
11/04/06. De passage à Paris pour la sortie de "Soldat de fortune", on a retrouvé un Akhenaton détendu pour s’entretenir de son dernier album. Loin de la langue de bois de rigueur, il n’hésite pas à parler chiffre pour répondre à nos questions acérées. Etaient présents nos confrères de rap2k, hiphopsession, bounce2dis...
“Soldat de fortune” vient de sortir, tu peux nous rappeler comment tout à commencé ? Ca fait un peu album de crew au final avec 10 invités.
A la base, je suis parti sur un street album. Le fait d’être indépendant, ça ne met aucune pression d’obligation ou d’être en arrêt sur des titres. D’ailleurs, il y a 12 titres que je n’ai pas mis sur l’album qui font partie d’une même histoire. Sinon, je suis un peu comme un chien de groupe, le fait de partager je trouve ça mieux. C’est une question d’habitude et de philosophie peut-être... Je fais des albums comme tu envoies un truc en l’air et il tombe où il tombe. L’album a été enregistré entre mars et octobre 2005. Il a été bouclé rapidement en fin de compte alors qu’en général, je prends beaucoup de temps. Celui là a été fait instinctivement. Les premiers morceaux ont été “Mots blessés”, “Bronx river” et “Do it, do it”.
C’est drôle que tu aies commencé par ces trois morceaux car ils ont des ambiances très marquées les uns des autres. “Soldat de fortune” choque par son absence de direction artistique.
Mon expérience du Hip Hop elle ne se limite pas à 97-98 et le Queensbridge. J’ai commencé à écouté du rap en 81, il y avait des groupes qui jouaient live, en 84 j’écoutais de l’électro, en 86 le sampling est arrivé. Je suis une somme de tout ça. Quand je décide de faire un album de manière décontractée, tu vas avoir des morceaux plus Soul ou plus électro. Ma direction artistique si je devais en avoir une, ça serait de ne pas en avoir. Si demain je devais prendre une boucle de Abdelhalim Afez c’est faisable. En 1989, on a été les premiers à sampler de la musique arabe avec IAM et ça a été perçu de manière hérétique à l’époque. Et depuis que Timbaland le fait, c’est génial !
Le rap ne doit pas se limiter. En ce moment, je lis un recueil de poésie arabe du 7ème siècle. Ils écrivaient des poésies et en dessous des publications tu avais les crédits : le poète, le musicien et le type de musique. Il y avait 9 grades de musique pour autant de type. Le rap n’a rien inventé et s’inscrit dans une linéarité de tradition orale. Que ce soit arabe, afriquain ou aisiatique, il y a toujours eu cette poésie métrique se déclinant en plusieurs registres.

Mais musicalement, c’est finalement très déroutant quand même !
“Soldat de fortune” ressemble plus à la tradition musicale de “Ombre est lumière” où les instrus mis bout à bout n’ont pas de cohérence. Ca va à l’opposé de la tradition moderne qui veut qu’il y ait une cohérence de producteurs. Quand tous les sons se ressemblent alors que ce sont des producteurs différents, ça me pose un problème. En France, je pense qu’il faut prendre des risques sur la prod. C’est notre point faible. On a vécu avec la MPC 2000 les grosses caisses claires samplées sur Prodigy et Havoc pendant 6 ans, il faut tourner la page ! Il y a une nouvelle génération de producteurs qui est plutôt bonne et qui ose des trucs. Je viens de rencontrer Skread, CHI ou les Soulchildren qui sont plus dans notre patrimoine “Primorien”. Dans le rap français, c’est très important l’atmosphère du son. Sur des atmosphères plus mélancoliques et plus poignantes, le texte prend du relief. Mais avec la culture de l’atmosphère, on a mis un peu en off la culture du rythme. Les Américains ont développé ce côté, ils peuvent faire des morceaux qui ne tournent que sur la rythmique maintenant.
Tu sais ça part dans tous les sens : j’écoute un son à la FNAC, j’entends un morceaux dans un supermarché, je retiens des lignes de percu... C’est éclectiques au possible. Maintenant, carrément, je fais rejouer mes samples de Soul comme pour “Alamo”, comme “Vu de la cage” où c’est un groupe franco-malgache qui joue.
A l’instar de producteur comme Nikkfurie ou Logilo, ça n’aurait pas été plus intéressant d’avoir une couleur de son à toi avec justement des touches musicales différentes ?
Dans ma perception du rap, ça ne me pose pas de problèmes dans le sens où ce sont des influences qui cohabitent en moi depuis des années. Pour “Ecole de samba” par exemple, j’étais en train de péter un gars à PES et j’ai sorti “Je-produis-un-jeu-différent” et on en a fait un morceau ! J’ai des inspirations à la con, après ça peut partir sur des lectures comme Cheikh Anta Diop, Laotsu.
La couleur de son par contre, je n’en ai jamais eu. Je ne suis pas un producteur qui... A ce sujet, il faut que je vous raconte. Sur “Revoir un printemps” par exemple, un tas de gens m’ont dit “- Chill tu as fait les sons, c’est bizarre que ce ne soit pas Imothep”. Ils ne sont pas rendu compte que sur “L’école du micro d’argent”, j’avais produit plus de la moitié des sons quand même !
Sauf que sur “L’école du micro d’argent”, les musiques étaient créditées Imothep/Akhenaton !
Et on a cru que j’avais apporté des disques et qu’Imothep avait fait le travail ! Non en fait, ça ne s’est pas passé comme ça. *rires* L’absence d’Imothep sur “Revoir un printemps” n’est vraiment pas de son fait. Il aurait préféré être là à mon avis. Pour en revenir à cette histoire de cohésion, le jour où tu vas écouter l’histoire des 12 morceaux qui s’enchaînent, tu verras qu’ils sont dans la même veine. “L’école...” c’est pareil en fait. Il a été fait à New-York et a été refait entièrement à Paris en un mois et demi. BOUM !!! Tous les morceaux accouchés dans la même veine. Des fois, il y a une part de hasard : ça peut faire des choses bien et des fois on se gauffre.
Mais tu as conscience de ce que les gens attendent de toi par rapport à “Métèque et Mat” et “L’école du micro d’argent” ?
En fait, je ne veux pas capitaliser sur ce que j’ai fait avant. Les virages brusques que l’on peut faire dans une carrière avec IAM, effectivement, on peut perdre des gens et puis on va les rattraper 6 ans plus tard et puis les reperdre à nouveau. D’un autre côté, ça assure une sorte de pérénité de ton et de liberté artistique sur la longueur. Techniquement je ne peux pas resortir des recettes déjà réchauffées. Sinon j’aurais décliné “L’école du micro d’argent” en platine, or, vermeille... Dernièrement, j’ai enregistré avec Sokrate (Tandem), “Au nom de tous les miens”. Tout le monde me dit “- Terrible Chill putain !” mais je leur réponds “- Vous êtes des nostalgiques de Queensbridge !” Le problème c’est que vous voulez que le rap évolue mais vous voulez nous entendre sur des standards où on a été très fort.
Tu dis sur “Alamo” : “Des MC comme Faf sont sous-estimés” et finalement on le retrouve sur “Comode le dégueulasse” qui ne le change pas de son registre humoristique...
En fait, je l’ai invité sur deux morceaux qui font partie de “L’histoire” qui devait faire partie de l’album et comme j’ai fini par les écarter, il ne se retrouve plus que sur “Comode...” Sans rentrer dans les détails, j’héberge un SDF du nom de Faf à la Cosca. *rires* Je l’héberge dans une pièce à côté de mon studio. Il ne fait pas parti de la structure, c’est juste un ami. Ca fait deux ans qu’il enregistre son album et il galère pour signer mais je te jure que tu l’écoutes le cul par terre, c’est vraiment très fort.
Qu’est-ce que tu penses de la surenchère de la violence dans le rap aujourd’hui ? Tu trouves pas que l’aura d’artistes comme IAM, Fabe ou Oxmo Puccino en patit beaucoup ?
Bien sûr, parce que faire le mal c’est bien ! Je sais pas si vous avez écouté le deuxième album de Sinik. Franchement, j’en étais content dans le sens où l’on sent une volonté d’aller vers quelque chose de plus positif. Le mal c’est une ligne droite, c’est trop facile de faire plus dangereux. Il faut être patient et ne pas plonger dans l’aigreur. Par exemple, quand je n’ai pas eu d’air play sur cet album pour ne que Skyrock, je ne me suis pas mis à dire dans les magazines “- Skyrock enc*lé de ta mère, on va te niquer ta race !” *rires*
Les maisons de disques elles ont aussi leur rôle. Si le rap qui vendait c’était celui avec une plume d’autruche dans le cul... Le problème des artistes qui jouent le créneau de la violence, c’est que ça génère des problèmes pour eux, sur scène... Les gens te renvoient ce que tu leur donnes. J’ai peur que ça re-regénère une nouvelle génération de concerts à problème et dimage du rap biaisée. On est à l’image de la société : tu as la possibilité d’écouter du rap descent, bien produit, violent, non violent, tu as le choix.
Mais c’est peut-être aux radios, aux webzines de mettre en exergue les bons artistes. Le plus ennuyeux pour vous par contre, c’est que les rappeurs habitent à trois stations de métro et si tu chroniques mal leurs albums ils font une descente chez toi. A un moment dans la presse, personne ne parlait mal de personne, sauf sur IAM parce qu’ils habitaient à 800 Km. J’ai eu une discution avec des journalistes qui ont eu l’honneteté de le reconnaitre. Tu peux trouver des trucs bien ou mauvais dans nos carrières solo ou de groupe, il faut juste être équitable.
Un détail qui nous a étonné sur ton album, lorsque Shurik’n est invité il est crédité feat IAM et quand c’est Freeman, il est indiqué feat Freeman. Il ne fait plus partir du groupe ?
Question administrative. Shurik’n est toujours en contrat avec Delabel et donc on a fait des morceaux de groupe pour ne pas avoir de soucis juridiques avec ça. La question qui revient souvent c’est la présence de Malek (Freeman) au sein d’IAM. Pour moi, il doit être entre “L’école...” et “Revoir un printemps”, c’est quelqu’un qui a une culture verbale complètement différente, qui est ancré dans la génération Fonky Family. Y a des fans intégristes qui ont dit pour “Revoir un printemps” : “- Trop présent Malek, vade retro” ! Du coup, il a tendance à se mettre en retrait par rapport à Jo et moi mais c’est pas une question de niveau, plus une question de musique. On en discute entre nous sans langue de bois.
Aaaaah, l’enregistrement de ce dernier album a été très très compliqué pour tout le monde. Ca a été la congrégation de la guigne sur six personnes ! A ça tu rajoutes notre relation qui devenait complexe avec la maison de disques, Red et Meth qui attendent pour le budget du clip et qui finalement partent en tournage pour How high... obligé de les faire en dessin animé ! Avec ces histoires de budget, je suis le plouc qui s’est grillé avec Chris Robinson et tous les réalisateurs de clips New-Yorkais !
A partir de “Stratégie d’un pion”, on a monté notre structure qui s’appelle Alamut et on a réalisé nous-même nos clips. J’ai écrit “Soldat de fortune”, on a fait “Black desperado” pour Oxmo Puccino et le prochain Hocus Pocus. Diam’s nous avait demandé pour “La boulette” mais on était trop chargé, c’est dommage. On travaille à l’artisanale, au lance pierre comme pour “Troie”. On a loué un studio une journée, c’était tout dans la bricole.
Justement, tu sors sur ton label 361 Records cette fois, comment tu jauges ce retour à l’indépendance ?
Je te cache pas que ça m’a fait drôle de sortir sans marketing, j’avais plus l’habitude depuis 15 ans. Dans mon contrat en taux de royauté, j’ai le même qu’avec mon contrat avec Delabel. Si l’album fonctionne un temps soit peu au sein de la structure, c’est bien pour nous. Ca nous permettra d’accomplir d’autres projets. Par contre, j’avais des propositions de grosses maisons de disques, j’ai attendu pour voir... et j’ai finalement opté pour l’indépendance. Cet album c’est un peu de la dépollution pour moi : je reviens à des basics, c’est une liberté totale. Un jour j’ai envie de faire des trucs, je n’ai pas les budgets, j’essaie de trouver des idées pour faire autrement. Je suis complètement booké, même ma MPC a pris la poussière. Mais c’est bien, j’apprends toujours au bout de 20 ans de Hip Hop !
Avec cet album, je me replonge à Générations, FPP, on arrive à être en contact avec vous. C’est plus dur avec une maison de disques, on faisait 5 jours de promo sur Paris et on ne choisissait pas ce qu’on faisait. Je déteste mettre une échelle d’importance comme ça. Pour le prochain IAM, je ferai en sorte que vous ne soyez pas mis de côté.
Dans le DVD Au coeur d’IAM, vous partez à Bucarest rencontrer un orchestre. Tu aimerais monter sur scène avec des musiciens ?
On l’a fait sur la dernière tournée d’IAM. C’est un objectif d’avoir peut-être une petite formation mais il ne faut pas briser l’intégrité du rythme. Tout serait axé autour du batteur, il faudrait trouver un batteur qui arrive à jouer Hip Hop. C’est à dire que le batteur mette son égo de batteur de côté et arrête d’improviser des solos quand t’es en train de rapper derrière ! *rires* J’en ai envie depuis un moment, peut-être plus pour monter un spectacle théâtrale...
Tu dis sur “Soldat de fortune” : “Si tu penses en avoir pour ton blé, vas l’acheter”.
L’autre jour je parlais avec des gamins de ça justement. Le téléchargement c’est le trou du cul de ton budget, en haut tu as une paire de basket à 250€. Maintenant, ça ne te fatigue pas de télécharger des sonneries MP3 fatiguées à 3€ ? Non ! C’est une question d’éducation. Personnellement, j’utilise internet comme une borne d’écoute, j’en télécharge 50 et je vais acheter les 2-3 qui sont vraiment bon. C’est ça la vraie démarche à mon avis et je te parle pas de mon album là !
Autrement, on n’a pas enregistré le quart des morceaux que l’on a écrit, internet c’est bien pour les bootlegs. Ces morceaux que l’on a jamais sortis et/ou enregistrés, on les a fait en freestyle, en concert. Je pense notamment à “IAM a mis un therme à vos carrières musicales”, “Style de la mouette”, “Je suis un vrai”... mais il faut savoir jeter, des fois ça sert juste d’exercices de décrassage.
Concernant les artworks, de vos albums vous marchiez toujours avec Tous des K, là c’est plus le cas.
Ce qu’il faut savoir, ce sont les artistes qui le payent. On va être bête et méchant, je vais vous parler chiffre. Sur Revoir un printemps quand tu sors un Digipack, c’est 30% d’abattement sur les royautés d’un artiste. Un artiste touche entre 8 et 15% (selon le contrat) sur le prix de gros hors taxes d’un album (72 Frs), ça fait moins de 10 Frs. Pour peu que tu partes en campagne télé où l’abattement est de 50% pendant trois mois, t’es abbatu de 80%, je regardais les crédits de Sinik, il écrit “Fuck les abattements”, il a tout compris !
Et c’est pour ça que vous sortez des éditions limitées ?
En fait c’était faussement limité, il y en avait plein. La limite était... quelque part ! *rires* Disons que c’est limité aux FNAC et Virgin parce que les grandes surfaces ne veulent pas de boitiers Digipack, elles ne veulent que du crystal. Il y a les nouveaux boitiers comme celui de Booba qui sont vraiment très beaux, c’est un nouveau standard qui va s’étendre. Sur Soldat de fortune, on a mis une encre sélective, un booklet de 20 pages, tout ça se sont des efforts à notre charge.
Ce soucis d’image et de beau produit fini, c’est une révolution liée à la dématérialisation de la musique ?
Non, il y a toujours eu des artistes s’attachant à ces détails. Non, la vraie révolution dans la musique c’est le home studio. C’est ce qui a entraîné la mort de certains studios sur Paris et qui a permis aux labels indépendants d’exister.
Mais au détriment de la qualité... Sans parler du mix, la différence entre un son français et américain reste flagrante.
Ca c’est parce qu’ils ont des systèmes de bande et de fréquence d’échantillonage différents, il faut enregistrer là-bas. Ici, on travaille avec Protools et après on mixe sur une console SSL4000. Tu ne peux pas rivaliser, il y a une limite technique que tu ne peux pas dépasser. C’est comme au cinéma. On aura jamais l’image du cinéma américain dans le cinéma français parce qu’ils utilisent des bandes Fuji différentes.
A une époque, on voyait une scène marseillaise attentiste vis à vis d’IAM. On voit émerger des rappeurs comme Kalash l’Afro, Keny Arkana, vous en êtes où ?
Ou même El Matador tu vas en entendre parler. C’est un petit qui travaille d’ailleurs avec Original Bombattak. Il n’y a plus vraiment de frontières, nous-mêmes on travaille avec Tefa, Hematome. Chez nous, ils rappaient tous comme Le Rat Luciano. A Paris, ils rappaient tous comme Booba. Quand tu as quelqu’un de très fort, il imprime une image à toute une génération, c’est inévitable. Ca ne fait pas du bien mais après on a toujours du temps pour se dégager de ses influences.
A ce sujet, il y a une critique que l’on entendait sur Paris qui disait que sur L’école... vous étiez influencés Time Bomb. Tu l’as entendu aussi ?
Non. On était très proche avec les X-Men, j’ai d’ailleurs toujours de bons contacts avec Cassidy. C’est de l’inter-influence, peut-être même que Chien de Paille nous a influencé dans notre manière de travailler.
Il y a des mecs avec qui je suis en RDV depuis six albums. On discute avec des mecs pendant 10 ans et on ne fait jamais rien alors qu’un autre peut passer à Marseille, on discute et on fait un truc à la volée. C’est notre côté désorganisé que l’on essaye de diminuer.

Après une si longue carrière qu’est-ce que tu peux espérer encore ?
M’amuser, juste des objectifs d’amusement. La question qui me fait toujours rire c’est “- Tu comptes prendre ta retraite ?” Je suis pas un joueur de football, j’ai pas de problèmes de jambes ne vous inquiétez pas ! Si je vends 2, 3 disques, ça pourra passer pour une retraite mais je continuerai à faire des sons dans mon petit lab. Ca fait longtemps que je voudrais reprendre des standards arabes ou de la grande musique classique arabe et rapper dessus mais je serai encore déroutant pour des mecs comme Tetsuo ! Alors je te sortirai “L’école du micro de vermeil” avec des prods Queensbridgiennes en 2007. *rires*
Maintenant, je ne sais même pas ce que je vais faire... ah si, on a des échéances pour IAM. Je peux déjà vous dire qu’il n’y aura pas que des producteurs d’IAM pour des questions de délai. Je ne veux pas que l’on attende encore trois ans à se disperser, je veux un truc instinctif, risqué... BLAH ! En 3-4 mois comme L’école... entre juin/juillet et novembre. C’est un premier objectif, faire un bon album d’IAM.
Ensuite, je voudrais sortir “L’histoire”, ma dizaine de morceaux qui s’enchainent en caméra subjective. Je voudrais boucler les budgets pour faire les clips en une quarantaine de minutes. Historiquement, j’ai toujours fait des histoires comme “Le soldat” ou “Un brin de haine”. Je tiens vraiment à le sortir en audio ET vidéo. Et ça c’est très compliqué. Sinon, je le sortirai en CD EP en édition limitée...
Une vraie édition limitée cette fois !
Par la force des choses oui ! Autre exemple, on a eu des propositions pour sortir le street album volume 2 de La Cosca et on l’a volontairement limité à 10000 parce que l’on n’est pas un label de disques mais un label d’éditions. C’est surtout monter une tournée, mettre les artistes en avant. On a été chez EMI pendant 15 ans et ils ne nous ont jamais mis sur aucun plan. L’édition, s’il n’y a pas d’édition active c’est l’administration la plus chère du monde, elle te prend 50% de tes droits d’auteur. On essaye d’inventer une édition vraiment active, pas coffrage. C’est pour ça que l’on fait dans le familiale aussi. On a besoin de voir les gens plusieurs fois pour voir si humainement ça peut coller sinon il n’y a aucune justification pour que je prenne 50% juste pour déposer les papiers des mecs. C’est compliqué, surtout quand tu as en plus des artistes qui gagnent beaucoup et qui cohabitent avec d’autres qui gagnent peu.
Du coup, signer des artistes parisiens ou d’ailleurs, ça serait encore plus difficile ?
On signera le jour où l’on aura une antenne sur Paris. Il faudrait pour ça que l’on ait un gros succès d’album ou que malheureusement, l’on vende une partie de notre capitale à une grosse maison de disques. Il faut le faire quand tu es glorieux avec les lauriers sinon on te rachète “Tiens, minable !”. Une autre solution, ça serait de trouver des partenaires hors du domaine de la musique. Le plus difficile avec 361 Records, si on aligne 3 succès on tourne pendant 3 ans, 3 échecs et on ferme. Là, on dure depuis 7 ans. J’ai même hypothéqué ma maison dans cette société et des fois, j’ai senti les flammes proches des volets de mon salon ! *rires*
Bonus question : Quelques mots sur ce que tu aimes en rap américain en ce moment ?
J’aime les trucs un peu extrême en rap américain. Je m’attarde plus sur leur manière de rapper comme Saigon qui a fait “My favorite things” (une des meilleurs morceaux de ces 5 dernières années), Papoos ou Ness de la team Bad Boy. J’aime pas trop les rappeurs des états du Sud, en dessous de Philadelphie, j’ai du mal... Je regardais la prod de TI cet enculé de Scott Torsh, elle est fantastique ! J’étais dégouté, j’aurais aimé la faire !
Tu vois la TR-808 qu’il y a dans le morceau “One love”, ça me renvoie à cette époque de techno rap du label Profile qui sortait des rappeurs qui ne posaient que sur des boites à rythme. Des groupes comme Original Concept et c’est à cette époque qu’est sorti Mantronix, le père spirituel de Pharell. Pharell a accouché de la jambe gauche de Mantronix... mais c’est bien ! Il vaut mieux être le fils de Mantronix que celui d’un sombre producteur dégueulasse. Honnêtement, j’aurais rêvé d’être le fils spirituel de Hi-Tekk, Diamond D ou Pete Rock. Sinon des mecs comme Pharaoe Monch m’ont beaucoup influencé dans l’écriture comme dans l’écriture. J’adore quand il a rappé “I sold doublewood in the hood”.
Photos par Juvenil
Propos recueillis par Mehdi et Tets'