard, là je comprends pas le public français.
Logan : je pense qu'il faut avoir les couilles de jouer en première partie de cainris. Et d'ailleurs le public n'a pas de couilles, il ne nous siffle jamais sur scène, alors qu'après il se lâche sur le net. Et par exemple, " Week End a Meda ", on l'a fait en avant dernier à l'Elysée Montmartre, et là tout d'un coup les gens ont réalisé " ah c'est eux qui font ça !!! " et ils nous ont big uppés.
Grain d’Caf : tu vois, c'est bien ce que je te dis, il n'y a pas plus mouton que le public français.
Logan : et puis, c'est un public qui se la joue intello et qui essaie d'intellectualiser les concerts. Mais kiffez les performances en live, point ! Bon, après, on ne généralise pas non plus, il y a un bon public, mais c'est vrai que c'est rare.
Grain d’Caf : en tout cas, on est peut-être maso, parce que c'est vrai que le public nous critique beaucoup, mais si ne seraient-ce que 2 personnes kiffent, on a déjà gagné. On tient les gens en respect de toute façon, même si les gens parfois ne kiffent pas sur scène, ils ne nous insultent pas.
Logan : d'ailleurs, je note que le public provincial se prend moins la tête, et je préfère jouer devant 15 keumés qui kiffent, qui ont fait 40 bornes pour voir des vraies performances, et ce même s'ils ont pas le dernier album à la mode de machin chose.
Et il faut savoir que pour les premières parties de cainris à Paris, on n'est pas payé. C'est comme le marché de l'emploi, si on refuse, le promoteur qui nous a proposé s'en bat les couilles, puisqu'il y a 5 groupes derrière qui ne demandent qu'à prendre notre place.
Grain d’Caf : et une tournée, ça nous coûte de l'argent plus que ça nous rapporte.
Logan : L'esprit des concerts et des soirées s'est vraiment perdu, et nous, c'est pour ça qu'on kiffe des soirées comme 12 inch, parce qu'on y retrouve l'esprit hiphop originel, avec 60 gars qui se succèdent sur scène pour rapper et clasher toute la soirée. Et même si y en a 58 qui rappent pareil, pour les 2 qui auront déchiré, on kiffe.

Pour finir, des solos à l'ordre du jour ?

Logan : non, tu sais, on a toujours privilégié les solos dans l'album, donc on a pu placer nos propres apports personnels. En tout cas perso, écrire tout un album sans Grain, ça me casserait les couilles. Mais OR, c'est un groupe libre : si j'ai envie de faire 3 solos sur le prochain, je pourrai les faire.

Pour voir tout les travail réalisé sur le maquette d'Octobre Rouge, www.maquettesurbaines.com
Sinon le site officiel d'Octobre Rouge, www.octobrerouge.com


Propos recueillis par PamSiste & Jin