Hocus Pocus
A l'occasion de la sortie de l'album d'Hocus Pocus ''73 Touches'', 20Syl et Greem répondent à nos questions, et nous prouvent par l'occasion qu'ils peuvent être aussi drôles que talentueux.

D’hier à aujourd’hui - Qui compose Hocus Pocus aujourd’hui, et où sont passés les anciens membres du groupe?

20Syl : Hocus Pocus est à l’heure actuelle composé de Greem et moi entouré de trois musiciens pour la scène : Antoine st Jean à la batterie, Hervé Godard à la Basse & Matthieu Lelièvre au Rhodes. En décembre 2003, après une bonne centaine de dates et pas mal de bornes, la cohésion de l’ancienne formation a commencé à s’essouffler et l’ancien bassiste et pianiste nous ont quitté. On a ensuite travaillé principalement à deux (Greem et moi) sur l’album jusqu’à ce qu’en avril 2004 on rencontre Hervé et Matthieu pour l’adaptation scénique de notre nouvel album. On peut aussi ajouter qu’à l’origine (1996) Hocus Pocus n’était composé que de Cambia (MC qui bosse maintenant en solo) et moi.

La créativité / processus de création

- Comment se passe le travail de création, vu que 20Syl a l'air de faire un peu tout ? Pour les instrus notamment, qui compose quoi et comment? Au niveau des thèmes aussi, en discutez-vous ensembles avant ?

20syl : Pour cet album on a beaucoup travaillé à deux avec Greem sur quelques bases d’instrus à moi et des compos avec les instruments qu’on avait sous la main (rhodes, basse, platines, sampler...). On a ainsi créé l’ossature de l’album sur laquelle on a fait intervenir divers musiciens (cuivres, guitare, contre basse, claviers, flûte traversière...) afin de donner de la richesse aux arrangements et ne pas tomber dans des schémas trop répétitifs. Au niveau de l’écriture j’avais déjà quelques textes et thèmes à l’avance, et on en a réfléchi d’autres ensemble (Pascal & brouillon par exemple).

- Quel matériel utilisez-vous ?

20syl : Des instruments typiques des 70’s : une basse Fender Précision, un Rhodes Suitcase 88, Hohner clavinet, Wurlitzer. des samplers : MPC 2000 XL, S 3000 XL, le sampler virtuel mach5. En studio : un Powerbook, le logiciel DP4, interface 828mk2, Platines et mixette Numark et un gros stock de vinyls.

- La sonorité ''jazzy'' est un truc qu'on retrouve plus dans le travail d'équipe que par exemple dans le travail de Pfel, est-ce un truc que vous recherchez absolument en tant que groupe (dans C2C)?

20syl : C’est vrai qu’en individuel chacun se permet d’exprimer les affinités qu’il ne partage pas forcément avec tous, tandis qu’en équipe on essaye de travailler sur des goûts qu’on a en commun, en l’occurrence la soul, le jazz, le funk, le rock, les musiques latines etc.

Greem : non c’est vraiment une question d’humeur et de goûts, Pfel a déjà fait des routines jazzy, après c’est vrai qu’en équipe on peut beaucoup plus développer la richesse des compositions.

La technique / le DeeJaying

- Comment faites-vous pour bosser dans Coup 2 Cross ? Comment se passe le processus de création d'un show à 4? Chacun a-t-il sa spécialité?
20syl : vas y Greem à toi de jouer !

Greem : on se fait des parties sur la Xbox ! La spécialité d’Atom : le tennis ; celle de Pfel : les Doom like ; moi la baston et 20syl les gamelles sur Tony Hawk...après on attend que l’inspiration tombe du ciel et on s’y met.

- Que pensez-vous de l'autre grande team française, les Birdy Nam Nam ?

20syl : Comme tous les parigos j’ai un peu de mal avec leur tronches ;) mais par contre ils sont vraiment doués techniquement. Je n’ai pas encore eu l’occasion d’écouter leur album de manière approfondie mais ça a l’air très riche et varié.

Greem : yeaaaah I love the Dirty Pan Nam they’re sooooo nice ! J’attends d’écouter leur album avec impatience et leur souhaite succès et longévité!

- Comme eux, pensez-vous faire un album de scratch music?

20syl : On y travaille chacun de notre coté, on voudrait justement que chacun puisse y exprimer ses affinités personnelles donc on bosse individuellement dans un premier temps pour réunir les idées ensuite.

Greem : c’est un truc qui nous trotte dans la tête depuis longtemps et c’est déjà plus ou moins en construction, on aime bien aussi participer sur divers projets type interludes ou remix, ça nous pousse à rester créatif, trouver de nouvelles idées et se plier à une couleur de son.

- Que pensez-vous du creux que peut connaître le mouvement turntablist par rapport à il y a environ 5 ans où tout le monde inventait son mouvement? Comment voyez-vous l'évolution de la discipline?

20syl : J’pense que le mouvement « Battle » est un peu en chute, par contre le turntablism prend une forme beaucoup plus large d’après moi, que ce soit par l’apport de dj’s / scratchs dans des styles qui n’ont rien a voir avec le hip hop ou par des albums tels que celui des Bnn.

Greem : on va vers une évolution musicale, c’est le développement logique d’un nouvel instrument, d’abord l’expérimentation : du beat juggling aux scratchs on a fait à peu près le tour au niveau technique, puis l’intégration : on se penche maintenant beaucoup plus sur la composition, le but n’est plus un déballage de technique mais trouver une manière de faire sonner un scratch, d’imbriquer les sons de la façon la plus harmonieuse, et aussi de pouvoir intégrer une formation « classique » (de plus en plus de djs jouent avec des groupes de rock, jazz...)

L’album (généralités)

- Si vous deviez définir votre album en un seul mot, quel serait ce mot ?

20syl : Uncourantdairprovincialquibalaielesstéréotypesdurapfrançais !

Greem : freshhhhhhh

- Qu’aimeriez vous que le public retienne de cet album ?

20syl : J’aimerais que les gens qui détestent le rap deviennent accroc à ce truc...Que les « rappeurs de rue » écoutent cet album et se rendent compte que les textes...c’est pas tout et qu’avec trois accords on peut dire autant qu’avec un long paragraphe.

Les thèmes de l’album

- On s'est rendu compte avec ''J'attends'' ou « Géométrie » par exemple, que 20Syl était capable de traiter avec finesse des sujets plus graves ou plus ''conscients''; Pourquoi ne pas en faire plus souvent?

20syl : C’est vrai qu’on s’est fait connaître par le biais de nos maxis (« Onandon » / « dig this ») qui se voulaient des morceaux hip hop qui parlent plus ou moins de hip hop, efficaces pour les dj’s et donc assez légers dans le fond, cependant j’ai toujours écrit des choses plus graves qui n’ont pas forcément autant été mises en avant comme « une chose est dite » ou « fin de siècle »...

Greem : 20syl est depuis longtemps capable d’aborder des thèmes plus sérieux mais je pense qu’on attendait l’occaz d’un « vrai album » pour les intégrer plus harmonieusement.

- ''Camille'', ''Connecté'', ''Comment on faisait avant'': vous êtes un peu des nerds, non? ;) et la street cred dans tout ça? D'ailleurs, vous avez capté que beaucoup de vos morceaux parlent de la difficulté de communiquer ?

20syl : Mais dis moi connecté c’est jamais sorti...pirate ! Mais oui en effet un peu nerd dans le fond et personnellement atteint d’un sérieux souci de communication mais ça se travaille.

Greem : c’est vrai que t’es pas trop streetcrédible 20syl ahah !

- Comment t venu le titre « Le Zoo » ?

20syl : C’est parti du concept d’utiliser tous les noms d’animaux qu’on utilise pour qualifier les Humains, et du coup de décrire la vie, la ville comme un Zoo grande taille.

- « J’ai le cul entre 2 chaises bancales, hexagone ou pentagone, bref, question de géométrie » : est-ce une façon de dire que tu n’as pas d’opinion politique et que ces conflits d’intérêt te passent au dessus ?

20syl : c’est une façon de dire que je ne me sens pas assez informé ou pas assez sur des informations qu’on me diffuse pour me faire une vraie opinion. Quand tu vois que par exemple les reportages de Pierre Carles n’ont pas accès aux chaînes, tu te dis que quelque part la transparence des médias est vraiment opaque...

- Peux-tu expliquer le concept du morceau « Brouillon » ? Est-ce que la conclusion à en tirer pourrait-être que t’aurais pu naître à n’importe quelle époque au milieu de n’importe quelle influence, et que tu te serais parfaitement adapté ?

20syl : Non pas vraiment, ou alors comme je le fais aujourd’hui j’aurais été piocher dans d’autres époques ce qui m’intéresse pour construire mon univers musical. Brouillon est plus un délire, un exercice de style et c’est aussi comme ça qu’on le présente sur scène, comme quand tu es en répétition et que tu essayes pleins de trucs différents sans forcément parvenir à quelque chose de concluant...ceci dit je trouve le processus de recherche intéressant c’est donc pour ça qu’on en a fait un morceau.

- Pourquoi 2 featuring étrangers et pas de français sur l’album ? Personne ne vous a convaincu ?

20syl : ça s’est fait comme ça on ne l’a pas réfléchi, on voulait des feat français et aussi des d’autres musiciens « renommés » et puis finalement on a bouclé l’album sans et ça nous convenait comme ça. On y repensera pour le prochain !

Greem : En même temps c’est vrai que l’on écoute plus de hiphop étranger notamment américain et que même si on apprécie certains artistes français, lorsque l’on pense à un feat. français on en a 500 autres ricains en tête.

- Plus globalement, quels artistes français appréciez-vous ? Vous sentez-vous proche du milieu hip-hop français ?

20syl : On ne se sent pas particulièrement proche d’un milieu quel qu’il soit mais on a des affinités communes avec des gens comme Kohndo, Triptik, Bunzen, Harcèlement textuel et tout le crew de Logilo prod, de nombreux groupes et artistes « underground » comme Shabazz (Nantes) S.A.T (Nantes), Réel Carter, Soulkadelik...et de nombreux autres que j’oublie.

Greem : on se sent proches de hiphopers français avec qui on a des affinités musicales, qui ne se prennent pas trop au sérieux et qui voient le rap comme un moyen de s’éclater musicalement et textuellement.

Demain

- Quels sont les projets pour C2C, Hocus Pocus et 20 Syl ?

20syl : La tournée d’Hocus, de C2C, l’album de C2C, pleins de projets de collaborations en France et à l’étranger avec Onandon. J’aimerais aussi taffer un « album de producteur » avec des intervenants musiciens, rappeurs et chanteurs.

Greem : un album de Hp encore plus riche et avec plus de feat. un album de C2C qui nous amènera peut être à redéfendre notre titre et à tourner, des collaborations diverses avec d’autres groupes...

- Est-ce que vous comptez développer Hocus Pocus à l’étranger ? Qu’attendez-vous pour conquérir le marché américain ?

20syl : C’est déjà fait renseigne toi un peu plus...On est signés en licence chez Aftermath, on en est à 760 000 là bas c’est pas énorme mais l’équipe de Dré taffe dur. Plus sérieusement, on est en contact avec des gens dans quelques pays étrangers et ça devrait se développer progressivement.

Greem : on souhaite avant tout conquérir le public français, après il y a pleins d’autres pays intéressants dans lesquels on aimerait être diffusés et avec qui on souhaite partager notre vision du hiphop.




Propos recueillis par Pamsiste