Double Pact
Pour commencer, un petit rappel sur l'historique de Double Pact ?

Double Pact existe dans sa forme actuelle, c'est-à-dire avec Stress et Nega comme rappeurs et Yvan comme producteur musical depuis 1994. A la fin de l'année suivante, nous sortons notre premier opus sous la forme d'un EP, ''Impact no3''. Puis, en février 1998 paraît notre premier véritable album: ''Pour ma Planète bleue''. Enfin, notre second album ''...c'est comme la vie'' vient de sortir en Suisse.

1995,année de votre EP, depuis vous semblez vous être imposé comme le groupe suisse par excellence. Quelle est la cause de ce succès à votre avis ?

Après la première vague de rap suisse avec Sens Unik et Duty Free au tout début des années 90, il n'y a pas eu véritablement d'autres groupes à sortir quelque chose. On a été les premiers à sortir un disque après cette première vague. En conséquence, on a dû d'une certaine façon combler ce vide et notre génération a dû en partie se reconnaître dans ce qu'on faisait.

S'en suit alors une tournée à travers la Suisse,la France et même l'Espagne. Est-ce que ce contact avec le public est important pour vous ?

Oui. Les concerts sont toujours des moments privilégiées puisqu'on a un contact direct avec notre public, c'est dans ces moments que se dégagent les plus fortes émotions pour nous en tant qu'artistes. En ce moment on est en train de mettre sur pied notre prochain show.

Deux ans plus tard sort alors votre premier album ''Pour ma planète bleue'', c'est celui-ci qui vous fait vraiment connaître en France. Qu'est-ce que vous avez acquis de plus entre ce premier EP et celui-ci ?

En fait, ce n'est pas directement cet album qui nous a fait connaître en France puisqu'il n'y est jamais sorti. C'est bien le premier EP qui nous a installé avec la nouvelle vague de rap français (La Cliqua, Différent Teep, et les groupes parus sur Night & Day). Mais, bien entendu, le soutien très apprécié de certains magazines français comme Groove ont fait connaître Double Pact au travers de l'album ''Pour ma Planète Bleue''. Ce premier album a été entièrement conçu de A à Z, tandis que le premier EP n'était qu'une suite de morceaux initialement prévus comme demotape.

On ressent un grand souci d'originalité dans vos sons...

Cette originalité est due au fait qu'on fait d'abord de la musique avant de faire du rap. Je ne me pose jamais la question de savoir si tel ou tel musique sonne ''rap'' ou pas, je sample, je décortique les sons, et je reconstruit: c'est le résultat qui compte et sûrement pas l'origine des sons samplés.

On peut dire que vous êtes un groupe imprévisible non ?

Peut-être que c'est tout simplement les autres qui sont trop prévisibles...

Comment en êtes-vous arrivés à travailler avec Cut Killer pour Opération Freestyle ?

Ca s'est fait très simplement. Il nous a appelé et nous expliqué son projet de compil.

Parlons brièvement de l'actualité suisse où les résultats des dernières élections législatives sont alarmants avec 1 siège sur 4 pour l'extrême droite. Comment ressentez-vous cela au quotidien ?

Tout d'abord, c'est important de rappeler que la Suisse est divisée en trois communautés linguistiques différentes: la plus grande parlant le suisse-allemand, la deuxième parlant français et la troisième parlant italien. Le parti d'extrême droite (qui comporte en réalité bien plus de modérés que dans un parti comme le Front National) appelé UDC est très fort en Suisse-allemande mais beaucoup moins en Suisse romande (où on parle français). C'est donc pour cela que nous, en tant que romans, ne ressentons pas ce changement, en tout cas pas pour l'instant et c'est à mon avis très dangereux. La figure emblématique de ce parti, Blocher (il est suisse-allemand bien entendu), passe son temps à creuser des fossés entre les jeunes et les vieux, les villageois et les citadins et bien entendu entre les suisses et les étrangers. Il faut donc qu'on reste très vigilants parce qu' en tant que francophones (on est une minorité) notre voix n'est pas aussi puissante que celle des suisses allemands et avec un type comme Blocher, il se peut qu'on ne soit plus entendu du tout à l'avenir...

Un autre actualité,plus amusante cette fois,c'est l'arrivée de votre nouvel album ''...c'est comme la vie''. Comment s'est passé l'enregistrement de celui-ci ?

Un bon tiers des morceaux ont été écrits en studio (surtout ceux avec des invités) et ça c'est complètement nouveau, ça donne un côté beaucoup plus frais et spontané à cet album par rapport au précédent. On a aussi gagné en maturité autant dans les textes que dans la musique, on a une vision beaucoup plus globale sur les choses et la vie, on a aussi pris du recul par rapport à nos activités musicales ce qui fait qu'on a ressenti aucune pression pour réaliser cet album. C'est pour ça qu'il est aussi diversifié.

Qu'est-ce que vous prévoyez de faire dans les mois à venir ?

Stress va sortir un album solo d'ici la fin de l'année prochaine, tout comme Nega et son frère Loucha. En janvier 2000 on commencera notre tournée en Suisse. L'album va sortir début 2000 en France.


Propos recueillis par Ninopriest